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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les biofilms microbiens et nos lave-vaisselle

18 Août 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Albert Amgar, #Santé publique

Les biofilms microbiens et nos lave-vaisselle

 

Albert Amgar*

 

 

Régulièrement des scientifiques explorent les micro-organismes présents dans nos appareils ménagers courants ; ainsi en est-il du lave-vaisselle…

 

J’en avais déjà fait état dès 2011 dans Des moisissures pathogènes dans notre lave-vaisselle ?, puis en 2012 avec Norovirus peut-il résister au lave-vaisselle des restaurants ?, et enfin en 2013 avec Mon lave-vaisselle attaque !

 

Contrairement à certaines associations marchandes de peur, notamment à propos, entre autres, du glyphosate en particulier et des pesticides en général, ces articles scientifiques sont là pour sensibiliser les consommateurs à la vie microbienne au sein des biofilms qui existe y compris dans les conditions extrêmes… de nos lave-vaisselle…

 

Les machines ne sont pas tout et ne font pas tout – pour paraphraser Georges Bernanos dans son excellent essai, « La France contre les robots », paru en 1947 – chacun peut s’il le souhaite reprendre sa liberté et ses anciennes habitudes en faisant la vaisselle à la main ; mais ne nous égarons pas, ceci est autre sujet…

 

Revenons donc à cette nouvelle étude parue dans le numéro d’août 2018 de Applied and Environmental Microbiology, une revue de l’American Society for Microbiology, « Microbial Diversity and Putative Opportunistic Pathogens in Dishwasher Biofilm Communities ». L’article est disponible intégralement et gratuitement.

 

Résumé.

 

Les habitats extrêmes ne se limitent pas aux milieux naturels, mais ils existent également dans des systèmes artificiels, par exemple des appareils ménagers tels que les lave-vaisselle. Des facteurs limitants, tels que des températures élevées, des pH élevés ou faibles, des concentrations élevées de NaCl, la présence de détergents et une force de cisaillement de l'eau pendant les cycles de lavage, définissent ce qu’est la survie microbienne dans ce système extrême. La diversité fongique et bactérienne dans les biofilms isolés à partir de joints en caoutchouc de 24 lave-vaisselle ménagers différents a été étudiée en utilisant un séquençage de nouvelle génération. Des genres bactériens tels que Pseudomonas, Escherichia et Acinetobacter, connus pour comprendre des pathogènes opportunistes, étaient représentés dans la plupart des prélèvements. Les genres de champignons les plus fréquemment rencontrés dans ces prélèvements appartenaient à Candida, Cryptococcus et Rhodotorula, également connus pour comprendre des représentants pathogènes opportunistes. Cette étude a montré l'impact des conditions spécifiques des lave-vaisselle sur l'abondance des groupes microbiens et a étudié les interactions inter- et intra-espèces qui façonnent ces biofilms. L'âge, la fréquence d'utilisation et la dureté de l'eau du robinet entrante des lave-vaisselle ont eu un impact significatif sur les compositions des communautés bactériennes et fongiques. Des représentants de Candida spp. ont été retrouvés avec la plus forte prévalence (100 %) dans tous les lave-vaisselle et sont supposés être l'un des premiers colonisateurs des lave-vaisselle récemment achetés. Les corrélations par paire des microbiomes testés ont montré que certains groupes bactériens coexistent, tout comme des groupes fongiques. Dans les biofilms bactério-fongiques mixtes, l'adhésion précoce, le contact et les interactions étaient essentiels dans le processus de formation du biofilm, où des complexes mixtes de bactéries et de champignons pourraient constituer une structure biogénique préliminaire pour l'établissement de ces biofilms.

 

Importance.

 

La demande mondiale d'appareils ménagers, tels que les lave-vaisselle et les machines à laver, augmente, tout comme le nombre de personnes immunodéprimées. Les conditions difficiles dans les lave-vaisselle ménagers devraient empêcher la croissance de la plupart des micro-organismes. Cependant, nos recherches montrent que des groupes persistants de micro-organismes tolérants à plusieurs conditions extrêmes dans les appareils ménagers sont bien établis dans ces conditions défavorables et soutenus par le mode de croissance des biofilms. L’importance de nos recherches est d’identifier la composition microbienne des biofilms formés sur les joints en caoutchouc des lave-vaisselle, la diversité des conditions abiotiques affectant le microbiote et les principaux membres microbiens présents dans la colonisation et la contamination précoces des lave-vaisselle, car ces appareils électroménagers peuvent présenter une source domestique de contamination croisée qui peut conduire à des impacts médicaux plus larges.

 

 

Biofilm présent sur le joint en élastomère d’un lave-vaisselle domestique.

Le carré en rouge est de 1 cm2 de côté.

 

______________

 

* Albert Amgar a été pendant 21 ans le dirigeant d'une entreprise de services aux entreprises alimentaires ; il n'exerce plus aujourd'hui, car retraité. Au travers de son blog il nous a livré des informations dans le domaine de l’hygiène et de la sécurité des aliments. Désormais, je l'accueille avec plaisir.

 

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