Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Voici pourquoi l'agriculture biologique a besoin d'OGM

26 Août 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Agriculture biologique

Voici pourquoi l'agriculture biologique a besoin d'OGM

 

Val Giddings*

 

 

 

 

« La civilisation a été construite sur des plantes génétiquement modifiées. »

Nina V. Fedoroff, Mendel in the Kitchen: A Scientists View of Genetically Modified Plants (Mendel dans la cuisine : un point de vue des scientifiques sur les plantes génétiquement modifiées)

 

Le brillant perturbateur Michael B. Eisen a publié récemment un essai provocateur intitulé « How GMOs Can Save Civilization and Probably Already Have » (comment les OGM peuvent sauver la civilisation et l'ont probablement déjà fait). Bien que des gens raisonnables puissent ergoter sur certains de ses points mineurs (en particulier, son argument selon lequel nous devons tous passer à des régimes alimentaires fondés sur les végétaux), l'article mérite d'être lu, et sa prémisse d'ouverture est incontestable : « On peut dire avec certitude que, sans modification génétique systémique des plantes et du bétail, la civilisation n'existerait pas. »

 

Les opposants idéologiques à la « modification génétique » sont apparemment imperméables aux données et à l'expérience, et ignorent peut-être la réalité biologique, mais ceux qui s'intéressent aux faits sont obligés de considérer et de peser les preuves lorsque nous prenons des décisions, par exemple,sur le meilleur moyen écologique de produire la nourriture que nous mangeons. Certains s'investissent passionnément pour l'agriculture biologique, affirmant que l'agriculture « chimique/GM » (qu'ils confondent à tort) est en train d'épuiser la planète et de consommer l'avenir de nos enfants. Les scientifiques ont dépassé cette fausse dichotomie en constatant que les innovations agricoles des 50 dernières années, y compris celles issues de l'agriculture biologique mais surtout celles fondées sur la modification génétique, ont considérablement augmenté les rendements, amélioré la sécurité et réduit l'empreinte écologique de l'agriculture. Il y a ceux qui continuent à nier ces réalités, mais leur construction repose sur du sable et le « tas de cendre de l'histoire » les attend. Et aussi résolus que soient ces problèmes pour ceux qui respectent les données et l'expérience, il est toujours possible pour un nouveau travail de réaffirmer et d'étendre ces résultats de manière à mériter l'attention.

 

Le respecté entomologiste Galen Dively de l'Université du Maryland, avec neuf collègues du Maryland, du Delaware, du New Jersey, de Virginie et du Minnesota, a publié un tel article. Sous un titre fascinant, « Regional Pest Suppression Associated With Widespread Bt Maize Adoption Benefits Vegetable Growers » (la suppression régionale de deux ravageurs du maïs profite aussi aux producteurs de légumes – voir aussi ici), ces chercheurs décrivent les impacts environnementaux positifs des semences améliorées par voie biotechnologique qui dépassent largement ce que la plupart d'entre nous pouvaient espérer.

 

Comme les humains, certaines espèces d'insectes trouvent que le maïs est un aliment attrayant. Deux de ces ravageurs (parmi tant d'autres) sont répandus et provoquent des dégâts sérieux en Amérique du Nord : la pyrale du maïs (Ostrinia nubilalis) et le ver de l'épi du maïs (Helicoverpa zea). Historiquement, ces fléaux ont été difficiles à contrôler, en grande partie parce qu'ils creusent des galeries dans l'épi de maïs, sous l'enveloppe, où ils sont essentiellement protégés des pulvérisations de pesticides et des prédateurs, comme beaucoup d'entre nous qui ont épluché des épis lors d'une fête estivale ont pu s'en rendre compte avec une surprise fort désagréable. Mais l'incidence de telles surprises a récemment diminué, car les variétés améliorées de maïs ayant une résistance génétique vis-à-vis de ces parasites ont été mises sur le marché et l'ont dominé entre 1996 et 2016. Les agriculteurs aiment ces variétés améliorées par voie biotechnologique parce que la résistance aux parasites est incorporée dans les semences sous la forme d'une protéine qui est mortelle pour le ravageur ; cet effet mis à part, sa sécurité a été démontrée et elle améliore la nutrition des humains. Cette protéine est connue sous le nom de « Bt », provenant d'une source bactérienne, Bacillus thuringiensis. Il s'agit d'un pesticide populaire que les agriculteurs biologiques peuvent utiliser car il est dérivé d'un microbe commun du sol ; elle cible des insectes nuisibles spécifiques d'une manière qui est sans danger pour les insectes non cibles et les autres organismes, et elle se dégrade rapidement dans l'environnement, sans aucune persistance potentiellement problématique.

