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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La plupart des éclosions à Listeria qui ont lieu dans plusieurs pays de l’UE ne sont pas détectées, selon une étude de l’ECDC

23 Août 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Albert Amgar, #Alimentation, #Santé publique

La plupart des éclosions à Listeria qui ont lieu dans plusieurs pays de l’UE ne sont pas détectées, selon une étude de l’ECDC

 

Albert Amgar*

 

 

« L’ECDC rapporte que la plupart des éclosions à Listeria qui ont lieu dans plusieurs pays ne sont pas détectées », source Food Safety News 22 août 2018.

 

Cet article est issu de la publication récente de « Retrospective validation of whole genome sequencing-enhanced surveillance of listeriosis in Europe, 2010 to 2015 » paru dans Eurosurveillance.

 

ooOOoo

 

Selon une étude récente, la mise en œuvre du séquençage du génome entier au niveau européen pourrait permettre d’économiser jusqu’à cinq mois dans la détection des épidémies de Listeria dans plusieurs pays.

 

Plus de la moitié des cas graves de listériose dans l'Union européenne sont des cas groupés (clusters), dont beaucoup ne sont pas détectés assez rapidement par le système de surveillance actuel. L'étude, menée par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), a analysé 2.726 isolats humains de Listeria monocytogenes provenant de 27 pays de 2010 à 2015.

 

Environ un tiers des infections identifiées comme faisant partie d'un cluster affectant plus d'un pays duraient souvent plusieurs années. Cependant, seules deux éclosions de listériose ont été rapportées dans l'UE en 2016 et cinq en 2015, ce qui suggère que beaucoup n'ont pas été détectées, selon les chercheurs.

 

L'utilisation du séquençage du génome entier [WGS pour whole genome sequencing] pour caractériser les cas de listériose au niveau européen pourrait accélérer de plusieurs mois, jusqu'à cinq, la détection des cas groupés, par rapport aux investigations épidémiologiques au niveau national, qui impliquent parfois l’électrophorèse sur champ pulsé. Il n’existe pas non plus de nomenclature des souches unique à l’échelle mondiale pour classer les isolats.

 

L’étude a pour auteurs Van Walle Ivo, Björkman Jonas Torgny, Cormican Martin, Dallman Timothy, Ruppitsch Werner, Takkinen Johanna et le groupe de typage européen WGS de Listeria.

 

Mike Catchpole, directeur scientifique de l'ECDC, a déclaré que cette étude marquait une étape importante dans la lutte contre la listériose en Europe.

 

« Avec ce nouvel effort de collaboration avec les États membres, nous avons révélé le caractère lié de nombreux cas graves de listériose. Nous renforçons maintenant la surveillance de routine en introduisant la collecte et l’analyse de données de séquençage du génome entier provenant de tous les cas de listériose humaine signalés ».

 

« Améliorer notre surveillance des cas de Listeria sauvera des vies, en particulier parmi les groupes de population vulnérables tels que les personnes âgées et les femmes enceintes, qui peuvent transmettre la bactérie au fœtus si elles consomment des aliments contaminés. »

 

La listériose est une maladie d'origine alimentaire potentiellement mortelle qui augmente dans les pays de l'UE/EEE depuis 2008. En 2016, 2.536 cas ont été rapportés, dont 247 décès. La période d'incubation est généralement de trois jours à trois semaines, mais peut durer jusqu'à 70 jours.

 

Un exemple de foyer dans plusieurs pays est celui lié à des légumes surgelés produits par Greenyard en Hongrie. 54 personnes ont été malades dans cinq pays de l'UE et en Australie. Deux personnes infectées par la souche épidémique sont décédées. Les produits concernés ont été importés par 116 pays. L'épidémie aurait débuté en 2015.

 

Environ un tiers des cas groupés retrouvés dans l’étude impliquait plus d’un pays, et pour les cas groupés de plus de cinq isolats, cela a augmenté de moitié environ.

