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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Chlorpyrifos, science fiction, activisme anti-pesticides, journalisme militant : Stoop-éfiant !

26 Novembre 2018 , Rédigé par Seppi

Chlorpyrifos, science fiction, activisme anti-pesticides, journalisme militant : Stoop-éfiant !

 

Glané sur la toile 280

 

 

Cela semble être un autre sujet, mais c'est le sujet : le journalisme sélectif, intempestif et finalement péremptoire (malgré les éventuels conditionnels) et militant

 

 

Que penser ?

 

Que penser d'un article, en principe scientifique, mis en ligne le 16 novembre 2018 quand il fait l'objet d'un article, en principe journalistique, mis en ligne par le Monde dans sa rubrique Planète – en plus sous la signature de M. Stéphane Foucart – le 16 novembre 2018... à 2 heures du matin ? En fait, on peut poser la même question sans se référer à la concomitance des publications...

 

Que penser d'un article (bis), quand il fait l'objet, le même jour, d'un communiqué de presse du Pesticide Action Network Europe (PAN Europe) ?

 

Que penser d'un article (ter), quand le communiqué de presse susvisé fait l'objet, le même jour, d'une dépêche de l'Agence Europe ?

 

 

Du questionnement à la dénonciation

 

Pour l'article en principe scientifique, il s'agit de « Safety of Safety Evaluation of Pesticides: developmental neurotoxicity of chlorpyrifos and chlorpyrifos-methyl » (sécurité de l'évaluation de la sécurité des pesticides : neurotoxicité développementale du chlorpyrifos et du chlorpyrifos-méthyl) d'Axel Mie, Christina Rudén et Philippe Grandjean, publié dans Environmental Health.

 

Pour l'article en principe journalistique, il s'agit de « Le chlorpyriphos, pesticide sur la sellette, a été autorisé sur la foi de recherches biaisées », avec en chapô « Une étude inédite publiée vendredi "met à nu les failles du système d’évaluation réglementaire de la toxicité des substances". » Rien que ça !

 

 

 

 

Pour le communiqué de presse, évidemment propagandiste, il s'agit de « New evidence of fraudulent manipulation of scientific results by the pesticide industry! » (nouvelle(s) preuve(s) de manipulation frauduleuse de résultats scientifiques par l'industrie des pesticides – « evidence » est en principe invariable, de sorte que le traducteur doit interpréter...).

 

Pour la dépêche de l'Agence Europe, il s'agit de « PAN Europe denounces new evidence of manipulation of scientific results by pesticide industry » (PAN Europe dénonce de nouvelle(s) preuve(s) de manipulation frauduleuse de résultats scientifiques par l'industrie des pesticides).

 

On admirera l'escalade : le questionnement, les failles (qui impliquent la responsabilité des agences d'évaluation), la fraude (qui implique en plus l'industriel), la dénonciation.

 

 

 

 

Les institutions d'affiliation sur le mode activiste

 

Il y a aussi eu, évidemment, des communiqués de presse des institutions d'affiliation. Dans un registre qui n'est pas celui de la science, mais de l'action socio-politique, voire de l'activisme.

 

L'Université de Stockholm ne fait pas dans la dentelle avec « Flaws in industry-funded pesticide evaluation » (failles dans une évaluation de pesticide financée par l'industrie). Et l'auteure Christina Rudén ne fait pas dans le détail... mais avec les circonlocutions de précaution que d'aucuns oublieront de considérer :

 

« Les résultats de cette étude suggèrent un biais de financement dans le processus d'évaluation des risques et d'autorisation de commercialisation des pesticides. Si un tel biais peut être confirmé et généralisé, alors le processus actuel est défectueux et doit être amélioré afin de protéger la santé humaine. »

 

Pour l'auteur Axel Mie, dans le communiqué de presse du Karolinska Institutet portant le même titre, c'est :

 

« L'une des conclusions que nous tirons est qu'il existe un risque que les résultats des tests de toxicité financés par l'industrie ne soient pas rapportés correctement […] Cela empêche les autorités d'évaluer les pesticides de manière sûre et valide. Nous concluons également que la recherche universitaire indépendante devrait bénéficier d’un statut plus élevé dans l’évaluation de la sécurité des produits chimiques. »

 

La recherche universitaire – indépendante, cela va de soi –, c'est qui ?

 

 

Mais tout cela repose sur un socle d'argile

 

Nous n'analyserons pas l'article en principe scientifique. Cela a été fait de manière magistrale par M. Philippe Stoop dans Agriculture et Environnement, dans « Après le glyphosate, le chlorpyrifos : nouvelle campagne presque scientifique du Monde ».

