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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Contribuer à la défaite de l'industrie des pesticides avec SumOfUs ? Ou financer des prédateurs ?

5 Septembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme

Contribuer à la défaite de l'industrie des pesticides avec SumOfUs ? Ou financer des prédateurs ?

 

 

Crédible l'image ?

 

Contrepoints a publié le 2 septembre 2018 une intéressante analyse de M. Michel de Rougemont, « Ces associations écolos au fonctionnement néo-soviétique ». Cela peut être le point de départ d'un intéressant débat. Car la comparaison entre deux époques totalement différentes sur le plan de la situation politique et des technologies de la communication est délicate et prête le flanc à des critiques. L'auteur relève :

 

« C’est une sorte de Komintern virtuel qui fonctionne, maître de l’agenda politique donnant le ton et le rythme, sachant parfaitement user des médias et du levier des réseaux dits sociaux de l’internet. Ni un Pape, ni un comité directeur, ni une académie écolo-climatique ne sont nécessaires, la syntonisation est devenue automatique. »

 

Ce Komintern virtuel implique des acteurs divers, certains a priori surprenants.

 

Nous avons vu dans « "Avaaz Papers" : jusqu'où vont les compromissions du "spécialiste invité" du CIRC Christopher Portier ? » que l'entreprise de clictivisme Avaaz s'était mise en cheville avec un personnage sulfureux, M. Christopher Portier.

 

Nous retiendrons ici que, parmi ses nombreux exploits, M. Portier s'est mis au service de cabinets d'avocats prédateurs désireux de faire les poches de Monsanto sur la base de l'allégation que le glyphosate est responsable de cancers, plus précisément de lymphomes non hodgkinien. Auparavant, M. Portier avait contribué à la décision du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), une organisation dépendant de l'Organisation Mondiale de la Santé mais jouissant d'une large autonomie opérationnelle, de classer le glyphosate en « probablement cancérogène ».

 

Une entreprise de clictivisme, forcément incorporée sous forme d'entité à but non lucratif, c'est côté rue une plate-forme permettant aux citoyens de peser sur les affaires du monde et surtout sur les prises de décision – ou plutôt donnant aux citoyens l'illusion de pouvoir peser – en lançant et en signant des « pétitions ».

 

Côté jardin, c'est une pompe à fric.

 

Certes, leurs dirigeants ne deviendront pas ultra-riches, statut juridique et fiscal de l'entreprise oblige, mais ils disposent d'un instrument pour assouvir leurs pulsions, ce qui pour certains n'a pas de prix. Les complotistes trouveront aussi que ces entités sont des outils de déstabilisation de nos sociétés modernes ; le fait est que si elles ne le sont (ou ne le seraient) pas par construction ou dessein, ces entités peuvent être instrumentalisées en quelques clics...

 

Le décor étant posé, voici une nouvelle alliance entre entreprise de clictivisme – SumOfUs en l'occurrence – et le monde des plaideurs.

 

La page semble n'exister qu'en anglais. Elle est intitulée « Help defeat the pesticides industry today » (contribuez à la défaite de l'industrie des pesticides aujourd'hui). L'URL de la page ajoute : « en maintenant Justice Pesticides en vie ».

 

En voici le texte :

 

« Monsanto, Bayer, Syngenta, Dow Chemical... L'industrie des pesticides toxiques nous empoisonne depuis trop longtemps. Mais les gens se battent au tribunal.

 

Ces batailles juridiques sont compliquées, longues et très coûteuses. Les méga-entreprises de pesticides comme Bayer s'attendent à ce que nous abandonnions. Mais nous ne pouvons pas laisser et ne laisserons pas cela arriver.

 

Un de nos partenaires proches, Justice Pesticides – une minuscule organisation fournissant des recherches juridiques et un soutien aux individus et aux groupes qui luttent contre les géants des pesticides dans les tribunaux – ne tient plus que par un mince fil. Le compte bancaire de cette organisation d'une importance capitale est proche de zéro, ce qui signifie que le mois d’août pourrait être son dernier mois de fonctionnement.

 

Justice Pesticides collabore avec des organisations qui sont derrière certaines les avancées juridiques les plus importantes contre les géants de la toxicité, notamment Générations Futures, qui a récemment défait en justice Dow Chemical et son pesticide tueur d'abeilles, le Sulfoxaflor.

 

Aujourd'hui, Justice Pesticides a besoin de votre aide pour continuer à soutenir les batailles juridiques contre l'industrie des pesticides.

 

S'il vous plait, contribuez aujourd'hui pour aider Justice Pesticides dans sa lutte contre les géants des pesticides. »

 

Cette page – non datée comme il se doit... ce qui permet de la maintenir indéfiniment tout en faisant croire au gogo de passage qu'il y a urgence – propose de contribuer, grâce à sept onglets, le huitième étant pour un montant libre, entre 1 et 430 euros (500 dollars). Elle met le site de Justice Pesticides et une page de ce site en liens.

 

Selon la présentation générale,

 

« L’association Justice Pesticides a pour objet de mettre à la disposition de tous, en particulier des victimes de pesticides, quels que soient leur nationalité et leur statut (voisins, agriculteurs, collectivités locales, scientifiques etc.) l’ensemble des affaires juridiques concernant les pesticides dans le monde [...] »

 

L'Association propose donc une base de données. Mais il y a aussi deux gros onglets : « Je souhaite soumettre une affaire » et « Je souhaite prendre contact ».

 

Alors ? Initiative désintéressée ? Site rabatteur ?

