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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Non, il n'y a pas de caféier OGM !

6 Octobre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #OGM

Non, il n'y a pas de caféier OGM !

 

À propos d'une bourde du Monde

 

 

(Source)

 

Nos amis d'Alerte Environnement ont titré rageusement « Le Monde pris en flagrant délit de fakenews ». C'est à propos de « Le café broie du noir » (les guillemets sont dans le titre original), avec en chapô :

 

« La livre d’arabica se négocie à moins de 100 cents. Une hausse de la production a entraîné les précieux grains, dans une spirale baissière, explique dans sa chronique, la journaliste au "Monde" Laurence Girard. »

 

Mme Girard nous a habitués à des articles de qualité et nous pencherons plutôt pour une bourde – ou un péché devenu qualité chez bon nombre de « journalistes » : recopier sans vérifier ses sources.

 

Soit !

 

Quel est l'objet du délit (c'est nous qui graissons) ?

 

« Les plants de ce café ont un cycle biennal et, cette année, la floraison d’arabica était des plus denses. Les bonnes conditions météorologiques ont comblé les attentes. Sans oublier que des plantations de café génétiquement modifié dopent les rendements. Cette avalanche de sacs a donné du grain à moudre aux spéculateurs, qui ont misé en masse sur la chute des cours. »

 

Cet article n'a attiré qu'un commentaire – ben oui, il n'y est pas question de ces aspects de l'agriculture française qui permettent tous les défoulements. La France compte paraît-il 65 millions de sélectionneurs (pas de plantes, mais de joueurs de football) ; elle compte sans nul doute aussi 65 millions d'agronomes...

 

Nous nous égarons. M. Philippe Demonceau a écrit :

 

« "génétiquement modifié" : vous avez des références ? Il y a très peu de plantes dont il existe des variantes transgénétiques. »

 

C'est clair, même si ce n'est pas expressis verbis : il n'y a pas de caféiers génétiquement modifiés.

 

Trois jours après le commentaire ('est ce qu'indique le compteur du Monde), le texte est inchangé sur Internet. Errare humanum est...

 

Rappelons donc que le caféier a été traditionnellement multiplié par semences. L’arabica est autogame, mais, au sein des différents types (appelés variétés par les amateurs de café) il existe des variétés-populations, une grande variabilité. Le robusta est allogame, et la variabilité est encore plus grande.

 

La filière s'est donc tournée vers les clones (variétés multipliées par boutures), éventuellement après des croisements. Le clonage permet de reproduire un génotype à l'identique et donc de cultiver les génotypes les plus performants en termes de rendement, d'adaptation aux conditions de culture, de résistance aux bioagresseurs et de qualité.

 

Ces caféiers ne sont donc pas « génétiquement modifiés » au sens qu'a pris cette expression, par transgénèse, mais issus d'un processus d'amélioration des plantes tout à fait classique (mais il est vrai que ce processus sera bientôt aussi diabolisé...).

 

Mme Girard a évoqué l'augmentation de rendement. New Vision fournit un chiffre, certes anecdotique, pour l'Ouganda dans « Farmers want clonal coffee cuttings » (les agriculteurs veulent des boutures clonales de caféier) : 500 kg par hectare pour les variétés traditionnelles « d'élite », 1.200 kg pour des variétés clonales.

 

Produire des plants issus de boutures est long et fastidieux. Mais les avantages qu'ils procurent justifient l'investissement de départ.

 

 

 

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