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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Cultures biotech 3.0 : le point de vue d'un agriculteur néo-zélandais

1 Septembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie, #OGM, #CRISPR

Cultures biotech 3.0 : le point de vue d'un agriculteur néo-zélandais

 

 

 

 

Ici, en Nouvelle-Zélande, nous n'avons pas participé à la Révolution du Gène. Les agriculteurs comme moi voient un avantage à faire en sorte que nous ne manquions pas la prochaine.

 

Vous avez vu les statistiques. Les agriculteurs du monde entier ont semé et récolté des millions d'hectares de plantes génétiquement modifiées. Il n'y a pas longtemps, nous parlions des OGM et des cultures conventionnelles comme si elles appartenaient à des catégories différentes. De plus en plus – et particulièrement en Amérique du Nord et du Sud – les OGM sont les nouveaux conventionnels. Ils font maintenant partie intégrante de l'agriculture.

 

Certaines nations, bien sûr, ont résisté à l'utilisation des OGM, en commençant par les membres de l'Union Européenne. La Nouvelle-Zélande a adopté sa propre approche attentiste, la transformant en une sorte de retard permanent. La science sur la sécurité des OGM pour la santé humaine et notre environnement a beau être réglée, mon pays a voulu conserver son image de propreté verte dans la production alimentaire, croyant que cela nous donne un avantage concurrentiel lorsque nous nous vendons au monde.

 

C'est important parce que, en tant que nation insulaire, nous sommes un pays tourné vers l'extérieur qui dépend du commerce avec les gens d'autres pays. Notre objectif est de produire de la nourriture de haute qualité en mettant l'accent sur l'éthique et la durabilité environnementale. C'est ainsi que nous nous voyons et c'est ainsi que nous voulons que les autres nous voient. J'ai toujours estimé que cette vision de la Nouvelle-Zélande pouvait faire une place aux OGM, mais d'autres ont pensé différemment – et nous sommes restés sans OGM, même si mes amis et collègues qui sont engagés dans l'agriculture dans le monde anglophone en sont venus à prendre les OGM pour acquis. Dans les pays développés comme le Canada et les États-Unis, ainsi que dans les pays en développement comme l'Inde et l'Afrique du Sud, les OGM sont une façon ordinaire de faire des affaires. La même chose est vraie dans de nombreux pays en dehors de l'anglophonie, tels que l'Argentine et le Brésil.

 

Les interdictions édictées par mon gouvernement contre les OGM n'ont pas empêché notre ferme de prospérer. Sur l'Île du Sud – la plus grande mais la moins peuplée de la Nouvelle-Zélande –, nos fermes se concentrent sur la production de semences et les produits laitiers. Dans notre ferme de production de semences, nous cultivons du ray-grass, de la fétuque, de la carotte hybride, du radis hybride et plus encore. Environ la moitié de ces graines prendront racine en Nouvelle-Zélande, tandis que le reste germera ailleurs grâce aux soins des agriculteurs d'outre-mer. Toutes nos semences de carottes, par exemple, retournent en Hollande pour une distribution mondiale. Dans notre ferme laitière, nous trayons environ 1.100 vaches. Pratiquement tout leur lait sera expédié à l'étranger, où nous jouissons d'une réputation de qualité supérieure et occupons le haut de gamme.

 

Craige a été honoré en tant qu'agriculteur de précision de l'année 2016.

 

Même si, à ce jour, la Nouvelle-Zélande a peu bénéficié de la technologie GM pour les plantes que nous cultivons, nous profitons certainement d'autres nouvelles technologies, y compris quelques-unes qui étonnent les agriculteurs d'il y a une génération. L'été dernier, par exemple, j'ai assisté à une conférence d'agriculteurs du Minnesota, qui se trouve à l'autre bout du monde par rapport à la Nouvelle-Zélande. Pendant une pause, je me suis posé des questions sur les niveaux d'humidité du sol à la maison. Je n'ai pas eu à demander à quelqu'un de se rendre dans un champ pour creuser un trou ou planter un instrument de mesure dans la terre. Au lieu de cela, j'ai sorti mon smartphone, regardé son écran, et vu ce que mes capteurs disaient. Je savais instantanément.

 

C'est ce à quoi ressemble l'agriculture moderne dans de nombreux endroits, et particulièrement en Nouvelle-Zélande : c'est mondial, c'est de la haute technologie, et c'est entièrement lié à une conservation durable. Mais il s'agit aussi des fondamentaux, basés sur le même ensemble de ressources naturelles, de la lumière du soleil dans le ciel jusqu'aux nutriments dans le sol.

 

L'eau est peut être notre ressource la plus précieuse. Bien que cela varie d'un endroit à l'autre, environ 70 % de l'eau douce mondiale est investie dans l'agriculture. Nous devons fournir à nos champs exactement la bonne quantité, afin que nous puissions tirer le meilleur parti de ce que nous avons reçu. Avec le GPS et la technologie électromagnétique, nous produisons des cartes détaillées de notre sol. Nous étudions les informations que nous collectons, puis planifions notre utilisation de l'eau. Plutôt que de submerger des champs entiers, comme le font les arroseurs qui tournent pendant des heures dans les jardins de banlieue, nous adaptons nos apports aux besoins. Notre système de pivots d'irrigation envoient la bonne quantité d'eau au bon endroit. Nous répandons l'eau comme des points sur un tapis, et chaque goutte compte.

