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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La mondialisation, c'est mal et le bio c'est bien, n'est-ce pas ?

22 Septembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Willi l'Agriculteur, #Activisme, #Agriculture biologique

La mondialisation, c'est mal et le bio c'est bien, n'est-ce pas ?

 

Willi l'Agriculteur*

 

 

 

 

Que l'Allemagne et une grande partie du nord de l’Europe souffrent de la sécheresse devrait être un fait maintenant connu du plus grand nombre. Mais voici ce qui est à peine mentionné dans les médias : l'Allemagne est devenue un pays importateur de céréales, y compris de maïs. Pour une consommation nationale d'environ 42 millions de tonnes, il manque cette année environ 6 millions de tonnes. Mais d'où viennent le blé et le maïs ?

 

La principale région d'exportation est l'Amérique du Nord, c'est-à-dire les États-Unis et le Canada.

 

  • Ah oui, justement, les États-Unis, dont le maïs est très majoritairement génétiquement modifié.

     

  • Ah oui, justement, les États-Unis, où les expressions « rotation des cultures » et « protection des espèces » n'existe qu'à peine.

     

  • Ah oui, justement, les États-Unis, contre lesquels les opposants au TTIP se sont levés il y a quelques mois.

     

  • Ah oui, justement, les États-Unis, dans lesquels une grande partie de la population nie le changement climatique.

     

  • Ah oui, justement, les États-Unis, dont le président-twitter nous court sur le haricot avec ses courtes phrases quotidiennes.

 

Les destinations précédentes vers lesquelles allaient auparavant les céréales allemandes et européennes sont désormais approvisionnées par la Russie. Cet État n'est pas vraiment connu comme le berceau de la démocratie. Mais lorsqu'il s'agit de fournir de la nourriture à son peuple, les aspects moraux sont souvent mis de côté ou simplement « négligés ». En matière d'alimentation, la moralité se repousse au fond de la salle.

 

Les critiques de l'agriculture productiviste sont devenus silencieux ou ont baissé le ton. Le fait indéniable qu’une sécheresse historique, qu'on n'a pas connue depuis plus d’un siècle, frappe aussi l'Australie limite sérieusement les possibilités d’exportation (ce qui peut être exporté va directement en Chine) et montre clairement à beaucoup que les stocks mondiaux diminuent. La baisse des stocks est toujours le déclencheur d'une hausse des prix et atteint tôt ou tard les assiettes allemandes et les porte-monnaies allemands.

 

Il y a deux ans, j'ai calculé ce que cela signifierait si l'Allemagne passait à 100% d'agriculture biologique (traduction à suivre). Sur la base de l'année 2014, cela signifierait qu'il ne faudrait pas importer 6 millions de tonnes, mais environ 27 millions de tonnes de céréales. Du colza, il n'y en aurait pratiquement plus et pour le sucre domestique, ce serait la fin. (Les sources de données sont toutes indiquées, et quiconque a de meilleurs chiffres peut me corriger.) Ce que cela signifie pour la disponibilité et les prix de notre alimentation de base, tout le monde peut l'imaginer.

 

 

Que nous aura appris cette année (espérons-le) ?

 

Les conditions météorologiques extrêmes peuvent avoir lieu dans une mesure que nous n'aurions guère pu imaginer avant 2018. L'approvisionnement de l'Allemagne n'est pas en danger, car nous pouvons acheter la nourriture dans toutes les parties du monde en raison de la mondialisation. Que les forêts tropicales soient déboisées, quelle soit l'empreinte carbone de ces aliments, quelle soit la conduite s'agissant de la protection des cultures et de la fertilisation ou que l'on utilise de l'eau fossile vieille de plusieurs millénaires et tirée de nappes profondes pour l'irrigation (la Mer Morte aura bientôt disparu), tout cela ne nous préoccupe que marginalement. Tout comme les normes salariales et sociales. Nous pouvons nous le permettre tant que notre économie est florissante.

 

Oui, la protection des espèces est importante, les abeilles ont une importance systémique, il ne devrait pas y avoir trop de nitrates dans les eaux souterraines. Mais il y a beaucoup de nuances entre le noir et le blanc. Ce n'est toutefois pas le gris, mais les couleurs de l'arc-en-ciel. Il serait plus gratifiant d'y penser que de dégainer continuellement les mêmes phrases dans des tranchées idéologiques. Non, l’agriculture traditionnelle n’est pas systématiquement mauvaise, à tous égards ; et l’agriculture biologique n’est pas bonne en tout.

 

Dans une année comme celle-ci, même le terme « mondialisation », à connotation négative, prend un autre sens.

 

Vôtre,

 

Willi l'Agriculteur

 

_______________

 

* Willi l'Agriculteur (Bauer Willi) exploite 40 hectares en grandes cultures (betterave sucrière, colza, céréales) en coopération opérationnelle. Il a été double-actif jusqu'à l'automne 2014. Son deuxième métier a été le suivi et le conseil aux agriculteurs pour une entreprise familiale (sucrerie). Depuis lors, il continue d'exploiter son domaine en tant que pré-retraité et a du temps pour écrire et partager son expérience.

 

Il contribue aussi bénévolement à l'association (fondation) des habitants de sa commune et à une coopérative agricole.

 

Source : https://www.bauerwilli.com/globalisierung-boese-bio-gut/

 

 

 

 

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