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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Voici ce que l’électricité peut nous apprendre sur la sécurité des pesticides

10 Septembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides

Voici ce que l’électricité peut nous apprendre sur la sécurité des pesticides

 

Steve Savage*

 

 

Crédit d'image : Shutterstock

 

 

Pour beaucoup de gens, il peut être difficile d'imaginer comment un pesticide pourrait jamais être sûr. Pour comprendre comment cela est possible, il est utile de faire une comparaison avec quelque chose de plus familier : l'électricité.

 

Il est difficile d’envisager la vie moderne sans électricité. Autant nous apprécions cette source d’énergie et avons besoin d'elle, autant cela comporte certains dangers. L’électricité peut causer et cause parfois des blessures ou la mort. Pourtant, dans l’ensemble, nous pensons utiliser l’électricité comme un aspect raisonnablement sûr de nos vies.

 

La sécurité ne peut pas être définie avec précision. Ce que nous percevons comme sûr est quelque chose où les avantages compensent largement des risques minimes. Nous pouvons profiter des avantages de l’électricité avec peu de risques grâce à deux stratégies principales : 1) utiliser des formes d’électricité à faible danger et 2) éviter d’être exposés à des formes d’électricité dangereuses.

 

 

Approche à faible danger

 

De plus en plus, nous alimentons les dispositifs essentiels à notre mode de vie avec des formes d’électricité pratiquement non dangereuses. Les principaux exemples seraient nos téléphones portables, nos appareils Bluetooth ou nos lecteurs de musique portables fonctionnant avec du courant continu à basse tension, qui est presque incapable de nous causer des dommages. Cette approche à faible danger joue également un rôle important dans la sécurité des pesticides.

 

Au milieu du siècle dernier, certains des premiers pesticides utilisés étaient des produits chimiques très toxiques pour les mammifères et donc pour les humains. Les États-Unis ont commencé à se pencher sérieusement sur la question en créant l’Agence de Protection de l’Environnement des États-Unis (EPA) en 1970. Peu après, les pesticides vraiment dangereux ont été retirés du marché ou leur utilisation a été grandement restreinte.

 

Depuis lors, des milliards de dollars ont été dépensés pour la découverte, la mise à l'essai et l'examen réglementaire de nouvelles options de protection des plantes beaucoup moins toxiques. Dans les graphiques ci-dessous, j'ai examiné la toxicité des substances de protection des plantes qui ont été utilisées, et ce, en examinant les données historiques du Département de l'Agriculture des États-Unis sur les pommes de l'État de Washington et les données californiennes sur les pesticides utilisés sur toutes les cultures en 2013. Dans ces graphiques, la toxicité est fondée sur des études d'alimentation sur des rats ou des souris, lesquelles constituent un indicateur de la toxicité potentielle pour les humains. D'autres mesures de toxicité montrent des tendances similaires.

 

 

 

 

L'EPA dispose de quatre catégories de toxicité pour classer les dangers aigus des produits phytosanitaires. Pour une utilisation dans les vergers de pommiers, les données montrent que les pesticides de la catégorie I de l'EPA, « hautement toxique », n'ont jamais représenté plus de 10% du total des pesticides utilisés et que leur utilisation a régulièrement diminué. Ce sont des pesticides aussi toxiques que la nicotine vendue pour les cigarettes électroniques. Seulement 0,2 % des pesticides appliqués aux cultures californiennes en 2013 étaient dans cette catégorie.

 

La catégorie II de l'EPA, « modérément toxique », comprend des substances dont la toxicité se situe dans la même gamme que la capsaïcine contenue dans les piments forts ou la caféine du café – des produits chimiques naturels connus et même recherchés dans notre alimentation. Cette catégorie représente une utilisation très limitée sur les pommes aujourd'hui, et seulement 18% de ce que les producteurs ont appliqué dans les vergers de Californie en 2013.

 

La catégorie d'utilisation des pesticides qui s'est développée est appelée « légèrement toxique » (catégorie III de l'EPA). La toxicité des substances de protection des plantes de cette catégorie se situe dans la même gamme que l'acide citrique dans un citron ou la vanilline dans une gousse de vanille.

 

La plus grande catégorie de pesticides appliqués aux pommes et aux autres cultures est « pratiquement non toxique » pour la consommation par les mammifères (catégorie IV de l'EPA). En comparant cela à notre utilisation de l'électricité, nous pouvons voir que le faible danger est une stratégie majeure grâce à laquelle nous minimisons les risques liés aux pesticides.

