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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La dernière pollution du paysage médiatique par M. François Veillerette (Générations Futures) et ses amis

22 Novembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Générations futures, #critique de l'information, #Activisme, #Pesticides

La dernière pollution du paysage médiatique par M. François Veillerette (Générations Futures) et ses amis

 

 

Générations Futures – la petite entreprise dont nous ne nous lasserons pas de préciser qu'elle est incorporée sous forme d'association loi 1901 et qu'elle est un instrument de com' et plus au service du biobusiness (lequel le lui rend bien) – vient de frapper un nouveau grand coup avec son « Exclusivité: les cartes des pesticides et les Glyph’Awards ».

 

Sur son site, le deuxième titre est : « And the winner is… : Découvrez les cartes de vente de pesticides en France et les lauréats des "Glyph’Awards" ». En bref :

 

« Générations Futures – en partenariat avec le Parisien – rend publiques ce jour les cartes de France, détaillées et exclusives, des ventes de pesticides par département et par catégorie de pesticides. Notre association profite de la publication de ces données pour remettre les "Glyph’Awards" d’or, d’argent et de bronze ainsi que leurs accessits aux départements qui arrivent en tête du classement pour les ventes de glyphosate! »

 

 

Un gros travail de compilation... pour un objectif militant

 

Une petite balade dans les pages suivantes montre qu'un très gros travail de compilation de données a été fourni, notamment à partir de la Banque Nationale des Ventes de Produits Phytopharmaceutiques par les Distributeurs Agréés (BNVD), une feuille Excel dont on nous dit qu'elle comporte plus de 700.000 lignes. Pour autant que le travail ait été bien fait, il y a là un ensemble de données intéressant pour qui saura les utiliser.

 

Mais voilà... tout ceci a un objectif militant. C'est sciemment que sont fabriquées des cartes et des compilations de données sujettes, au mieux, à caution.

 

 

GF crée le buzz, les médias amis font le buzz

 

M. François Veillerette – présentement directeur et porte-parole de la petite entreprise (la présidence ayant été transmise à Mme Maria Pelletier, une figure du biobusiness) et anciennement conseiller régional Europe Écologie de Picardie (et plus anciennement encore apparatchik de Greenpeace) – a de solides relations dans les médias. Sa « revue de presse » est déjà garnie d'une douzaine de références à l'heure où nous écrivons.

 

Sur Youtube, notre ami Le Monde Riant propose un décryptage des bouses médiatiques d'environ 12 minutes et demie dans sa série Zété »tique et journalisme. Une réaction à chaud un peu brouillonne, mais on peut comprendre que l'on soit offusqué par ce nouveau coup de poignard à la déontologie journalistique.

 

 

Car la production de Générations Futures n'a qu'un but primaire : faire le buzz... et les copains journalistes (ou titulaires d'une carte de presse) font le buzz. Sans recul, sans esprit critique, sans réflexion... sans considération pour les lecteurs.

 

 

and the winner is…

 

Non, ils ont presque tous gagné !

 

Ils sont ainsi neuf sur les treize répertoriés à évoquer dans leurs titres les achats, l'utilisation ou, pire encore, la « consommation » de pesticides, alors que les données portent sur les ventes, sans que l'on sache précisément où les produits en cause finissent par être utilisés.

 

Toutes nos félicitations à l'Obs pour son titre : « Peur du glyphosate ? Les départements (et les vins) à éviter ». L'article est bien sûr agrémenté de liens vers la propagande la plus infâme, comme cette séquence vidéo sur « les 5 visages du désastre des pesticides »...

 

 

 

 

Le Monde – Planète – a pris du retard... mais s'est bien rattrapé...

 

À l'heure où nous écrivons, il manque dans la « revue de presse » de GF (et dans l'analyse du Monde Riant) le MondePlanète évidemment – qui semble avoir pris du retard sur la concurrence. Il a commis un « Pesticides : la consommation française cartographiée » sous la signature de Mme Martine Valo. « Commis » est bien le terme idoine : répétons-le : les cartes et les gesticulations portent sur les ventes, et non le « consommation ».

 

Un grand bravo aussi pour Martine :

 

« "C’est tellement difficile d’alerter sur l’omniprésence des pesticides… On a essayé beaucoup de modes de communication, alors cette fois on tente l’humour", explique François Veillerette, directeur de l’association à l’origine de cette initiative. »

 

On se moque de qui là ?

