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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

100 % de bio en Allemagne : la cata !

14 Novembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Willi l'Agriculteur, #Agriculture biologique

100 % de bio en Allemagne : la cata !

 

Willi l'Agriculteur*

 

 

 

 

[Ma note] Les instances nationales du bio – et même les instances officielles de l'agriculture et de la statistique – sont très cachottières sur les performances de l'agriculture biologique. L'Agence Bio se singularise par des statistiques dignes des grandes heures du « socialisme » triomphant – style : « 9 Français sur 10 ont consommé du bio au cours des 12 derniers mois » (et le contribuable paye pour ça – la « statistique » ainsi que la consommation de produits bio par les aides à la conversion et au maintien et les allégements fiscaux !).

 

Willi l'Agriculteur a exploité en 2015 une analyse de l'AMI (Société d'Information sur les Marchés Agricoles). Sa démarche est très rustique. Mais l'analyse a le mérite de produire des résultats intéressants. Et il y a une mise en perspective, certes incomplète, en deuxième partie.

 

 

Le rendement moyen national du blé tendre d’hiver en France 1998-2015

 

 

Première partie : les chiffres

 

À en croire les enquêtes, le désir de disposer de produits biologiques ou écologiques est élevé en Allemagne. Leur part augmente régulièrement, même si elle est à un faible niveau. Le rejet des produits pour lesquels on a utilisé des engrais de synthèse ou des pesticides augmente.

 

C'est pour cette raison que je me suis penché sur la question de savoir quelle serait la situation si tous les agriculteurs allemands optaient pour le bio. À quoi cela ressemblerait-il pour les quantités produites ? Pour cela, j'ai utilisé l'étude de l'AMI (Société d'Information sur les Marchés Agricoles) de 2013 qui compare les données structurelles des exploitations biologiques à celles de toutes les exploitations. J'ai extrapolé les valeurs de l'agriculture biologique à toutes les exploitations, étant entendu qu'il en résulte inévitablement un certain flou du fait que les exploitations biologiques sont incluses dans l'ensemble des exploitations.

 

Par souci de clarté, le rapport a été divisé en deux parties : les chiffres d'abord, et les conséquences ensuite. La deuxième partie suivra sous peu. Il est donc logique d'attendre avec les commentaires jusqu'à la publication de la deuxième partie.

 

 

Exploitations

 

Sur les 285.000 exploitations agricoles, 23.271 étaient en agriculture biologique en 2013. Sur les 1.020.000 hectares de superficie cultivée sur le mode écologique, 57 % étaient des prairies. En comparaison, l'ensemble des exploitations gère 16.496.900 hectares, dont 28 % sont des prairies.

 

 

Production

 

Céréales : En agriculture biologique, on a produit en moyenne 3,6 tonnes de céréales par hectare sur 202.000 hectares. Si cette valeur est extrapolée à la superficie totale des céréales, cela se traduit par une production céréalière de 23.611.886 tonnes. Par rapport à la production réelle de céréales de l'ensemble des exploitations de 47.757.000 de tonnes, il en résulte une différence de 24.145.114 tonnes, soit –51 %. La consommation nationale s'élevant à 44 millions de tonnes, le déficit se monterait à environ 21 millions de tonnes.

 

Pommes de terre : En agriculture biologique, on a cultivé à peine 8.100 hectares, contre 242.800 hectares pour toutes les exploitations. Au total, 9.670.000 tonnes ont été produites, dont 120.000 en agriculture biologique. Si l'on extrapole à la superficie totale le rendement de l'agriculture biologique, la différence est de 6.072.963 tonnes ou –63 %.

 

Colza : La production de colza est négligeable dans l’agriculture biologique, avec 1.800 hectares contre 1.533.300 hectares au total. Des données de rendement fiables ne sont pas disponibles, mais des essais ont donné entre 0,5 et 2,2 tonnes/hectare. En supposant qu'on a produit 1,7 tonne/hectare en agriculture biologique, la différence est de 3.166.000 tonnes, soit –55 %. Bon an, mal an, la production nationale de colza représente en moyenne 6 millions de tonnes. La transformation du colza s'est élevée à 9,6 millions de tonnes en 2014, avec un volume total de transformation de graines oléagineuses de 13,3 millions de tonnes.

 

Betterave à sucre : Ce qui s'applique au colza, s'applique également à la betterave à sucre. Avec 1.200 hectares en biologique par rapport à 315.543 hectares pour l'ensemble des exploitations, la production est marginale ; une comparaison robuste est impossible en raison du manque de données.

