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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le retard du Ghana dans l'approbation des OGM est une injustice faite à l'agriculteur ordinaire

20 Septembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

Le retard du Ghana dans l'approbation des OGM est une injustice faite à l'agriculteur ordinaire

 

Evans Okomeng*

 

 

Comme l’a dit Albert Einstein, scientifique renommé, « la folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent » Si on me demande de décrire le secteur agricole du Ghana, je pense que cette citation célèbre pourrait être ma meilleure description. Le Ghana se targue au fil des ans que l’agriculture est l’épine dorsale de son économie. Mais pendant longtemps, nous avons continué à compter sur la houe et les machettes, les semences traditionnelles et les méthodes traditionnelles pour produire les aliments que nous consommons. Cependant, nous continuons à espérer une transformation du secteur agricole. Cela peut prendre une éternité pour se produire.

 

L'une des choses que, je pense, nous devrions être prêts à essayer en tant que peuple est l'application de la technologie des organismes génétiquement modifiés (OGM) – généralement appelée biotechnologie agricole – à la production alimentaire. La biotechnologie agricole, qui utilise des outils scientifiques pour améliorer les plantes, les animaux et les micro-organismes, constitue l’avenir de l’agriculture moderne. Sur la base de cette technologie, les scientifiques sont en mesure de développer des semences résistantes aux ravageurs et aux maladies, ce qui n’a pas été possible avec les méthodes classiques de sélection végétale. On a également produit des semences résistantes à la sécheresse et à des herbicides qui ont joué un rôle clé dans l’augmentation des rendements.

 

On a aussi produit des semences avec une valeur nutritionnelle supérieure, par exemple avec des vitamines indispensables pour éliminer la cécité et la malnutrition dans diverses régions du monde. La légionnaire d'automne a dévasté les champs de notre pays au cours des trois dernières années. Il est prouvé que certaines cultures GM développées au Mozambique, au Kenya et en Tanzanie, le Maïs Économe en Eau pour l'Afrique (WEMA), montrent une résistance inhérente à ces ravageurs.

 

Dans la seule année 2016, par exemple, 18 millions d'agriculteurs dans 26 pays, dont l'Afrique du Sud, le Burkina Faso, les États-Unis d'Amérique et le Soudan du Sud, ont cultivé 185,1 millions d'hectares de cultures biotechnologiques (neuf fois la superficie du Ghana) ; c'est la technologie la plus rapidement adoptée dans l'histoire moderne. Pourquoi pas au Ghana ?

 

Ici, au Ghana, où l'émergence de la légionnaire d'automne détruit des tonnes de maïs et d'autres cultures apparentées, des semences génétiquement modifiées pourraient être développées pour éviter la destruction des exploitations. Et dans les zones agricoles comme la région du nord, où les terres sont sèches et le régime des précipitations défavorable à la croissance des plantes, les semences GM résistantes à la sécheresse pourraient être le meilleur moyen de transformer la production agricole.

 

Le président Akufo-Addo a déclaré à plusieurs reprises : « Mon gouvernement est orienté vers le développement de l’agriculture au Ghana, et s'y engage, pour la rendre attrayante pour les jeunes. » Le président a pris le bon cap avec son ordre du jour car la majorité des jeunes sont aujourd'hui engagés dans l'agriculture en raison de l'exécution de certaines de ces bonnes politiques par son gouvernement, y compris la Politique de Plantations pour les Aliments et l'Emploi.

 

En tant que nouveau diplômé universitaire qui s'est lancé dans l'agriculture, je pense qu'il n'y a jamais eu de meilleur moment dans les chronologies et les annales de ce pays pour l'introduction de la biotechnologie agricole et son approbation pour la culture de plantes génétiquement modifiées. Le Ghana, en tant que Nation, devrait recourir à cette technologie moderne en cette ère de forte volonté politique de dynamiser l’économie et de créer des emplois. Je pense que l’agriculture du Ghana ne devrait jamais être traitée avec dédain et mépris comme elle l’a été au fil des ans. Et par conséquent, elle est probablement le secteur auquel nous devrions accorder beaucoup d’attention avec toutes les formes de stimulation financière et les technologies modernes.

 

Je pense que lorsqu'il est question d'agriculture et d'OGM, le microphone devrait être retiré des groupes de la société civile, des ONG et des politiciens, et placé dans les différentes exploitations agricoles, les instituts de recherche, les bureaux de vulgarisation agricole et les marchés. C'est là que vous obtenez une idée précise de ce qui se passe, de ceux qui connaissent l'impact et les obstacles auxquels ils doivent faire face lorsque l'agriculteur obtient de faibles rendements avec des semences de mauvaise qualité ; quand apparaissent des parasites et des maladies ; en cas de mauvais temps lorsqu'il y a une détérioration rapide des produits après la récolte ; et quand surgissent d'autres problèmes auxquels doivent faire face les agriculteurs. L'incapacité dont nous faisons preuve à accepter la biotechnologie agricole moderne et les OGM pour aider à résoudre ces problèmes ne peut pas être justifiée. Cela a coûté beaucoup plus cher à notre pays que nous ne pourrions jamais l'imaginer.

