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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La recherche collaborative en biotechnologie porte ses fruits en Afrique

11 Septembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique, #OGM

La recherche collaborative en biotechnologie porte ses fruits en Afrique

 

Christopher Bendana*

 

 

 

 

Le Dr Priver Namanya a fait une mise au point du microscope, essayant d'obtenir une meilleure image des cellules de banane. Puis un sourire éclaira son visage. Après avoir passé la journée à s'assurer qu'elle avait incorporé un gène de vitamine A dans les cellules de la banane, elle avait réussi.

 

Namanya, une biotechnologiste des plantes aux National Agricultural Research Laboratories (NARL – laboratoires nationaux de recherche agricole) à Kawanda, en Ouganda, fait ce genre de travail depuis 10 ans, grâce à la formation qu'elle a reçue en Australie.

 

Elle est l'une des centaines de scientifiques africains, et de nombreux projets de recherche scientifique, à bénéficier de collaborations internationales dans le domaine hautement spécialisé de la biotechnologie agricole. Ces partenariats ont largement fait progresser les travaux du secteur public sur des cultures vivrières aussi importantes que le maïs, le manioc, le riz et, dans le cas de Namayana, une banane des hauts plateaux d'Afrique de l'Est appelée localement matooke.

 

Namayana a fait son doctorat en biotechnologie végétale à la Queensland University of Technology (QUT – université de technologie du Queensland) en Australie de 2005 à 2010 en collaboration avec la National Agricultural Research Organization (organisation nationale de recherche agricole) et la QUT.

 

Depuis lors, Namanya et ses collègues de Kawanda, le principal institut de recherche sur la banane en Ouganda, utilisent le génie génétique pour résoudre plusieurs problèmes affectant la production de bananes du pays. Elle a dit que la biotechnologie leur permet d'être plus précis dans le processus d'amélioration des plantes.

 

Cela permet aussi aux chercheurs de faire les choses plus efficacement que ce qui serait possible avec les méthodes conventionnelles de sélection, comme l'ajout réussi d'un gène d'une banane sauvage au matooke pour augmenter sa teneur en vitamine A. La recherche, menée en collaboration avec la QUT, vise à aider à prévenir les nombreuses maladies associées à la carence en vitamine A en améliorant la valeur nutritionnelle d'un aliment que les femmes et les enfants ougandais mangent habituellement au quotidien.

 

Namanya a déclaré à l'Alliance pour la Science que son séjour dans le Queensland avait été un tournant dans sa carrière, étant donné que la biotechnologie était nouvelle en Ouganda et que des compétences en génie génétique étaient absolument nécessaires. « Cela m'a exposée à la technologie de pointe », a-t-elle révélé. « Nous nous étions mis à la biotechnologie deux ans auparavant. »

 

Le président Museveni a ouvert le premier laboratoire de biotechnologie du pays à Kawanda en 2003.

 

La collaboration en biotechnologie en Afrique subsaharienne (ASS) a été facilitée par la Fondation Africaine pour les Technologies agricoles (AATF – African Agricultural Technology Foundation), basée à Nairobi, au Kenya. L'AATF fournit de nombreux services, y compris la négociation avec des sociétés biotechnologiques pour l'utilisation de gènes libres de droits par les instituts agricoles nationaux.

 

L'AATF gère deux projets notables dans plusieurs pays d'Afrique : le maïs économe en eau pour l'Afrique (WEMA – Water Efficient Maize for Africa) et le riz efficace dans l'utilisation de l'azote, efficace dans l'utilisation de l'eau et tolérant au sel (NEWEST – Nitrogen-Use Efficient, Water-Use Efficient and Salt-Tolerant).

 

 

Projet WEMA

 

WEMA, une collaboration entre des organismes philanthropiques, l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID) et plusieurs pays d'Afrique orientale et australe, développe des variétés de maïs tant conventionnelles que génétiquement modifiées qui offrent une tolérance à la sécheresse et une résistance à des insectes nuisibles. Les semences génétiquement modifiées sont vendues sous la marque TELA et sont actuellement commercialisées uniquement en Afrique du Sud. L'Ouganda, l'Éthiopie, le Kenya, le Mozambique et la Tanzanie participent également à la recherche WEMA.

 

L'AATF a soutenu WEMA parce que le maïs est un aliment de base pour 300 millions d'Africains, et les variétés améliorées peuvent aider à améliorer la sécurité alimentaire et réduire la pauvreté, en particulier chez les petits agriculteurs. Le travail est particulièrement important maintenant que le changement climatique augmente l'incidence de la sécheresse et que de nouveaux insectes nuisibles comme la légionnaire d'automne attaquent le maïs.

 

L'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) a souligné l'importance de la biotechnologie comme un outil utile pour améliorer la tolérance à la sécheresse et à des ravageurs du maïs, chaque pays évaluant les nouvelles variétés dans le cadre de son propre système de réglementation biotechnologique.