 

Fruits : La production de fruits en agriculture biologique, à 8.485 hectares, est similaire à celle de la pomme de terre. On avait produit 98.000 tonnes, et 1.118.300 tonnes sur l'ensemble des exploitations. Si les rendements de l'agriculture biologique sont extrapolés à la superficie totale, la différence est de 509.753 tonnes, soit –46 %.

 

Légumes: La production de légumes de l'ensemble des exploitations était en 2013 de 3.418.211 tonnes, dont 271.800 tonnes sont venues des exploitations biologiques. Les rendements du biologique n'étant que marginalement inférieurs à ceux de toutes les exploitations, la différence n'est que de 557.318 tonnes, soit –16 %.

 

Bœuf : La production de viande bovine, qui était de 38.400 tonnes en biologique, est nettement inférieure à celle de l'ensemble des exploitations, qui s'élevaient à 1.117.600 tonnes.

 

Lait : Dans les fermes biologiques on a produit 682.100 tonnes de lait avec 143.000 vaches laitières, ce qui correspond à une production de lait par vache et par an de 4.770 kg. Extrapolée à toutes les vaches (4.222.300) cela se traduit par une différence de 10.174.424 tonnes, soit –34 %.

 

Œufs : Dans les exploitations biologiques, 3,8 millions de poules pondeuses ont été élevées, contre 43,2 millions dans l'ensemble des exploitations. La ponte annuelle s'établit à 272 œufs par poule et est proche des 293 œufs par poule et par an en conventionnel ; ainsi, il y a seulement une différence de 838 millions d'œufs/an, soit –7 %.

 

Les données originales peuvent être trouvées ici.

 

Les calculs utilisés se trouvent dans ce tableau.

 

 

Deuxième partie : les conséquences

 

L'analyse sobre des chiffres de la première partie montre qu'une autosuffisance en produits biologiques n'est pas possible en Allemagne. Les cultures telles que le colza et la betterave à sucre disparaissent presque complètement de la rotation des cultures. Les principales raisons en sont l’absence d’options de lutte contre les ravageurs animaux pour le colza et le contrôle des mauvaises herbes plus compliqué pour la betterave à sucre. C'est regrettable car ces deux plantes sont importantes pour la rotation des cultures comme plantes riches en feuilles et ne seraient presque plus cultivées. De même, la culture de la pomme de terre, une plante riche en feuilles et sarclée et également une composante importante de la rotation des cultures, ne serait plus pratiquée que dans une mesure très limitée.

 

Avec une consommation actuelle d'environ 44 millions de tonnes de céréales, il faudrait importer environ 20 millions de tonnes de céréales, ce qui constitue un défi logistique majeur (environ 830.000 chargements de camions par an) ; et l'approvisionnement n'est pas facilement assuré par d'autres pays européens. Les exportations actuelles de céréales européennes, par exemple vers le Moyen-Orient ou l'Afrique du Nord, ne seraient probablement plus possibles. L'Égypte importe environ 11 millions de tonnes par an, l'Algérie environ 7 millions de tonnes rien qu'en blé à elle seule ! La raison en est la faible quantité de terres arables disponibles. En revanche, l’Égypte exporte des pommes de terre nouvelles en février et en mars, comme le demande le consommateur allemand. En raison de l'irrigation, la quantité d'eau nécessaire est environ quatre fois plus élevée qu'en Allemagne, où les pommes de terre nouvelles peuvent généralement être produites sans irrigation.

 

La quantité annuelle de colza (graines) produite est en moyenne de 6 millions de tonnes. Les fluctuations résultent de la variation de la superficie et du rendement annuels. En 2014, la transformation du colza s'est élevée en Allemagne à environ 9,6 millions de tonnes, celle de toutes les graines oléagineuses à 13,3 millions de tonnes. Déjà aujourd'hui, on importe une quantité importante de graines oléagineuses. Étant donné que la culture du colza disparaîtrait quasiment pour les raisons susmentionnées, il faudrait importer la quasi-totalité des graines oléagineuses. Il ne faut pas oublier que la transformation ne consiste pas seulement dans l'extraction des huiles, mais que le sous-produit (tourteau) est une source importante de protéines dans les aliments pour animaux. Pour être complet, il faut aussi mentionner, bien sûr, l'ajout d'huiles végétales aux carburants fossiles.

 

L'autosuffisance est de 13 % pour les fruits et de 39 % pour les légumes. Avec le passage aux produits biologiques, il faudrait importer des quantités beaucoup plus importantes. Étant donné que les importations actuelles proviennent principalement de pays où l'irrigation est nécessaire, la situation de l'approvisionnement en eau serait encore aggravée.