 

Le titre est plutôt gentillet. M. Stoop a pourtant mis en évidence, au mieux, une erreur grossière, au pire une fraude dans l'analyse de Mie, Rudén et Grandjean. Voici une aguiche :

 

« Mais il y a un détail qui change tout : cette courbe en U est obtenue avec un indicateur pour le moins étrange : le ratio entre la HAUTEUR du cervelet, et le POIDS TOTAL du cerveau. Nous avons donc un quotient dont le numérateur est proportionnel à la taille globale du cerveau, et le dénominateur est proportionnel au cube de cette taille. »

 

Pour les explications détaillées, allez sur site. Cela échappera peut-être à des bac + 5, mais pas à des bac – 5, surtout titulaires du Certificat d'études primaires.

 

C'est déjà grave. Pire, les auteurs ont mis en route un tapage médiatique, en s'y livrant eux-même comme on l'a vu ci-dessus, avec des doses administrées invraisemblables. L'effet du chlorpyrifos sur le cervelet – connu depuis des lustres – a été trouvé significatif (avec cet indicateur foireux) à des doses... 5.000 fois plus élevées que la dose à laquelle sont exposés les consommateurs (et 1.000 fois plus élevées que la dose journalière admissible européenne)...

 

M. Stoop n'en est pas resté là. Il nous expose aussi « Un cas typique de conflit d’intérêt… dans la presse scientifique »... étant entendu que, dans ce cas, il n'y a pas un conflit unique. Allez sur site, cela vaut le déplacement !

 

 

Après la « science » militante, au tour de l'« information » militante

 

Et, bien sûr, l'article du Monde Planète de M. Stéphane Foucart est aussi passé sous la loupe. Avec notamment :

 

« ...On y retrouve tous les ingrédients des campagnes de presse qui ont conduit à la décision d’interdiction du glyphosate en France, après celle des insecticides néonicotinoïdes :

 

  • Mise en avant de quelques publications scientifiques publiques pointant des résultats ponctuels de laboratoire alarmants (ou apparemment alarmants) sur la toxicologie ou l’écotoxicologie des produits visés

 

  • Amalgame avec des problématiques sanitaires médiatisées : celles-ci peuvent parfois être argumentées scientifiquement, mais sans lien démontré scientifiquement avec les produits incriminés (pour le cas du glyphosate, l’augmentation de l’incidence du lymphome non hodgkinien dans la population générale), soit relevant plus de la légende urbaine que de l’épidémiologie (baisse du QI et augmentation de l’autisme, dans le cas des insecticides organophosphorés)

     

  • Dénigrement indirect des agences sanitaires : les scientifiques ou journalistes n’incriminent explicitement que les firmes agrochimiques, mais leur argumentation implique que les agences se sont laissé tromper par les expérimentations soumises par ces firmes pour l’autorisation de leur produit.

 

Cela fait beaucoup, non ? En fait, pas assez !

 

M. Stéphane Foucart nous ressert la ritournelle des documents confidentiels, certes avec quelques précautions oratoires :

 

« Généralement, les études réglementaires, comme celle examinée par M. Grandjean et ses collègues, sont confidentielles et les chercheurs indépendants ne sont pas autorisés à y débusquer d’éventuelles manipulations. »

 

Admirez la phrase ! À quoi ne sont-ils pas autorisés ?... Mais le fin mot de l'histoire tombe de suite :

 

« "Nous avons utilisé la loi suédoise sur l’accès aux informations utilisées par l’administration pour requérir les détails de cette étude. Cela a pris du temps, mais nous avons finalement obtenu l’accès à l’ensemble des données, raconte Axel Mie. [...] »

 

L'offentlighetsprincipen (principe de transparence) a été institué en Suède en 1766 et inscrit dans la Constitution en 1949. Un autre chercheur militant (parce que Philippe Grandjean...) indépendant avait déjà obtenu une partie de ses données du Conseil Suédois de l'Agriculture en 2006 à la demande de Greenpeace Danemark et d'avocats de Greenpeace Allemagne.

 

Mais le mythe des horribles industriels et agences d'évaluation maintenant un couvercle sur les études des industriels ou, pire, financées par les industriels doit être perpétué dans la littérature militante. Tout comme le mythe des intrépides chercheurs – indépendants – qui déploient des trésors d'ingéniosité avec une extraordinaire ténacité pour lever ce couvercle.

 

Ah oui, « [c]ela a pris du temps »... Sous-entendu, surtout dans un Monde Planète peu amène avec l'industrie : il a fallu batailler. Mais non : au moins une partie des documents date de 1997-1998. Et imaginer que les autorités aient dû photocopier des milliers de pages...