 

 

L'Est Éclair propose un décryptage

 

Il est un média qui ne figurera pas dans la « revue de presse » de Générations Futures : l'Est Éclair.

 

Alors que d'autres journaux locaux ont entonné avec veulerie la complainte du « nous sommes parmi les plus vilains », il propose un décryptage sous le titre : « Pesticides : pourquoi presque toutes les cartes de Générations futures sont fausses ». En bref :

 

« L’association confond lieu de déclaration de vente d’un pesticide et localisation de son emploi. »

 

Il paraît que c'est une lecture zen ! Pourtant, à juste titre, l'article ne fait pas dans la dentelle en ouverture :

 

« Une bonne partie la presse française est à nouveau tombée dans le panneau : l'Aube serait cette année encore le département de France où l'on épandrait le plus de pesticides. À des doses totalement phénoménales puisque le département aurait utilisé 3 276 tonnes de pesticides en 2017 quand, par exemple, la Nièvre en aurait utilisé 62 tonnes. Bienheureux Nivernais ! »

 

M. François Veillerette a une explication limpide pour la pôle-position de l'Aube que nous reprendrons du Point :

 

« ..."Dans l'Aube, il y a énormément de grandes cultures. Le vignoble champenois empiète également sur ce département. Il peut y avoir des effets de marge, avec des grosses Scop qui sont dans l'Aube mais qui vendent aussi dans la Marne", précise François Veillerette, le directeur de l'organisation, dans le quotidien. La vigne et l'arboriculture, grands consommateurs de pesticides, expliquent aussi la présence du Bordelais et du Vaucluse en haut du classement. »

 

Les deux auteurs de l'Est Éclair, MM. Bruno Dumortier et Yann Tourbe – qui font honneur à la profession – ont une autre explication :

 

« L'Aube, par exemple, compte à Nogent-sur-Seine, avec le groupe Soufflet, le premier collecteur privé de blé. Un groupe qui travaille avec des agriculteurs basés dans vingt départements. Or tous les produits phytosanitaires vendus par Souffet sont déclarés… dans l'Aube. Idem pour Cristal Union, dont le siège est à Villette-sur-Aube, ou encore pour la Scara, la coopérative céréalière dont le siège est à Arcis-sur-Aube. »

 

Et d'enfoncer le clou :

 

« La base de données des ventes de distributeurs (BNVD) utilisée par Générations futures ne donne qu'une donnée : celle des ventes des distributeurs par département. Elle n'a jamais indiqué l'endroit où les produits étaient utilisés. Pour l'anecdote, Générations futures a identifié le problème en découvrant que 3,6 tonnes de pesticides avaient été vendues… à Paris. Elle n'en tire, malheureusement, aucune conclusion. »

 

 
France Bleu Hérault sort de l'ornière du conformisme – une carte « insultante pour les agriculteurs »...

 

Son titre – « L'Hérault est le 9ème département qui achète le plus de pesticide » n'est certes pas le plus fringant. Non, l'Hérault n'achète pas, mais les vendeurs agréés situés sur son territoire vendent... Et puis, l'Hérault est neuvième du « palmarès » ? Et alors ?

 

Et alors France Bleu Hérault a eu un coup de coup pour une déontologie journalistique fort malmenée par les confrères, en interrogeant un de ceux mis implicitement en cause :

 

« Face au constat posé par Générations Futures. certains agriculteurs sont furieux. C'est le cas du président de la FDSEA Guilhem Vigroux. Pour lui l'enquête ne dit pas tout. "Nous avons converti nos exploitations en agriculture biologique, et ce qu'il faut savoir c'est que cette agriculture nécessite plus de pesticides" explique-t-il. "On utilise une plus grande quantité de souffre ou de sodium c'est vrai, mais ces substances font partie de l'agriculture biologique contrairement aux produits chimiques qu'on utilisait en plus faible quantité". Le syndicaliste regrette le manque de pédagogie de l'association de défense de l'environnement. "De plus en plus d'exploitations vont se convertir en Bio, et les chiffres des pesticides vont augmenter" dit Guilhem Vigroux. "Cette étude est insultante pour les agriculteurs" conclut-il. »

 

 

...en fait, des cartes insultantes pour l'intelligence

 

Le cas de l'Hérault est emblématique. GF a produit une « carte des ventes de pesticides non utilisables pour l’agriculture biologique par hectare de SAU (2017) », mais pas son complément.

N'aurait-il pas été intéressant pour le public de saisir l'ampleur de l'utilisation des produits autorisés pour l'agriculture biologique ?