 

La production de pommes de terre serait également loin d'être suffisante ; cette culture est principalement produite en Europe centrale, ce qui rend les importations difficiles tant en termes de quantité que d'origine (Pologne, Russie, ainsi que France). Avec une autosuffisance de quasiment 100 %, environ 3 millions de tonnes d'importations sont nécessaires. Avec un rendement moyen de 40 t/ha, il faudrait cultiver 75.000 ha de pommes de terre de plus dans les pays exportateurs.

 

Mais alors, comme pour toutes les autres cultures, ce seront des produits conventionnels. Toutefois, si les importations devaient également être biologiques, la superficie nécessaire augmenterait encore davantage.

 

Ces calculs ont tous été effectués en supposant que les conditions de culture actuelles restent inchangées. Mais on ne peut pas supposer que les conditions de production actuelles des cultures individuelles seront maintenues inchangées en cas de conversion complète de toutes les exploitations, car l'apport de nutriments dans les exploitations biologiques se fait principalement par le fumier animal. Cependant, des surfaces non négligeables seront nécessaires pour l'élevage, pour l’approvisionnement en nourriture, des surfaces qui seront donc détournées de la production de denrées alimentaires. En prenant comme base la part actuelle de plus de 55 % de prairies dans les exploitations biologiques (28 % de toutes les exploitations), la proportion de prairies ou de zones fourragères devrait être sensiblement augmentée (d'environ 4,5 millions d'hectares) et la superficie consacrée aux denrées alimentaires diminuera (d'environ 11,9 à 7,4 millions d'hectares). Si, au lieu de l'engrais animal, on devait choisir des alternatives à base de plantes (engrais vert de trèfle), cela ne changerait pas la donne. En réalité, le déficit et le volume des importations seraient donc encore plus importants.

 

Dans les considérations politiques et sociales relatives à la promotion de l'agriculture biologique en Allemagne, qui se concrétisent actuellement par des incitations financières accrues, les hypothèses formulées ci-dessus et les conséquences qui en découlent ne doivent pas être perdues de vue. Il devrait également être clair que les aliments biologiques produits et les importations de denrées alimentaires conventionnelles pourraient entraîner des augmentations de coûts considérables pour le consommateur. Si les terres actuellement gérées sur le mode conventionnel (environ 15,5 millions d’hectares) faisaient l'objet d'une subvention supplémentaire de 200 euros/ha, des subventions supplémentaires d’environ 3 milliards d’euros par an seraient nécessaires en plus des prix plus élevés des denrées alimentaires.

 

_______________

 

* Willi l'Agriculteur (Bauer Willi) exploite 40 hectares en grandes cultures (betterave sucrière, colza, céréales) en coopération opérationnelle. Il a été double-actif jusqu'à l'automne 2014. Son deuxième métier a été le suivi et le conseil aux agriculteurs pour une entreprise familiale (sucrerie). Depuis lors, il continue d'exploiter son domaine en tant que pré-retraité et a du temps pour écrire et partager son expérience.

 

Il contribue aussi bénévolement à l'association (fondation) des habitants de sa commune et à une coopérative agricole.

 

Sources : https://www.bauerwilli.com/100-bio-in-deutschland-teil-1-die-zahlen/

https://www.bauerwilli.com/100-bio-in-deutschland-teil-2-die-konsequenzen/

 

 

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franseb 09/12/2018 12:07

Bonjour, il faudra demander une mise à jour de votre argumentaire auprès de Bayer car voici ce qu'ils m'ont dit sur leur page facebook concernant la différence de rendement entre bio et conventionnel. Ils sont passé de 50% de différence dans leur post original à...... 25% dans leur commentaire J'en ris encore!

Vous trouverez facilement leur post sur Bayer crop. Voici le lien si jamais. https://www.facebook.com/BayerCropScience/photos/a.474126422621947/2173683959332843/?type=3&theater&comment_id=2174836085884297&reply_comment_id=2201341776567061&force_theater=1¬if_t=photo_reply¬if_id=1544214421363583
"On average globally, organic farming produces yields that are one-quarter lower than those achieved by conventional farming".

Seppi 09/12/2018 14:52

Bonjour,

Merci pour votre commentaire, et pour le lien.

Riez donc… Les 50 %, c'est en l'absence de protection phytosanitaire. Les 25 %, c'est pour une analyse au niveau mondial… avec protection phytosanitaire… mais "bio"... plein de sulfate de cuivre, d'huile de neem, etc.

Bon, j'exagère un peu. Le problème est plus complexe.

franseb 21/11/2018 15:46

Je trouve les graphiques très instructifs et très lisibles mais avec les bonnes connaissances :-) Concernant l'"agenda" de nouveau j'ai du mal à vous suivre... Je ne comprends pas ce que vous insinuez. Pourriez-vous, svp être un peu plus clair.