 

Le 25 septembre 2017, le Huffington Post titrait : « Corinne Lepage lance le site "Justice Pesticides" pour aider les victimes de pesticides ». On ne présente plus Mme Corinne Lepage, mais on précisera tout de même qu'elle est avocate, spécialisée en droit de l'environnement, côté plaignants...

 

Inf'OGM claironnait aussi dans « "Justice Pesticides" : en finir avec les pesticides » :

 

« Un nouveau site est né : Justice Pesticides. Son but : en finir, au niveau planétaire, avec les pesticides, et indemniser les victimes. Arnaud Apoteker, consultant, ex-salarié de Greenpeace, ex-responsable de la mise en place du Tribunal Monsanto, et par ailleurs administrateur d’Inf’OGM, est chargé du développement de ce site. Interview. »

 

Et aussi :

 

« Concrètement, Justice Pesticides est une association française (loi 1901). Son conseil d’administration est composé d’une quinzaine de personnes, reconnues pour leur engagement contre les pesticides venant d’associations (Criigen, Générations futures, Pesticide Action Network), du monde de la recherche (éco-toxicologue), des avocats, des responsables d’entreprises (Sébastien Couasnet, directeur général d’Éléphant Vert) et des euro-députées européennes (Corine Lepage et Michèle Rivasi). »

 

Concrètement, cela pose question : comment se fait-il qu'une association sur le berceau de laquelle se sont penchés de si aimables génies et fées puisse se trouver en cessation de paiement (selon SumOfUs) ? Une association qui sert implicitement les intérêts d'une branche florissante de l'activité économique – le biobusiness – qui a le plus grand intérêt à ce que les pesticides soient vilipendés... et qui finance des petites entreprises comme Générations Futures, « partenaire de l'initiative » ?

 

Comment se fait-il aussi que cet appel à dons ne soit pas lancé dans le pays d'origine de l'association, la France ? Ses administrateurs seraient-ils trop pudiques ?

 

Mais revenons à la stratégie d'ensemble. En janvier 2018, l'excellent Alerte Environnement s'interrogeait : « Les associations antipesticides au service du business de Corinne Lepage ? ». Il y avait de quoi... Affiches Parisiennes avait publié peu de temps auparavant un « Corinne Lepage : "Je ferai le procès du glyphosate" » :

 

« Ce que nous faisons est assez particulier, car nous lançons un cabinet en open innovation. Parce que même si je ne fais pratiquement plus de politique aujourd'hui, j'ai encore une voix qui porte et je participe à une série d'entités qui, pour moi, ont toutes une cohérence. Je me suis donc dit qu'il serait intéressant de les réunir et de les faire graviter autour du cabinet Huglo Lepage.

 

[…]

 

Le cabinet réunira […]

 

En plus, il y aura tout l'aspect santé-environnement avec la plateforme Justice Pesticides qui est hébergée ici et que je préside. […]

 

Il y a un réseau qui s'est constitué avec des confrères, des associations comme PAN (Pesticides Action Network) Europe et Asie ainsi que des journalistes, notamment Carey Gillam qui a sorti un livre sur les Monsanto Papers et siège au conseil d'administration de Justice Pesticides.

 

Je suis aussi en négociation avec ClientEarth qui est un réseau international de juristes défenseurs de l'environnement. »

 

Et il y a aussi SumOfUs... pour soutenir le « Je ferai le procès du glyphosate »...

 

 

Voici comment vous êtes accueilli chez SumOfUs...

 

Post scriptum

 

Mme Lepage a été interrogée par l'Obs dans « Corinne Lepage : "La société civile et la justice font avancer l'écologie. Pas la politique" »

 

Elle dit, à propos de la démission de M. Nicolas Hulot :

 

« Sa démission démontre une forme d'impuissance. Le vrai message, c'est qu'être ministre dans un gouvernement ne fait pas avancer l'écologie. Ce qui fait avancer l'écologie, c'est l'alliance entre la société civile et la justice, pas le gouvernement ni la politique politicienne. »

 

Mme Lepage est avocate et politicienne. Elle doit être consciente du poids des mots. Évoquer une « alliance » entre la « société civile » – qu'est-ce dans son esprit, sinon l'activisme – et « la justice » a de quoi inquiéter. Inquiéter sérieusement.

 

M. Michel de Rougemont pourra méditer un « Ces institutions au fonctionnement néo-soviétique ».

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P
Responsable technique dans l'agrofourniture, j'ai été contacté au courant de l'année par la société Elephant vert pour tester un de leurs produits. C'est toujours intéressant de savoir qu'en vendant leur produit on finance les ONG anti phytos...
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P
Bonjour <br /> Le pdg d’éléphant Vert est administrateur de justice pesticides et la société figure au nom des donateurs; c’est Indiqué sur le site de justice pesticides <br /> Quant à Elephant vert Nous avons été plusieurs à avoir été démarchés pour tester un produit à base de bactéries à appliquer au sol <br /> Des concurrents ou collègues vendent déjà ce produit
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> J'ai regardé sur leur site, mais je n'ai rien trouvé. Enfin, cela ne m'étonnerait pas. Générations Futures se fait bien financer par Botanic.
F
En effet une "alliance entre la société civile et la justice" c'est très inquiétant. La Justice est censée être indépendante... sinon ce n'est plus la Justice, mais un instrument au service de ceux avec lesquels elle fait alliance. Ce n'est pas la première fois que Corinne Lepage fait preuve de tendances totalitaires. En 2015 déjà elle appelait à ficher les climatosceptiques...
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Et surtout la piqûre de rappel sur les climatosceptiques.