 

Les statistiques montrent que de 2009 à 2017, la contribution du secteur agricole au PIB a fait une chute impressionnante de 31,8 % à 19 %. Pire encore, de 2011 à 2014, la contribution du secteur a diminué de 29,8 % à 21,5 %. Voir ces chiffres envoie des frissons dans mon corps et fait trembler mes membres, et je suis tenté de demander où nous allons en tant que Nation.

 

Assez agréablement, je sais que je ne suis peut-être pas le seul Ghanéen à reconnaître l’engagement de ce gouvernement envers le développement de l’agriculture depuis son entrée en fonction. Je ne crois pas que j'aurais pu écrire cet article en tant qu'agriculteur s'il n'y avait pas eu la mise en œuvre de certaines de ces politiques, en particulier le programme Plantations pour les Aliments et les Emplois. Pourtant, mon expérience agricole d’un an dans le cadre du programme dans la région du nord m'a presque fait réfléchir à deux fois, car je n’ai pas réussi à atteindre l'équilibre du fait d'une sécheresse qui m'a privé du plein rendement potentiel de mes cultures.

 

Lorsque cela s'est produit, j'ai réalisé qu'il y avait beaucoup de choses que nous ne faisions pas bien en tant que Nation et que nous perpétuions la plus haute forme d'abus des droits et d'injustice envers les petits agriculteurs à Chereponi, Saboba, Wenchi, etc., dans les zones rurales du Ghana. Sans semences améliorées, ces agriculteurs souffrent d'un piètre rendement de leur dur labeur. Il y a cette pauvre agricultrice à Ejisu qui a perdu pratiquement la moitié de sa ferme à cause de la légionnaire parce que les réglementations et les restrictions sur les cultures biotechnologiques lui refusent la possibilité de cultiver des semences génétiquement modifiées dans le pays.

 

En essayant de comprendre pourquoi cette technologie merveilleuse et percutante n’est pas encore parvenue aux agriculteurs ordinaires et pourquoi le pays n’a pas fait d’efforts pour exploiter ses énormes avantages, j’ai découvert que malgré les réserves « paroissiales » de certains groupes comme la Food Sovereignty Ghana, notre Nation a fait beaucoup de progrès sur les questions relatives aux OGM car les lois du pays ont légalisé, approuvé et accepté les OGM pour aider à stimuler notre agriculture au Ghana et à contribuer à la sécurité alimentaire. Malgré ces progrès, je souhaite que nous puissions faire davantage pour que les processus soient accélérés afin que les OGM puissent être mis sur le marché dans un avenir proche.

 

Ces groupes anti-OGM sont du mauvais côté du débat car malgré leur antagonisme envers les OGM, l’Organisation Mondiale de la Santé, l’Académie Nationale des Sciences [des États-Unis d'Amérique], l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments ont confirmé à plusieurs reprises qu'il est aussi sûr de consommer des OGM que tout autre aliment.

 

Je suis d'avis que le Ghana est assis sur une bombe à retardement en matière de suffisance et de sécurité alimentaire, particulièrement au vu des tendances récentes et des événements comme l'apparition de la légionnaire d'automne, qui a affecté plus de 110.000 hectares en 2017, obligeant le gouvernement à'investir environ 15 millions de cedis [2,7 millions d'euros] dans l'importation de produits chimiques pour les contrôler. « Les légionnaires d'automne sont venues pour rester... il est donc nécessaire de les gérer globalement de manière à réduire ses effets négatifs sur l’agriculture », a déclaré Felicia Ansah Ampofo, directrice du répertoire et des services de réglementation de la protection des végétaux du Ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture. Nous devons donc tous être prêts à introduire une technologie avancée pour les contrôler.

 

En outre, la population ghanéenne connaît une forte augmentation, ce qui augmente la demande en terres agricoles pour la construction de maisons, comme nous l'avons vu dans des zones comme Kasoa, où de très bonnes terres initialement destinées à la production de maïs et de tomates sont désormais toutes converties en zones résidentielles. Il y a des conditions météorologiques défavorables, en particulier dans la région nord, avec des précipitations très faibles. J'ai personnellement perdu des récoltes alors que des agriculteurs comme ceux de l'Afrique du Sud bénéficient de semences performantes telles que le Maïs Économe en Eau pour l'Afrique (WEMA). Ces défis pourraient aggraver la qualité de la production agricole si nous ne parvenons pas à prendre des mesures immédiates pour moderniser le secteur agricole et introduire des semences améliorées comme les OGM.

 

En tant qu’agriculteur, je suis très préoccupé par le fait que toutes les mesures pragmatiques que le président Akufo-Addo et son gouvernement mettent en place pour élever le niveau de l’agriculture au Ghana pourraient être vaines si nous ne prenons pas au sérieux et accélérons les procédures d'approbation des OGM pour motiver plus de jeunes comme moi à se lancer dans l'agriculture.

 

____________

 

* Evans Okomeng est le fondateur et PDG de Millennium Farms.

 

Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/08/ghanas-delay-approving-gmos-injustice-ordinary-farmer/

 

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