 

« On peut s'attendre, compte tenu du caractère international du commerce des denrées alimentaires, à ce que l'introduction d'une surveillance de la listériose à l'échelle de l'UE/EEE puisse constituer une valeur ajoutée substantielle pour la santé publique », selon l'étude.

 

Les chercheurs ont déclaré que les résultats du typage moléculaire doivent être combinés avec les investigations épidémiologiques et d'exposition aux aliments.

 

« Compte tenu de la longue période d'incubation de la listériose, du faible nombre de cas et de la gravité de la maladie, les données d'exposition alimentaire devraient idéalement être collectées pour tous les cas, sans attente supplémentaire des résultats de typage, comme cela est fait par exemple au Danemark, en France et aux États-Unis », ont-ils déclaré.

 

« Il devrait également être complété par le typage WGS des isolats alimentaires officiellement prélevés, et être associé à une analyse conjointe des données microbiologiques afin de détecter les liens potentiels entre les cas humains et les produits alimentaires. »

 

Environ la moitié des cas étudiés ont été décrits comme des cas sporadiques.

 

« Il est probable qu'une certaine proportion des cas soient vraiment sporadiques dans le sens où ce sont des cas isolés liés aux pratiques de préparation ou de stockage des aliments au niveau individuel ou du ménage, plutôt qu'à la qualité microbiologique de l'aliment au moment de l'achat », selon les chercheurs. « En général, ces cas ne peuvent être traités que par des mesures préventives telles que l'éducation du public, plutôt que par des mesures de contrôle pour les exploitants du secteur alimentaire. »

 

 

Commentaires.

 

Sur le dernier point de cet article, il est classique de rapporter qu'il y a « des cas isolés liés aux pratiques de préparation ou de stockage des aliments au niveau individuel ou du ménage, plutôt qu'à la qualité microbiologique de l'aliment au moment de l'achat. »

 

Pour autant, cela n’empêche pas de voir les rappels ayant pour cause la présence de Listeria monocytogenes dans les aliments se multiplier en France.

 

La grande presse a fait récemment état de « Listeria: plusieurs enseignes rappellent treize produits. De nombreux produits ont été rappelés par plusieurs enseignes en raison de la présence de Listeria » …

 

Ou encore « Listeria : la liste des produits potentiellement contaminés s'allonge ».

 

Cela étant, depuis le début de l’année 2018 (jusqu'au 21 août 2018), selon le site Oulah!, il y a eu 80 avis de rappel publiés pour présence de Listeria monocytogenes dans des aliments en France. Il ne peut donc pas y avoir que de mauvaises pratiques chez le consommateur… Listeria est la première cause de rappel alimentaire en 2018 avec 36,4%, mais l’année est loin d’être finie…

 

On pourra aussi constater à l’annexe 3 du Tome I du Rapport d'enquête de M. Grégory Besson-Moreau chargée de tirer les enseignements de l'affaire Lactalis et d'étudier à cet effet les dysfonctionnements des systèmes de contrôle et d'information, de la production à la distribution, et l'effectivité des décisions publiques que les chiffres des rappels sont très élevés si l’on en juge par les chiffres fournis par deux distributeurs :

 

  • Carrefour a procédé en 2016 et 2017 à 1043 retraits, dont plus de 170 rappels. Listeria est la première cause de rappel alimentaire avec 35,7%.

     

  • Pour Leclerc, tous établissements et entités confondus : 359 retraits/rappels de produits alimentaires en 2016 et 304 en 2017…

 

______________

 

* Albert Amgar a été pendant 21 ans le dirigeant d'une entreprise de services aux entreprises alimentaires ; il n'exerce plus aujourd'hui, car retraité. Au travers de son blog il nous a livré des informations dans le domaine de l’hygiène et de la sécurité des aliments. Désormais, je l'accueille avec plaisir.

 

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