Seppi 06/12/2018 15:10

Bonjpur,

C'est curieux que vous ne compreniez pas le sens du mot "agenda" en relation, par exemple, avec le FiBL.

Je n'insinue rien… je constate.

franseb 21/11/2018 08:27

Bonjour,
L'étude du FIBL est toujours disponible, je ne vois pas de quoi vous parler quand vous dîtes "plaquette"... Ils n'ont rien retiré du tout.
je vous redonne le lien si jamais pour votre information. https://shop.fibl.org/chde/mwdownloads/download/link/id/911/

Concernant Ponisio, je ne comprends pas votre remarque. -19.2% c'est bien, même excellent. Pas de quoi rire en comparaison des -50% de ce sympathique Willi l'agriculteur sorti de null part.

Mais bon,comme c’est le chiffre officiel fourni par les entreprises de l'agro-business (c..f le post de bayer crop il y a 2 jours sur facebook, quelle coincidence!), ça doit être vrai, sûrement, on peut leur faire confiance, les yeux fermés.

PS: Josianne ma voisine, me dit que d'après ses recherches dans Femina, et Femme actuelle qu'elle lit quand elle va chez sa coiffeuse Irène ou alors chez son docteur, et bien que c'est plutôt -35% ou non -45%... enfin elle est plus très sûr... Faut dire qu'elle bien son petit rosé du matin.

Seppi 21/11/2018 14:02

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Quand je me réfère à une "plazquette" c'est… une plaquette dûment référencée à l'époque dans mon article.

Merci pour le nouveau lien. J'y retrouve des graphiques… mais sans les commentaires qui apportent un éclairage pas vraiment enthousiasmant quand on a quelques connaissances du sujet.

Vous trouvez que -19,2% (dans des études "scientifiques" dont beaucoup réalisées par des institutions qui ont un agenda… comme le FiBL) "c'est bien, même excellent"? Grand bien vous fasse !

Quant à "ce sympathique Willi l'agriculteur", il n'est pas sorti de nulle part et n'a pas produit de chiffres sortis de nulle part.

franseb 20/11/2018 15:37

Ce n'est pas ce que montre l'essai DOK conduit par le FIBL (institut de recherche de l’agriculture biologique) en Suisse depuis 1978. https://www.fibl.org/fr/suisse/recherche/sciences-du-sol/essais-de-longue-duree.html ni la méta-analyse conduite par Ponisio de Berkeley. http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/282/1799/20141396
Personnellement je préfère ces études que celle conduite par un certain Willi l'agriculteur, inconnu au bataillon. Sérieusement, vous pensez convaincre qui? Ne nous prenez pas pour des courges bio! MDR

Seppi 20/11/2018 17:23

Bonjour,

Merci pour votre commentaire (si, si…).

Et surtout merci pour le lien vers le FiBL. J'ai analysé il y a quelque temps leur belle plaquette sur leur essai à long terme. Résultat : ils ont retiré leur plaquette de l'Internet !

http://imposteurs.over-blog.com/article-agriculture-biologique-un-fibl-bien-faible-par-wackes-seppi-96151754.html

Je compte remettre cet article à jour quand j'aurai retrouvé une copie de la plaquette.

Quand à Ponisio, c'est à mourir de rire. Ils ne trouvent qu'un écart de rendement de 19,2 %... une paille…

Et, miracle ! l'écart se réduit -- dans des essais, pas dans la vraie vie -- à 9 % avec le "multi-cropping" ( apriori les cultures associées) et 8 % avec les rotations (comme si elles n'étaient pas déjà pratiquées)… mais seulement si on applique ces techniques au bio. Je crains que, là, on nous prend vraiment pour des courges.

Murps 14/11/2018 19:31

"Un changement de société avec retour à la terre ?"
Ca ne serait pas plutôt une soviéto-roumanisation de la société, avec tout le respect que j'ai pour nos amis roumains ?


Au passage, il est pittoresque de constater qu'il faudrait consommer donc "non local" pour pouvoir survivre et utiliser des camions électriques pour importer toutes les productions agricoles dont on ignorerait l'origine, ce qui ajoute encore au délire…

Seppi 18/11/2018 15:41

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Une "soviéto-roumanisation" mettrait probablement des pommes de terre et des choux dans les resserres des ruraux, alimentés aussi grâce à des poules et des lapins -- et dans les cabas des urbains ayant encore un cousin à la campagne… mais elle ne mettrait pas suffisamment de blé dans les silos.

On a l'exemple sous nos yeux : Cuba, le paradis du bio :

seppi.over-blog.com/2018/06/cuba-le-paradis-du-bio.html


Enfin, pour importer le blé d'Argentine ou d'Ukraine, on pourra toujours utiliser des cargos à voile...