 

Pour comprendre comment quelque chose qui est conçu pour tuer ou contrôler un ravageur peut être non dangereux, considérons l'exemple du chocolat qui a un ingrédient aromatique que nous, les humains, aimons mais qui peut être toxique pour nos chiens. Les produits chimiques peuvent avoir des effets différents sur différentes espèces. Les scientifiques utilisent les termes spécificité et mode d'action pour décrire comment les produits chimiques déploient leurs effets spécifiques. Avec les pesticides modernes, le mode d'action est normalement l'inhibition d'une enzyme spécifique qui est importante pour la viabilité de l'organisme nuisible. Si l'enzyme est inhibée par le pesticide, l'organisme nuisible peut cesser de manger, cesser de croître et/ou mourir.

 

Cette enzyme n’existe souvent pas chez l’homme et chez d’autres animaux, ni dans d’autres groupes d’organismes, mais est présente chez le ravageur. Un insecticide moderne n'affecte généralement que les enzymes que l'on trouve dans les insectes ou même quelques espèces d'insectes. Un herbicide moderne pourrait n'inhiber qu'une seule enzyme nécessaire à la croissance des plantes. Un fongicide moderne inhibe une enzyme dans une voie enzymatique présente dans certains champignons. Bien que tous ces produits doivent toujours être manipulés avec un degré de prudence raisonnable, ils sont, tout comme l'électricité qui alimente nos téléphones portables, peu dangereux et donc peu risqués. Nous pouvons nous sentir en sécurité quant à leur utilisation.

 

 

Limiter le risque d'exposition en cas de danger

 

Nous avons toujours besoin de formes d'électricité plus dangereuses (telles que le courant alternatif de 120 volts) pour des besoins tels que l'éclairage, le chauffage, la climatisation, etc. Pour minimiser les risques, nous avons développé des protections telles que des systèmes de câblage isolés, des prises avec sécurités enfants, des coupe-circuits et des disjoncteurs de mise à la terre pour nous éviter d'être exposés à ce danger. Là où nous avons besoin de 220 volts, nous avons encore plus de moyens d'éviter l'exposition. Pour être connectés au réseau, nous avons besoin de l’électricité à haute tension extrêmement dangereuse qui nous parvient d'un lieu de production. Les lignes de transport à haute puissance sont conçues pour rendre peu probable l’exposition de quiconque à cette forme extrêmement dangereuse d’électricité.

 

Certains pesticides dont nous avons besoin pour lutter contre certains organismes nuisibles représentent un danger potentiel pour les mammifères, y compris les humains, ou parfois pour d'autres organismes non ciblés tels que les oiseaux, les amphibiens, les poissons ou les invertébrés aquatiques. L'utilisation sécuritaire de ces pesticides consiste à limiter l'exposition. Pour tous les pesticides utilisés en agriculture, quiconque participe directement au mélange ou à l'application du produit chimique doit respecter des exigences spécifiques concernant les vêtements et l'équipement de protection. Pour les matières à faible risque, il peut s'agir uniquement de gants, de chaussures fermées et d'un masque anti-poussière. Pour quelque chose qui pourrait représenter un danger significatif pour l'homme, ces restrictions incluraient un respirateur et une combinaison protectrice intégrale TYVEC ™.

 

Les conditions d'utilisation peuvent également dicter l'intervalle de temps entre une application et l'entrée d'une personne dans le champ traité (délai de ré-entrée). Pour les pesticides peu dangereux, ce délai peut être de quelques heures ou moins. Pour des pesticides plus dangereux, le délai de ré-entrée peut être de plusieurs jours. Pour les pesticides dangereux pour les poissons et autres organismes aquatiques, des restrictions imposent la distance minimale entre les zones traitées et les points d'eau. De même, pour les pesticides dangereux pour les abeilles ou autres pollinisateurs, les restrictions précisent le moment où les applicateurs peuvent les utiliser par rapport aux périodes de floraison et/ou aux périodes de la journée pendant lesquelles les abeilles et autres pollinisateurs sont actifs.

 

Pour tous les pesticides, l'EPA procède à une évaluation approfondie des risques et utilise les informations recueillies pour définir un ensemble détaillé de restrictions visant à prévenir la présence de résidus préoccupants pour les consommateurs au moment de la récolte. Les détails de ce système sont discutés dans un autre article intitulé : « Do I Need to be Concerned about Pesticide Residues on and in My Food? » (dois-je m'inquiéter des résidus de pesticides sur et dans mes aliments ?).

 

La morale de cette histoire : tout comme l'électricité, les pesticides peuvent être utilisés d'une manière qui répond à notre besoin d'une agriculture propre et productive tout en nous offrant un niveau de sécurité confortable et fonctionnel.

 

______________

 

* Steve Savage est un scientifique agricole et consultant dont les anciens employeurs comprennent la Colorado State University et DuPont. Suivez-le sur son blog, Applied Mythology ou Twitter @grapedoc.

 

Cet article est paru à l'origine sur le blog Putting Pesticides in Perspective sous le titre « HowCan Pesticides Be Safe ? » (comment les pesticides peuvent-ils être sûrs ?).

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2018/09/07/electricity-common-pesticides/

 

 

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