 

L'enthousiasme des agriculteurs pour cette innovation a propulsé ces semences vers la domination du marché plus rapidement que toute autre innovation dans l'histoire de l'agriculture, pour prendre plus de 90% de part de marché en moins de 20 ans. Les avantages pour les agriculteurs sont évidents : moins de ravageurs, récoltes de meilleure qualité et plus abondantes, réduction du coût des intrants (les semences améliorées par la voie biotechnologique coûtent certes plus cher, mais les économies réalisées grâce à la réduction des pesticides sont plus importantes) et moins de temps passé au champ. Les avantages pour les consommateurs sont tout aussi évidents – moins de mauvaises surprises et une réduction substantielle de la présence de contaminants cancérigènes que l'on retrouve souvent dans le maïs infesté par les parasites. C'est une chose entendue. Mais ces avantages, si importants soient-ils, ne racontent pas toute l'histoire.

 

Ces ravageurs du maïs, la pyrale du maïs et le ver de l'épi du maïs, ne sont pas seulement des fléaux pour le maïs : ce sont aussi de sérieux parasites pour une foule d'autres cultures vivrières, y compris la plupart des légumes cultivés dans la région médio-atlantique. Et c'est là que ça devient vraiment intéressant.

 

Dively et al. écrivent :

 

« Les populations de papillons des deux espèces ont significativement diminué en raison de l'adoption généralisée du maïs Bt (maïs de grande culture), même si l'augmentation des températures a atténué la réduction de la population. Nous montrons une diminution marquée du nombre de traitements insecticides recommandés, des quantités d'insecticides appliqués et des dommages causés par O. nubilalis dans les cultures maraîchères en relation avec l'adoption généralisée du maïs Bt. Ces avantages hors site pour les producteurs de légumes dans le paysage agricole n'ont pas été documentés auparavant, et les impacts positifs identifiés ici s'ajoutent aux effets écologiques rapportés de l'adoption du Bt. Nos résultats soulignent également la nécessité de prendre en compte les avantages économiques hors site de la suppression des ravageurs, en plus des avantages économiques directs des plantes Bt. »

 

En d'autres termes, l'effet « halo » de l'adoption du maïs Bt réduit le nombre d'organismes nuisibles majeurs dans la région centre du littoral atlantique, réduisant le besoin de lutter contre les ravageurs pour les producteurs de légumes, y compris les agriculteurs biologiques qui ont l'interdiction de semer des graines « GM » ! Ainsi, les marchands de produits biologiques qui ont forgé leurs marques en vilipendant les produits concurrents, pourtant sûrs et verts, bénéficient directement de l'utilisation plus large des produits qu'ils dénigrent. Quelle ironie !

 

Comme nous l'avons déjà noté, l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture estime que la population mondiale se stabilisera aux environs de 10 milliards d'êtres humains d'ici 2050. La croissance de la demande découlant de l'augmentation de la population et de la croissance économique oblige les agriculteurs à produire à nouveau autant de nourriture qu'ils n'en ont produit de l'aube de la civilisation jusqu'à nos jours. Comment pouvons-nous éviter la famine de masse à l'avenir ? D'innombrables études ont montré que faire cela avec des méthodes d'agriculture biologique est tout simplement impossible ; les seuls besoins en azote nécessiteraient peut-être deux fois plus de terres cultivées qu'il n'y en a sur la planète, laissant peu de place à la nature, à la biodiversité ou aux « poumons du monde ». D'autre part, les semences améliorées grâce à la biotechnologie ont épargné près de 20 millions d'hectares/année de la conversion à l'agriculture, réduit les émissions de CO2 de 23 milliards de kilogrammes/an, réduit de 37 % l'utilisation des pesticides par les agriculteurs, augmenté les rendements de 22% et réduit de plus de 18% l'impact environnemental de l'agriculture.

 

Certains membres de la communauté de l'agriculture biologique voient ces choses telles qu'elles sont réellement. Les nouvelles mettent quotidiennement en lumière de nouvelles façons d'exploiter les biotechnologies pour produire de nouveaux biocarburants, augmenter la séquestration du carbone, et améliorer davantage l'agriculture et l'aider à « marcher plus délicatement sur la terre ». Ceux qui s'intéressent aux faits peuvent voir l'avenir, un avenir qui ne peut pas arriver assez tôt.

 

_____________

 

Val Giddings est Senior Fellow à l'Information Technology and Innovation Foundation (fondation pour les technologies de l'information et l'innovation). Auparavant, il a été vice-président pour l'alimentation et l'agriculture de la Biotechnology Industry Organization (BIO – organisation de l'industrie des biotechnologies) et a travaillé au Bureau de l'évaluation technologique du Congrès et comme consultant auprès du Programme des Nations Unies pour l'Environnement, de la Banque Mondiale, de l'USDA et d'entreprises et gouvernements du monde entier. Suivez-le sur twitter @prometheusgreen.

 

Cet article a été publié sur le site Web de la fondation pour les technologies de l'information et l'innovation sous le titre « How GMOs Can Save Civilization » (comment les OGM peuvent sauver la civilisation ).

 

Souce : https://geneticliteracyproject.org/2018/06/29/viewpoint-heres-why-organic-farming-needs-gmos/

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

fm06 27/08/2018 10:02

Excellent article :-)

Seppi 27/08/2018 10:55

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

C'est bien pour cela que je l'ai traduit :-)

yann 26/08/2018 14:04

tout est dit dans cette article !