Le « Mois Mondial Végan » – petite revue de presse
Qui peut le moins, peut le plus... Posée la première borne, passons à la suite... Après avoir institué une « Journée Mondiale Végane », fixée au 1er novembre, la Vegan Society est allègrement passée au « Mois Mondial Végan ».
Les médias principaux ne s'en sont guère émus. C'est par la page d'accueil d'Internet – que mon ordinateur, à l'insu de mon plein gré, a astucieusement calée sur un site qui affiche un fil d'actualités dont l'objectif semble être d'abrutir la population – que j'ai appris la grande nouvelle.
Elle m'a proposé dans sa fenêtre défilante « Novembre est le mois Vegan ! Voici 29 stars qui ne mangent pas de viande », disponible sur plusieurs sites.
Sur celui mis en lien, on peut faire défiler aisément les photos lourdement photoshopéees des « stars » (que des femmes...), mettre à jour le registre mondain de sa culture générale et mesurer le niveau bêtise et d'insanité... enfin, il y a des journalistes qui doivent bien vivre... tout le monde ne peut pas se servir du Monde Planète pour formater les opinions...
Les choses avancent... « 32% des ménages français sont fléxitariens » selon Relax News. L'information a même fait le bonheur de la Dépêche (faute d'orthographe comprise)... C'est le fruit d'un sondage comme l'Agence Bio les aime... à partir de quand est-on « flexitarien » ? Toujours est-il que :
« Un tiers des foyers français comprend au moins une personne qui limite sa consommation de protéines animales, rapporte la dernière enquête sur le sujet de Kantar Worldpanel, menée auprès de 12.000 répondants. »
Comme on ne connaît pas la taille des ménages ni le nombre de personnes se déclarant flexitariennes dans chaque ménage, l'« information » n'a aucune valeur. Mais cela contribue au « Il est chic de parler français » – non, ça, c'était dans les tramways strasbourgeois après guerre – « il est chic d'être ... » – remplacer les points de suspension par la désignation d'un anticonformisme d'un nouveau conformisme alimentaire.
D'ailleurs, est-ce bien une information ? Nous penchons pour un recyclage, en témoigne cet article du Monde (Planète comme il se doit et de Mme Audrey Garric) du 1er décembre 2017, lui-même peut-être une « information » à retardement, Kantar Worldpanel ayant publié son « Le "flexitarisme", une tendance en vogue » le 1er décembre 2016.
Mais la réalité est implacable, et ce sondage nous le rappelle :
« Par ailleurs, le portrait du fléxitarien correspond davantage à un consommateur urbain qui vit dans une ville de plus de 200.000 habitants, ou à Paris (34%).
Dans le prolongement des nouvelles habitudes alimentaires, on peut aussi se poser la question quant au nombre de Français se déclarant végétariens. L'étude de Kantar Worldpanel révèle que cette tendance concerne une minorité évaluée à seulement 2% de foyers. A Paris, cette population s'élève à 2,6%. »
Les végans étant une sous-population des végétariens, combien de végans ? Mais quelle attention médiatique leur est portée...
Passons à des médias nationaux. Une lubie alimentaire se doit d'être parée des vertus de la défense d'une cause mondiale.
La Tribune publie « Manger moins de viande est une priorité climatique ! » (repris ici) avec en chapô :
« Si l'impact de la viande sur le réchauffement climatique est souvent remis en cause, réduire notre consommation est pourtant essentiel à la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Par Oliver Taherzadeh, University of Cambridge; Benedict Probst, University of Cambridge. »
Une petite recherche nous montre que ces deux personnages sont encore étudiants. C'est leur droit de s'exprimer... c'est le nôtre d'être suspicieux, surtout sur un tel thème. Ils s'attaquent à une position exprimée par M. Bjorn Lomborg (où ?) – éreinté (le personnage, pas l'article) comme suit :
« S'il s'attire les foudres de la plupart des scientifiques, Lomborg jouit encore malgré tout d'une large audience. »
L'article mis en lien ci-dessus est d'un auteur unique qui cite 81 références (dont Lomborg). C'est un peu court pour étayer l'affirmation...
