Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les épidémiologistes établissent un lien entre le DDT des années 1970 et les diagnostics d'autisme modernes

11 Septembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique

Les épidémiologistes établissent un lien entre le DDT des années 1970 et les diagnostics d'autisme modernes

 

Hank Campbell*

 

 

Le DDT a été interdit par un politicien aux États-Unis en 1972 et quelques années plus tard en Finlande, alors comment peut-il causer l'autisme maintenant ?

 

La réponse est dans les statistiques. La même courbe qui peut montrer que l’autisme est lié aux aliments biologiques peut relier l’autisme à tout et n'importe quoi ; et si vous êtes à l’École de Santé Publique Mailman de l’Université Columbia, vous êtes très opposé aux entreprises et éprouvez le besoin de paraître dans le New York Times ; alors, dans un article récent, vous avez relie le DDE, un métabolite du DDT, dans le sang des femmes enceintes à l'autisme.

 

L'autisme est un fruit facile à saisir pour les statisticiens. La plupart des gens n'en pensent évidemment pas beaucoup de bien (bien que de nombreuses personnes atteintes d'autisme ne pensent pas qu'elles sont aussi déficientes que les épidémiologistes de Columbia) ; les auteurs ont donc succombé à leur désir de montrer un lien entre l'autisme et un pesticide. En réalité, ils aimeraient le faire avec n'importe quel pesticide, le verdict du jury du glyphosate de la semaine dernière montre que la science est sans importance dans les affaires judiciaires.

 

Ils ont identifié 778 cas de diagnostic du spectre de l'autisme chez des enfants nés entre 1987 et 2005 parmi les femmes de la cohorte de maternité finlandaise, qui inclut 98 % des femmes enceintes finlandaises. Le sang maternel prélevé pendant la grossesse a été analysé pour le DDE, un métabolite du DDT, et les PCB, qui sont une autre cible privilégiée des activistes environnementaux.

 

Leurs statistiques ont indiqué que les mères avec un taux de DDE élevé, les classant dans le quartile supérieur, avaient un risque deux fois supérieur d'avoir un enfant atteint d'autisme. Il n'y avait pas d'association entre les PCB maternels et l'autisme. Pourquoi ? Ils spéculent que le DDE provoque un faible poids à la naissance, parce qu'une étude sur le rat a déclaré cela. Les épidémiologistes savaient dans le temps que les rats ne sont pas des personnes miniatures, mais la zoologie n'est plus enseigné à l'école à ce niveau de détail. Nous avons donc demandé aux administrateurs des Instituts Nationaux de Santé (NIH), quand nous les avons rencontrés, de mettre une mention « EXPLORATOIRE » géante en travers de ces études épidémiologiques financées par les NIH.

 

 

 

 

Le gros problème : c'est sur 1.000.000 de grossesses. Les épidémiologistes neutres font la distinction entre le risque relatif et le risque absolu, et ce groupe l'ignore. Si nous affirmons que le fromage double le risque de cancer, vous serez alarmé. Si, au lieu de cela, nous vous disons avec précision que le fromage augmente votre risque de cancer de 1 sur 10.000.000.000 à 2 sur 10.000.000.000, vous n’aurez aucune raison de vous inquiéter. Et vous ne devriez pas non plus vous inquiéter. 778 sur 1.000.000.000, c'est ce que les épidémiologistes neutres appellent le bruit de fond statistique.

 

Pourtant, les auteurs se sentent en sécurité car, disent-ils, le DDT se décompose lentement – et les gens ont maintenant oublié que ceux qui étaient le plus exposés au DDT n’avaient jamais eu de maladies sortant de l’ordinaire. Ce qui signifie que les auteurs sont amenés à accepter une courbe en forme de U : des niveaux très élevés sont évidemment mauvais, une exposition normale est sans effet, mais des traces sont aussi nocives que les surdoses. C'est le fondement de l'homéopathie, lequel est devenu la base du mouvement des perturbateurs endocriniens que les publications anti-scientifiques comme Environmental Health News promeuvent.

 

« Nous pensons à ces produits chimiques au passé, qu'ils sont relégués à une ère révolue de toxines dangereuses du 20e siècle », explique l'auteur principal Alan S. Brown, MD, MPH, professeur d'épidémiologie à l'École de Santé Publique Mailman de l'Université Columbia. « Malheureusement, ils sont toujours présents dans l'environnement et se retrouvent dans notre sang et nos tissus. Chez les femmes enceintes, ils sont transmis au fœtus en développement. Outre les facteurs génétiques et environnementaux, nos résultats suggèrent que l'exposition prénatale à la toxine DDT peut être un déclencheur de l'autisme. »

 

Les auteurs ignorent l’autre facteur de confusion, bien plus gros, dans leur désir de faire peur à propos des produits chimiques. Les diagnostics d'autisme ont beaucoup augmenté, de sorte que leur nombre a augmenté malgré la présence de sulfate de cuivre bio ou d'épandages de Bt ou d'autre chose. Tout cela peut être lié à l'autisme de la même manière.

 

______________

 

* Fondateur de Science 2.0® en 2006 et, depuis juin 2015, Président de l'American Council on Science and Health.

 

Source : https://www.science20.com/hank_campbell/epidemiologists_link_ddt_from_the_1970s_to_modern_autism_diagnoses-233771

 

 

Mon complément :

 

Voici la partie « résultats » du résumé (traduction selon le principe « garbage in, garbage out ») :

 

« Les probabilités d'autisme parmi la progéniture étaient significativement accrues avec les taux de p,p'-DDE maternels qui se situaient dans le 75e percentile le plus élevé (sic), avec ajustement pour l'âge de la mère, la parité et les antécédents de troubles psychiatriques (odds ratio = 1,32, IC à 95 % = 1,02, 1,71). Les probabilités d'autisme avec déficience intellectuelle ont été multipliées par plus de deux, avec les taux de p,p'-DDE maternels dépassant ce seuil (odds ratio = 2,21, IC à 95 % = 1,32, 3,69). Il n'y avait pas d'association entre les taux totaux de PCB maternels et l'autisme. »

 

Pourquoi le « sic » ? Un percentile est une valeur, pas un intervalle. Lorsqu'on classe les valeurs dans l'ordre croissant, le 75e percentile est le point qui sépare les trois quarts des valeurs les plus basses du quart supérieur (quatrième quartile).

 

Notez que la limite basse du premier intervalle de confiance est proche de 1. Le résultat n'est donc pas très significatif (à peu près autant que pour le glyphosate « cancérogène probable » pour le CIRC avec des « preuves limitées » pour l'humain...). Le deuxième résultat a meilleure allure... mais comme souvent pour ce genre d'études, les auteurs s'abstiennent de donner le nombre réel de cas (c'est forcément une fraction, sans doute petite, des 778 cas diagnostiqués).

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article