 

Nous sommes aussi prudents avec l'azote. Il ne s'agit pas d'utiliser plus, mais de trouver la bonne dose pour la terre. Nous nous dirigeons maintenant vers la mesure de l'azote en temps réel, ce qui nous permet de comprendre quand et comment il atteint les zones racinaires. Avec une bonne gestion des données, y compris l'imagerie par satellite et drone, nous pouvons prendre des décisions éclairées sur ce dont le sol a besoin et ce que les plantes veulent.

 

Les OGM seraient utiles, mais même sans eux, ces autres technologies continueront à s'améliorer, et nous continuerons à faire des gains de production et de durabilité. Pourtant, maintenant, la nouvelle Révolution du Gène est devant nous – et je ne veux pas la manquer.

 

Le récipiendaire du prix de l'agriculteur de précision de 2016, Craige Mackenzie

 

 

Si vous n'avez pas entendu parler de l'édition du génome, vous la verrez bientôt : elle a le potentiel de guérir des maladies, d'améliorer les greffes d'organes et de vaincre les bactéries qui résistent aux antibiotiques. En agriculture, cela peut nous aider à cultiver des plantes qui produisent plus tout en n'utilisant que la moitié de l'eau et de l'azote qu'elles consomment maintenant [ma note : c'est très optimiste]. En tant qu'agriculteurs, nous faisons face à une pression énorme pour augmenter notre efficacité et réduire notre impact environnemental perçu. CRISPR et d'autres méthodes d'édition de gènes pourraient bien être un élément clé de la technologie qui nous permettra de continuer à produire et à élever du bétail tout en atteignant nos objectifs de conservation. Les scientifiques peuvent décrire les détails. Voici ce que je sais : c'est sûr, c'est transformationnel, et c'est à l'horizon.

 

C'est aussi ce que nous pourrions appeler une « technologie grand bond en avant », nous permettant de sauter l'étape de la technologie actuelle des OGM et de ses innovations, et de nous diriger directement vers la technologie CRISPR qui pourrait très rapidement apporter de réels bénéfices à nos systèmes de production, à l'environnement et à nos marchés mondiaux.

 

L'article de Craige fait partie de la série GMO Beyond The Science III du Genetic Literacy Project.

 

Nous avons observé que les activistes anti-OGM semblent s'inquiéter le plus de leur nature transgénique, c'est-à-dire de la pratique consistant à déplacer des gènes d'une espèce à une autre. Bien que cela ait contribué à améliorer la lutte contre les mauvaises herbes et la résistance des cultures aux parasites en toute sécurité, les critiques s'y opposent parce qu'ils pensent que cela semble effrayant. C'est peut-être une vision non scientifique, mais c'est aussi une vision authentique, et cela a empêché la technologie OGM de bénéficier d'une adoption plus large. Il est important que nous comprenions les croyances et les désirs des clients en ce qui concerne les aliments que nous produisons, ce qui nous permettra d'utiliser la technologie appropriée.

 

À mesure que nous progressons vers Biotech 3.0, nous verrons peut-être les mêmes vieilles lignes de front entre les agriculteurs, les scientifiques et les consommateurs éduqués d'un côté, et les activistes politiques de l'autre. Mais j'espère que non. Les enjeux sont élevés. L'édition de gènes peut devenir un puissant allié de l'environnement, en particulier ici en Nouvelle-Zélande, où des arbres indigènes menacés pourraient trouver une nouvelle vie. Pour les agriculteurs comme moi, à une époque où la technologie évolue très vite et où la population mondiale en plein essor et les nouvelles exigences en matière de durabilité environnementale sont des défis constants, il est temps d'avoir un débat scientifique éclairé pour sélectionner les traits qui seront les plus bénéfiques et seront mis entre les mains des agriculteurs.

 

Nous avons besoin de cette technologie, et je ne peux pas attendre pour l'avoir.

 

______________

 

Sources : http://globalfarmernetwork.org/2018/07/crop-biotech-3-0-a-farmers-perspective/

Et aussi, sous un autre titre : https://geneticliteracyproject.org/2018/06/26/new-zealand-farmer-gmo-moratoriums-impact-sustainable-food-agriculture-hopes-crispr-crops-wont-face-same-fate/

 

Craige Mackenzie est un producteur laitier et agriculteur innovateur de Methven, en Nouvelle-Zélande. Ses fermes sont situées près des contreforts des Alpes du Sud dans les plaines de Canterbury. Greenvale Pastures est une ferme intensive irriguée où l'on produit plusieurs cultures de semences spécialisées, ainsi que du blé et du ray-grass. Three Springs Dairies est une ferme laitière intensive de 320 ha avec 1.050 vaches à base de pâturages entièrement irrigués et avec une complémentation en céréales.

 

Craige et sa fille ont fondé Agri Optics NZ Ltd., une entreprise qui fournit des outils et des services agricoles de précision pour accroître l'efficacité des systèmes agricoles néo-zélandais.

 

En tant que membre du conseil d'administration du Global Farmer Network, Craige est l'un des deux représentants de la Nouvelle-Zélande dans la Société Internationale pour l'Agriculture de Précision ; il participe activement à un certain nombre d'initiatives de recherche dans les secteurs laitier et agricole. Distingué comme récipiendaire d'une bourse d'études Nuffield New Zealand, Craige et son épouse Roz ont également reçu le très convoité Prix National de l'Environnement 2013 ; en 2016, Craige a été distingué comme l'Agriculteur de Précision International de l'année.

 

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