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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le forçage génétique élimine efficacement les moustiques vecteurs du paludisme dans des tests de laboratoire

27 Novembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #CRISPR

Le forçage génétique élimine efficacement les moustiques vecteurs du paludisme dans des tests de laboratoire

 

Mark Lynas*

 

 

 

 

Des chercheurs de l'Imperial College de Londres ont pour la première fois réussi à utiliser une nouvelle technique d'édition de gènes révolutionnaire pour éliminer en laboratoire une population entière de moustiques vecteurs du paludisme.

 

Le « forçage génétique » est présenté depuis plusieurs années comme un moyen potentiel de contrôler les ravageurs dans l’environnement et a été vanté comme une option pour éliminer les espèces invasives dans les îles, ainsi que pour contrôler la maladie de Lyme et d’autres menaces.

 

L'approche du forçage génétique fonctionne en supplantant les règles mendéliennes normales de l'hérédité, selon lesquelles un organisme hérite de la moitié de ses gènes de chaque parent. Dans le forçage génétique, un gène modifié est transmis à la progéniture dans 100 % des cas.

 

Cependant, les recherches antérieures ont souffert d'un inconvénient : les organismes cibles ont été en mesure de stopper le forçage génétique par des mutations qui restaurent la fonction du gène ciblé, qui est ensuite sélectionné sur plusieurs générations. Les chercheurs de l'Imperial College n’ont cependant pas vu de mutations, ce qui a fait naître l’espoir que leur approche pourrait constituer un moyen relativement « résistant à la résistance » de cibler le paludisme.

 

En 2016, le paludisme a occasionné 445.000 décès, dont 90 % en Afrique subsaharienne. Les efforts de lutte contre le paludisme utilisant des moustiquaires et des insecticides ont assez bien réussi à réduire la transmission, mais les moustiques développent désormais une résistance à de nombreux insecticides, ce qui réduit leur efficacité.

 

L'approche du forçage génétique est prometteuse car elle cible uniquement une seule espèce de moustique, Anopheles Gambiae, qui transmet le parasite du paludisme. Bien qu'il existe des centaines d'espèces de moustiques, seuls quelques-uns piquent l'homme et transmettent la maladie.

 

Dans la revue Nature Biotechnology, l’équipe de recherche a rapporté qu’elle avait réussi à écraser la population d’A. Gambiae dans des cages à 100 % en sept à 11 générations en introduisant l’élément de forçage génétique dans les moustiques modifiés.

 

La chercheuse principale, le professeur Andrea Crisanti du Département des Sciences de la Vie de l’Imperial College, a déclaré : « Cette découverte montre que le forçage génétique peut donner des espoirs dans la lutte contre une maladie qui sévit depuis des siècles dans l’humanité. Il reste encore du travail à faire, à la fois pour tester la technologie dans le cadre d’études en laboratoire plus vastes et pour travailler avec les pays touchés afin d’évaluer la faisabilité d’une telle intervention. »

 

« Il faudra encore au moins cinq à dix ans avant d’envisager de tester des moustiques modifié pour contenir le forçage génétiques dans la nature », a-t-elle poursuivi, « mais nous avons maintenant des preuves encourageantes que nous sommes sur la bonne voie. Les solutions de forçage génétique ont le potentiel d'accélérer un jour l'éradication du paludisme en surmontant les barrières de la logistique dans les pays pauvres en ressources. »

 

L'équipe a ciblé un gène d'A. Gambiae appelé « doublesex », qui détermine si un moustique se développe en mâle ou en femelle. Les femelles avec deux copies du gène modifié ont présenté des caractéristiques à la fois mâles et femelles, n'ont pas piqué et n'ont pas pondu.

 

À la fin de l'expérience, tous les moustiques des cages ont été mâles ou femelles intersexuées, et la population s'est effondrée car les insectes ne se sont pas reproduits.

 

S'il était libéré dans la nature, l’espoir serait que ce forçage génétique pourrait un jour éliminer le paludisme sur de vastes zones de l’Afrique, sauvant ainsi des centaines de milliers de vies par an.

 

Certains critiques ont fait craindre qu’un forçage génétique ciblant les moustiques paludéens modifierait de manière irréversible l’écosystème. Cependant, une étude distincte menée par une autre équipe de l'Imperial College a révélé qu'A. Gambiae ne possède aucun prédateur qui en dépend entièrement et que son élimination aurait probablement peu d'effet sur l'ensemble de l'écosystème.

 

La prochaine étape pour l’équipe de l’Imperial College de Londres consistera à tester l’approche du forçage génétique dans des environnements de laboratoire confinés plus réalistes, qui imitent mieux les conditions dans les pays tropicaux, et avec de plus grandes populations de moustiques.

 

Les chercheurs ont conclu leur article sur une note encourageante en soulignant que le gène doublesex qu'ils ont ciblé était présent dans toutes les espèces d'insectes connues. Ceci « suggère que ces séquences pourraient être un talon d’Achille présent dans de nombreux insectes nuisibles qui pourraient être ciblés par des approches d’édition de gènes. »

 

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Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/09/gene-drive-effectively-eliminates-malarial-mosquitos-lab-test/

 

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