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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Ghana lorgne le cotonnier Bt après son approbation dans le Nigeria voisin

23 Septembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

Le Ghana lorgne le cotonnier Bt après son approbation dans le Nigeria voisin

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

Photo : SARI

 

 

La décision du Nigeria de commercialiser le cotonnier Bt a ravivé les espoirs de voir la nouvelle variété arriver aussi au Ghana, son voisin ouest-africain. Les groupes de la société civile axés sur la science sont convaincus que la décision du Nigeria servira de bon exemple et incitera les acteurs de l'espace agricole à reprendre leurs travaux sur les procédures visant à mettre le cotonnier Bt à la disposition des agriculteurs du Ghana.

 

« Le Nigeria a envisagé la commercialisation du cotonnier GM plus tard [par rapport au Ghana] et voilà qu'il est déjà diffusé », a déclaré à Alliance pour la Science le Dr Richard Ampadu Ameyaw, coordinateur du Forum Ouvert sur la Biotechnologie Agricole (OFAB) au Ghana. « Le Ghana devrait prendre exemple sur le Nigeria, surtout si nous voulons créer plus d'emplois en Afrique et développer notre industrie textile. Pour que nous puissions créer des emplois pour nos agriculteurs et pour les jeunes qui grouillent sans travail. Nous devons faire vite avec nos variétés pour les commercialiser. »

 

Le Ghana doit rattraper le Nigeria en appliquant la technologie à l'agriculture afin qu'il ne soit pas laissé pour compte dans les efforts en cours pour relancer l'industrie du coton, a déclaré M. Ampadu. Il est prévu que le cotonnier Bt permettra au Nigeria de produire une quantité élevée de coton de qualité, le propulsant à la place de leader dans l’industrie textile du continent. Ampadu veut que le Ghana profite aussi. « Le Nigeria va développer l'industrie du coton », a-t-il prédit. « Et cela aura un impact sur notre industrie textile. En termes de prix et d’autres choses, cela va affecter ce que nous produisons dans ce pays. »

 

Le mois dernier, le Nigeria a approuvé la commercialisation de sa première plante génétiquement modifiée – le cotonnier Bt résistant à des parasites, qui a un rendement plus élevé. Le cotonnier Bt peut résister aux ravageurs dévastateurs que sont les vers de la capsule, réduire l'utilisation de pesticides dans les fermes et minimiser les impacts environnementaux de la culture. Avec une population de plus de 190 millions d’habitants, le Nigeria est connu comme le géant de l’Afrique et de nombreux pays du continent se tournent vers lui.

 

Daniel Osei Ofosu, coordinateur pour le Ghana du Programme pour les Systèmes de Biosécurité (PBS) de l'Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI), a déclaré que le Nigeria avait fait quelque chose de formidable qui mérite d’être imité. « Le Nigeria avait une industrie du coton qui s’est effondrée, tout comme notre industrie s’est effondrée. Et ils ont cherché une solution. Et ils ont trouvé que le Bt est la meilleure solution. En l'espace de deux ans, ils sont passés des essais sur le terrain à la commercialisation », a-t-il déclaré.

 

« L’autorité de développement du coton, l’Autorité Nationale de Biosécurité (NBA) et le gouvernement lui-même doivent travailler ensemble », a déclaré Ofosu. « La NBA a pratiquement toutes les réglementations. C'est l'une des meilleures autorités en Afrique. C'est prêt. Si vous regardez l'industrie cotonnière indienne, c'est le cotonnier Bt qui a relancé cette industrie... Pourquoi continuons-nous à nous attarder sur nos peurs et à ne pas faire la même chose? »

 

La production de coton présente de nombreux défis, faisant des interventions avec une toute nouvelle technologie une nécessité, a-t-il déclaré. « Nous avons toutes sortes de problèmes, du ver de la capsule aux mauvaises herbes en passant par très peu de marketing. Le gouvernement, les régulateurs et les agriculteurs doivent prendre des mesures audacieuses pour permettre à la technologie améliorée d’aider les agriculteurs tout comme le Nigeria l’a fait », a déclaré Ofosu.

 

Le cotonnier est cultivé dans la partie nord du Ghana mais le secteur a lutté pendant de nombreuses années. L’une des principales causes de cette situation a été l’utilisation de semences de mauvaise qualité. La tendance de la production de coton a été irrégulière au Ghana, et le pays contribue pour moins de 1 % à la production du continent, bien que ses conditions de culture soient excellentes. Un grand nombre d'usines de transformation du coton de la nation se sont effondrées parce que le secteur est inactif.

 

Mohammed Adams Nasiru, président de l'Union Nationale des Petits Exploitants Agricoles, souhaite que le Ghana apprenne du Nigeria en ce qui concerne la commercialisation des plantes Bt. « Le Nigeria est en avance sur nous en termes d'agriculture », a-t-il noté. « Le Nigeria a pris une bonne avance. L’adoption du cotonnier Bt dans ce pays est un pas dans la bonne direction. Si le Nigeria se tourne vers le Bt en termes de cotonnier, je pense que nous devons le suivre », a-t-il ajouté.

 

« Au moment où nous parlons aujourd'hui, il n'y a rien à écrire sur la production de coton dans les trois régions du nord », a déclaré M. Nasiru. « L’industrie est presque morte. Il n'a plus aucune activité. Si les nouvelles innovations peuvent réorganiser le secteur, pourquoi ne pas les accepter ? Ainsi, la région du nord deviendra non seulement le grenier à pain mais aussi une source de devises en termes de production de coton. Il sera bon d’adopter des innovations comme le Bt au Ghana. »

 

Le Ghana a suspendu les essais de cotonnier GM en 2016 après que le financement a été épuisé. Les essais se sont révélés prometteurs car moins de pesticides ont été utilisés sur les champs de coton GM dans la région du Nord que sur les variétés conventionnelles. Alors que les producteurs de coton conventionnel doivent généralement traiter leurs champs jusqu'à huit fois dans le cycle de vie de la plante, seuls deux cycles de traitements ont été nécessaires sur les champs d'OGM, car les semences présentaient une résistance intrinsèque aux ravageurs.

 

Le Dr Emmanuel Chambas, sélectionneur principal du projet cotonnier Bt de l'Institut de Recherche Agricole de Savanna (SARI), a déclaré qu'ils travaillaient à la collecte de fonds pour reprendre la recherche. « Nous cherchons à obtenir des fonds du gouvernement et d'autres sources privées », a-t-il expliqué dans une interview. « J'espère qu'on y arrivera bientôt pour que les essais commencent. »

 

Le Ghana ne dispose actuellement pas de cultures GM produites localement, bien que le Parlement du pays ait adopté la loi de 2011 sur la biosécurité pour permettre cette production. Le niébé et le riz GM font actuellement l'objet d'essais sur le terrain, nécessaires avant que ces cultures puissent être approuvées pour la production commerciale et les semences, être distribuées aux agriculteurs.

 

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Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/08/ghana-eyes-bt-cotton-following-approval-nearby-nigeria/

 

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