 

 

 

 

Est-ce bien vrai ?

 

M. Stéphane Foucart écrit aussi :

 

« Toutefois, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) avait bien noté dans son analyse certaines de ces failles, les qualifiant même de « manipulation de données » dans sa documentation – mais sans demander à l’industriel de revoir sa copie. »

 

Nous n'avons pas trouvé le passage cité dans les deux mémorandums mis en lien. Les auteurs de ces mémorandums avaient trouvé que l'étude en question avait été bien faite et que « les questions restant en suspens peuvent être résolues avec des informations et des analyses statistiques additionnelles, mais il n'y a pas de préoccupations non levées concernant la qualité des données animales [...]»

 

Il a donc été recommandé de modifier temporairement la classification de l'étude d'« unacceptable » à « guideline-unacceptable » (inacceptable selon les principes directeurs) en attendant la soumission et l'examen de données complémentaires. Difficile de concilier cela avec une « manipulation de données ».

 

Mais M. Stéphane Foucart est un grand journaliste d'investigation...

 

 

 

 

Des chercheurs indépendants ? (2)

 

Les auteurs ont sans nul doute utilisé la loi suédoise pour obtenir les détails de l'étude incriminée (et l'ensemble du dossier – soit des milliers de pages) ? C'est la version officielle, ce qu'ils écrivent en fin d'article. Mais comment ont-ils fait pour dénicher les deux études censées mettre en cause, universellement, les procédures d'évaluation du chlorpyrifos-éthyl et du chlorpyrifos-méthyl, et de tous les pesticides ? N'auraient-ils pas bénéficié d'un petit coup de pouce ? Peut-être sous la forme de mémorandums obtenus par des activistes états-uniens dans le cadre d'une procédure FOIA... des mémorandums précisément cités par M. Stéphane Foucart...

 

L'étude en principe scientifique a aussi donné lieu à une poussée de fièvre militante aux États-Unis d'Amérique. Alors qu'en Europe, l'autorisation du chlorpyrifos expire le 31 janvier 2020 et que la substance est en cours de réévaluation, le débat a impliqué les autorités judiciaires outre-Atlantique. Selon les sources militantes, l'Agence pour la Protection de l'Environnement (EPA) était sur le point de bannir le chlorpyrifos sous le mandat Obama et elle a changé d'avis depuis l'élection de M. Donald Trump. Le 9 août 2018, la Cour d'Appel du 9e Circuit a ordonné à l'EPA de finaliser l'interdiction proposée du chlorpyrifos dans les 60 jours (arrêt). L'EPA a fait appel.

 

Il est donc utile de maintenir la pression s'agissant de la nocivité alléguée (et réelle, mais c'est une question de dose et d'exposition) du chlorpyrifos. Serait-ce alors que cet article en principe scientifique est une œuvre de commande ? Oh, pas contre monnaie sonnante et trébuchante, juste une contribution au militantisme antipesticides...

 

N'est-il pas curieux que le Natural Resources Defense Council (NRDC) ait produit un article détaillé, « Rodent Studies Show Chlorpyrifos Harm - Evidence Overlooked » (des études sur des rongeurs montrent la nocivité du chlorpyrifos – les preuves négligées) le 15 novembre 2018, soit la veille de la publication de l'article en principe scientifique ?

 

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Max 26/11/2018 17:31

Vu le nombre d'agence sanitaire et de scientifique payer par l'industrie de l'agrochimie cela doit commencer à revenir chère à Monsanto (Bayer mais Monsatan fait plus peur). Dès que l'ont parle de corruption dans l'industrie le cerveau de nos journalistes a tendance à s'éteindre et accepter toutes les incohérences allant dans leurs sens (quand tout le monde est de mèche dans un complot ça na plus de sens).

Il faudrait inventer un point autisme (comme le point Godwin), à chaque fois que quelqu'un nous dit que telle chose (pesticides, ondes électromagnétique (lesquelles, le spectre électromagnétique va de 100000 km à quelques pm) , vaccins voir écrans télé) , ont devraient considérer que le débat est finit, cette personne ayant atteint le point de non-retour dans sa non-argumentation idéologique.

Seppi 06/12/2018 18:15

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Non, c'est dès qu'on parle de pesticides, d'additifs alimentaires, de substances chimiques, etc.

Quant au point, il faudrait lui trouver une autre désignation par respect pour les autistes. Le nom d'un ou d'une journaliste par exemple… ou d'une rubrique journalistique pour éviter les plaintes en diffamation.