 

Pas grave, on peut déduire les chiffres par simple comparaison et soustraction.

 

Dans le cas de l'Hérault, il s'est vendu en 2017, au total, l'énorme quantité – exprimée en kilos avec deux chiffres après la virgule pour faire le plus impressionnant possible – de 1.841.384,37 kg, dont 799.032,74 kg non approuvés pour l'agriculture biologique. Différence ? 1.042.351,63 kg.

 

Avez-vous bien lu ? Les substances utilisables en agriculture biologique (et utilisées faute de pouvoir recourir à des produits plus performants) représentent 57 % du total acheté.

 

Pour impressionner le lecteur, nous pouvons aussi utiliser les jongleries statistiques à la mode des marchands de peur : pour 1 kg de substance non utilisable en AB, il s'est vendu 1,3 kg de substance utilisable en AB.

 

L'honnêteté commanderait d'analyser le détail des ventes... ce que GF s'est gardé de faire... sauf... patience...

 

Aux quatre premières places du palmarès, on trouve donc du soufre sous différentes formes (ce soufre qui n'est pas exempt de reproche dans le cas de l'événement de Villeneuve-de-Blaye...), une autre forme venant en douzième position.

 

Le glyphosate suit en cinquième position, devant d'autres substances utilisées en viticulture.

 

Le cuivre n'est pas « mal classé » mais plutôt caché car décliné sous ses différentes formes (par exemple « cuivre du sulfate de cuivre ». De plus, il est comptabilisé sous sa forme métal, ce qui diminue considérablement les chiffres.

 

Vous trouverez aussi dans la liste de l'huile de vaseline pour 13.273,31 kg, du kaolin pour 6608,1 kg, ou encore de l'huile de colza pour 2728,3 kg.

 

Et c'est avec ça que GF et ses porte-voix des médias font peur aux Français...

 

 

Le cas particulier des « perturbateurs endocriniens »

 

GF n'a pas produit d'analyse détaillée... sauf pour les pesticides cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) pour lesquels l'entreprise de com' au service d'elle-même et du biobusiness a pu se référer à des classements officiels (mais rien ne sera dit des conditions dans lesquelles ces pesticides sont employés) et...

 

...et sauf pour la gesticulation avec, selon la page principale, une « carte des ventes des pesticides perturbateurs endocriniens (PE) par ha de SAU, par département (2017) ». Mais lorsqu'on accède à la carte, le titre change : « Carte de vente des pesticides Perturbateurs Endocriniens suspectés par hectare de SAU (2017) ». Il y a un mot de plus – « suspectés » – qui change tout !

 

Il est – tout de même – expliqué :

 

« Ces résultats ont été obtenus par une recherche pour chaque département par numéro de CAS dans la liste TEDX des PE suspectés ( https://endocrinedisruption.org ).

 

C'est une liste établie par un site militant qui peut inscrire une substance dès qu'une seule étude scientifique (ou « scientifique ») a évoqué un effet de perturbation endocrinienne, quelle que soient la qualité de l'étude et le lien avec les réalités de la vie courante (par exemple avec des doses extravagantes).

 

 

Et pour conclure : bienvenue dans le merveilleux monde des affaires des collusions

 

L'Est Éclair a eu la bonne idée de raviver quelques souvenirs :

 

« ...Générations Futures, l'association écologique à l'origine de cette carte nationale des pesticides, a fait la même bourde que Cash investigation ou France info en 2016. Elle a cru que les déclarations de ventes de pesticides par département correspondaient aux quantités épandues localement. Ce qui n'est évidemment pas le cas. »

 

Bien évidemment pour la bourde... L'excellent Alerte Environnement avait titré le 1er février 2016 : « Cash Investigation : des journalistes biberonnés par François Veillerette »...

 

Générations Futures n'allait tout de même pas faire un travail un peu plus sérieux et exposer par là que la carte de Cash Investigation – vous savez, cette gigantesque carte au sol sur laquelle Mme Élise Lucet avait accueilli le ministre Stéphane Le Foll –, c'était du pipeau... un pipeau inspiré sinon fourni par... Générations Futures...

 

Entre marchands de peur et de sensationalisme, il faut s'entraider... Nous verrons ce que Mme Élise Lucet nous proposera le 13 décembre prochain...

 

« C’est tellement difficile d’alerter sur l’omniprésence des pesticides… », n'est-il pas ?

 

P.S. Un fil sur le Vaucluse

 

 

 

(docs.google…)

 

 

 

 

 

 

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