Ensuite, c'est louvoyant... une caractéristique que l'on trouve dans beaucoup d'articles qui défendent une thèse plutôt que de l'étayer :
« Prenons la revue de littérature sur laquelle s'appuie Lomborg, avançant que devenir végétarien ne diminue les émissions individuelles que de 5 % et non de 50 %. S'il a raison de préciser qu'éliminer la viande de son alimentation est loin de diviser par deux l'empreinte carbone d'une personne, il existe toutefois de bonnes raisons d'affirmer que cela peut la réduit (sic) deux fois plus que Lomborg le prétend. »
Apparaît ensuite :
« La consommation de viande implique nécessairement de la déforestation ; son empiétement sur les sols naturels est donc inévitable. Par conséquent, nous devons tenir compte des émissions de cette déforestation à l'heure de mesurer l'impact environnemental provoqué par la consommation de viande. »
Ah bon... Que dit l'article mis en lien ?
« Nous trouvons qu'il y a beaucoup d'options pour répondre à le demande alimentaire mondiale en 2050 sans déforestation, même à des niveaux de rendement bas. »
Un article qui donne toute sa place à l'élevage, le moyen le plus performant de valoriser les espaces peu productifs...
Novéthic, de son côté, appelle à la prudence avec « Le régime végan plus écologique que les autres ? Pas si sûr ». L'entrée en matière n'est pas terrible :
« L'élevage est très polluant. Il représente 15 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. On pourrait en déduire que les végans, qui ne mangent aucun produit d'origine animale, ont un faible impact carbone par rapport aux autres régimes alimentaires. Mais attention aux raccourcis, préviennent certains scientifiques, le végétarisme pourrait apporter une meilleure réponse. »
Mais on y trouve de sérieuses mises en garde de M. Jean-François Hocquette, directeur de recherche à l'INRA. « Gare aux interprétations » :
« "Il faut être très prudent sur les simplifications ou interprétations de certaines études scientifiques sur ce sujet", prévient Jean-François Hocquette. "On affirme souvent que 15 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire 1 kg de viande de bœuf par exemple. Le chiffre est vrai dans le calcul théorique mais faux dans l’interprétation. Car cela ne veut pas dire qu’on économiserait 15 000 litres d’eau si on mangeait un kg de viande en moins. En réalité, 94 % de cette eau correspond à l’eau de pluie nécessaire à la pousse de l’herbe et la pluie tomberait de toute façon que les animaux soient là pour manger ou non l’herbe". »
On peut du reste continuer cette analyse qui porte sur, essentiellement, le cycle de l'eau. Il en est de même pour le cycle du carbone en agriculture, mais ce sera pour un autre article.
Même l'électricité peut être végan... (source)
Les philosophes se mettent aussi de la partie. En témoigne cette tribune publiée dans Libération, le 14 novembre 2018, « Devenir végan ou presque » de M. Teemu Toppinen, méta-éthicistes (au pluriel) post-doc à l'université d’Helsinki « avec un intérêt particulier pour le raisonnement pratique et la psychologie morale ».
Il interviendra à la 2e Nuit de la Philosophie de l’UNESCO, le vendredi 16 novembre, à 23 h 30... de quoi renforcer l'opinion que j'ai pu avoir de cette organisation. Libé lui fait donc l'article... pour la promotion de la philosophie ou pour la promotion du véganisme ?
C'est une sorte de pari de Pascal – mâtiné de métaphore du Colibri chère à Pierre Rabhi – résumé comme suit dans le chapô :
« La perfection n’est pas de ce monde, mais y aspirer est un pari philosophiquement gagnant. On peut viser le véganisme comme on tend à la perfection. »
Pour la mise en route, difficile de faire plus apocalyptique :
« Notre goût pour les produits d’origine animale fait des ravages. La souffrance causée aux animaux par l’industrie qui les exploite est sans commune mesure, et elle engendre un impact environnemental dramatique pour notre planète, utilisant comme elle le fait l’immense majorité des terres arables et produisant une sacrée part des émissions de gaz à effet de serre. L’heure est grave, nous le savons bien. Le niveau des mers augmente, de même que la famine et l’insécurité ; des guerres se profilent à l’horizon. L’extinction massive de la faune et de la flore est en route. »
Pour la suite, si vous avez envie de lire ce que la philosophie peut proposer de plus prodigieux, c'est ici.
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