Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le changement climatique modifiera le commerce agricole mondial

15 Novembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Le changement climatique modifiera le commerce agricole mondial

 

Luciana Porfirio, David Newth et John Finnigan*

 

 

 

 

Mettre fin à la faim dans le monde est une aspiration centrale de la société moderne. Pour relever ce défi, nous comptons – en même temps que sur l'expansion des terres agricoles et l'augmentation des rendements agricoles – sur le commerce agricole mondial pour répondre aux besoins nutritionnels d'une population mondiale croissante.

 

Mais le changement climatique induit par l'homme est un obstacle à cette aspiration. Il continuera d’affecter la question de savoir où les cultures peuvent être produites dans le monde et, par conséquent, l’approvisionnement alimentaire et les marchés mondiaux.

 

Dans un article publié le 5 septembre dans Nature Palgrave, nous montrons que le changement climatique affectera les marchés mondiaux en remodelant les structures des échanges agricoles.

 

Certaines régions peuvent ne pas être en mesure de lutter contre les impacts climatiques sur l’agriculture, auquel cas la production de denrées de base clés diminuera ou se déplacera vers de nouvelles régions.

 

 

Le défi

 

Les impacts négatifs du changement climatique sur la production agricole préoccupent beaucoup les agriculteurs et les décideurs. La préoccupation est de plus en plus partagée par les gouvernements, y compris ceux qui sont les plus hostiles à la promotion de l’atténuation des changements climatiques.

 

Même les États-Unis, qui se sont retirés de l’Accord de Paris, ont reconnu lors du sommet du G7 de l’année dernière que le changement climatique était l’une des nombreuses menaces qui pèsent sur notre capacité à nourrir une population croissante et qu'il devait être pris au sérieux.

 

Selon les projections démographiques médianes des Nations Unies, la population mondiale atteindra environ 10 milliards d’habitants en 2050. Entre 2000 et 2010, environ 66 % de l’apport énergétique quotidien par personne, soit environ 7.322 kilojoules, provenaient de quatre espèces ou groupes d'espèces clés : blé, riz, céréales secondaires et oléagineux. Cependant, le dernier rapport des Nations Unies [de la FAO] sur la sécurité alimentaire et la nutrition montre que la faim dans le monde est à nouveau à la hausse et les scientifiques pensent que cela est dû au changement climatique.

 

Nous devons nous demander quel est le coût de l'adaptation au changement climatique par rapport au coût de la réduction des émissions de carbone. Et en supposant que les changements climatiques et les rendements des cultures sont là pour durer, sommes-nous prêts pour des changements agricoles permanents ?

 

 

Perturbations et opportunités

 

La production agricole est fortement affectée par le changement climatique. Nos résultats suggèrent que la structure du commerce mondial des produits agricoles pourra être très différente de la réalité d'aujourd'hui – avec ou sans atténuation du carbone. C’est parce que le changement climatique et la mise en œuvre d’une politique d’atténuation des émissions de carbone ont des effets différents sur la production agricole et l’économie d’une région.

 

Prenons les États-Unis, qui détenaient 30 % du marché mondial des céréales secondaires, du riz paddy, du soja et du blé en 2015. Nous avons modélisé la production entre 2050-59 selon deux scénarios : pour une élévation moyenne des températures mondiales de 2℃ et pour une augmentation de 1,5℃. Dans les deux cas, la part de marché des États-Unis serait réduite à environ 10 %.

 

La Chine est actuellement un importateur net de ces produits. Si la température augmente de 1,5℃, nous prévoyons une augmentation des exportations de certains produits, comme le riz, vers le reste de l’Asie.

 

(Cependant, il ne faut pas oublier que limiter le réchauffement coûterait très cher à la Chine, car elle devrait absorber une transition technologique coûteuse vers une économie à faible intensité de carbone.)

 

Le cas de la Chine est différent dans le scénario 2℃. Nos projections suggèrent que le changement climatique rendra la Chine, ainsi que d’autres régions d’Asie, plus apte à produire différentes denrées.

 

L’économie chinoise continuera à se développer, alors que les nouvelles conditions climatiques créeront des opportunités pour produire d’autres produits alimentaires à plus grande échelle et exporter vers de nouvelles régions.

 

Nos résultats suggèrent également que quels que soient les scénarios de politique carbone, l’Afrique subsaharienne deviendra le plus gros importateur de céréales secondaires, de riz, de soja et de blé d’ici 2050. Ce changement significatif des importations en Afrique subsaharienne est dû au fait que la plus grande augmentation de la population humaine d'ici 2050 se produira dans cette région, avec une augmentation significative de la demande alimentaire.

 

Dans notre travail de recherche, l'Australie a été agrégée avec la Nouvelle-Zélande en « Océanie ». Les exportations de l'Océanie vers le reste du monde représentaient environ 1,6 % du total en 2015, qui est dominé par les exportations de blé de l'Australie.

 

Nos projections suggèrent que les politiques d'atténuation du carbone favoriseraient la filière du blé dans cette région. L'inverse se produit sans atténuation du carbone : la production et les exportations de blé devraient diminuer en raison des effets du changement climatique sur l'agriculture.

 

 

Les avantages de l'atténuation

 

Un rapport récent publié par la Commission Européenne sur les défis de l'agriculture mondiale dans un contexte de changement climatique à l'horizon 2050 souligne que « les mesures d'atténuation des émissions (à savoir la tarification du carbone) ont un impact négatif sur la production agricole primaire […] selon tous les modèles ».

 

Cependant, le rapport ne mentionne pas les coûts technologiques pour amortir l'effet du changement climatique sur l'agriculture (ou s'y adapter).

 

Nos résultats suggèrent que le coût payé par le secteur agricole pour réduire les émissions de dioxyde de carbone est compensé par la hausse des prix alimentaires prévue dans le scénario de non-atténuation, où la production agricole est fortement affectée par le changement climatique. Nous avons constaté qu’il y avait un avantage économique net dans la transition vers une économie bas-carbone. Cela est dû au fait que les systèmes agricoles sont plus productifs dans le scénario d'atténuation et capables de répondre à la demande de nourriture imposée par une population croissante.

 

La réduction des émissions de CO₂ a l'avantage de créer un système de commerce agricole plus stable, susceptible de réduire l'insécurité alimentaire et d'accroître le bien-être.

 

Les changements du système agricole dus au climat sont inévitables. Il est temps de créer un sentiment d'urgence au sujet de nos vulnérabilités agricoles face au changement climatique et de commencer à minimiser sérieusement les risques.

 

____________

 

Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/09/climate-change-will-reshape-worlds-agricultural-trade/

 

L'article original a été publié par The Conversation sous une licence Creative Commons.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article