 

Dr Godfrey Asea, directeur du NaCRRI (National Crops Resources Research Institute – institut national de recherche sur les ressources végétales) et la personne de contact pour WEMA en Ouganda, a déclaré que le génie génétique offre de meilleures options que la sélection conventionnelle en raison de sa précision. Il a noté que le NaCRRI avait bénéficié de l'obtention de matériel génétique exempt de redevances à la fois de Monsanto et du CIMMYT, le Centre International d'Amélioration du Maïs et du Blé.

 

 

Le projet VIRCA

 

Le manioc résistant à des virus pour l'Afrique (VIRCA – Virus Resistant Cassava for Africa ) est un autre projet dans lequel plusieurs pays collaborent dans la recherche biotechnologique pour améliorer une culture vivrière de base. Les partenaires comprennent le NaCRRI en Ouganda, l'Organisation de Recherche sur l'Agriculture et l'Élevage du Kenya (Kenya Agricultural and Livestock Research Organization), l'Institut National de Recherche sur les Plantes Racines (National Roots Crops Research Institute) du Nigeria, le Danforth Center aux États-Unis, des chercheurs tanzaniens et d'autres.

 

Les scientifiques de VIRCA cherchent à contrôler la maladie des stries brunes du manioc (CBSD), un virus virulent qui détruit les racines comestibles, et la maladie de la mosaïque du manioc (CMD), qui peut carrément stopper la croissance des plantes ou les tuer. Le projet Bio Cassava Plus vise à améliorer la valeur nutritive du manioc.

 

Le Nigeria est le premier producteur mondial de manioc, qui est un aliment clé pour la population en croissance rapide. L'année dernière, le chef Audu Ogbeh, ministre nigérian du développement rural, a déclaré que la culture du manioc était très importante dans la lutte contre la pauvreté dans le pays. Il a indiqué que le Nigeria envisage d'exporter du manioc et ses sous-produits à hauteur de 5 milliards de dollars par an, selon Punchng.com, un journal nigérian.

 

Le Dr Titus Alicai, scientifique en chef du VIRCA Plus pour le compte de l'Ouganda, a déclaré à l'Alliance pour la Science que la collaboration dans des projets tels que VIRCA a donné un avantage au NaCRRI.

 

Arguant des avantages de la collaboration, Alicai a déclaré qu'il y a des avantages à partager les résultats. Il a noté que le NaCRRI utilise les variétés indigènes de manioc du Nigeria pour tester leur réponse à la CBSD. En Ouganda, le manioc est le troisième aliment de base, après la banane et le maïs.

 

L'équipe du NaCRRI a également pu faire des essais à l'Institut de Recherche Agricole du Kenya à Thika, où les conditions sont plus favorables. « Thika était mieux que Namulonge parce que l'incidence du virus y est faible », a-t-il expliqué. « Le site fournit d'excellentes conditions pour une floraison maximale pour aider à la reproduction. »

 

 
Le projet NEWEST

 

Le projet sur le riz efficace dans l'utilisation de l'azote, efficace dans l'utilisation de l'eau et tolérant au sel (NEWEST) est un autre exemple de recherche biotechnologique coordonnée en cours dans plusieurs pays africains. C'est une collaboration entre l'Ouganda, le Ghana et le Nigeria financée par l'USAID. Le projet vise à produire des variétés de riz qui utilisent efficacement l'eau et l'azote.

 

L'AATF a expliqué l'urgence d'augmenter la production de riz, qui est actuellement de 12 millions de tonnes en Afrique subsaharienne – bien en deçà de la consommation de 24 millions de tonnes. L'AATF soutient que l'écart est dû à une faible productivité de 2,2 tonnes par hectare en Afrique subsaharienne, comparée à la moyenne mondiale de 3,4 tonnes/ha.

 

Dr Jimmy Lamo, chef de la section riz au NaCRRI, a déclaré que la collaboration permet aux chercheurs de comparer leurs notes et d'apprendre des uns et des autres au cours de leurs essais, qui sont effectués chaque année sur une base de rotation.

 

Il a soutenu que même si les scientifiques font le même travail, il y a toujours des variations, d'où la nécessité de partager les résultats de la recherche. « Nous apprenons les uns des autres sur les politiques et partageons notre expertise », a-t-il déclaré.

 

Il convient également de noter que les collaborations ne se limitent pas à la biotechnologie. La recherche agricole en Ouganda et dans d'autres pays africains dépend beaucoup des partenariats internationaux. Environ la moitié du budget de la NARO provient de bailleurs de fonds étrangers, y compris la Fondation Bill et Melinda Gates.

 

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Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/07/africas-collaborative-biotech-research-bears-fruit/

 

 

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