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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate, Monsanto, Bayer, Hulot et la « République exemplaire »

16 Août 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Monsanto, #critique de l'information, #Activisme, #Politique

Glyphosate, Monsanto, Bayer, Hulot et la « République exemplaire »

 

 

 

 

Du florilège de déclarations fracassantes contre le glyphosate (Roundup), Monsanto et Bayer qui a suivi l'annonce du verdict dans Dewayne « Lee » Johnson c. Monsanto en Californie émergent celles, indigentes, indécentes et ignobles, de M. Nicolas Hulot, Ministre (d'État) de la Transition Écologique et Solidaire redevenu pour l'occasion activiste de base. Qu'en est-il de la « République exemplaire » qu'on nous avait promise ?

 

 

(Source)

 

 

Il y a le gouvernement... et le ministère de l'écologie ou de l'environnement...

 

Petit rappel : le 3 juillet 2013, le Président François Hollande virait avec perte et fracas Mme Delphine Batho de son poste de ministre de l'écologie ; elle avait « osé » qualifier le projet de budget d'« insuffisant », celui de l'environnement ayant été amputé de 7 %.

 

Cela fait quelque temps déjà que les gouvernements de la France (et d'autres pays) se composent d'une équipe plus ou moins cohérente, mais respectueuse des « règles du jeu », flanquée d'une principauté rebelle et quasi incontrôlable – le ministère chargé de l'environnement. Le Président Hollande avait ainsi dû tolérer les frasques de Mme Ségolène Royal pour des raisons qui mêlaient la cuisine politicienne du Parti Socialiste et sa situation personnelle.

 

Nous subissons aujourd'hui M. Nicolas Hulot.

 

 

...et les errements mortifères d'une politique qui fait fi des réalités...

 

On peut décortiquer la politique prétendument de la « transition écologique » – quel intitulé pompeux et creux : par exemple le désastre énergétique imperturbablement mis en place (mais surtout pour les mandats présidentiels à venir...), à coups de promotion d'énergies dites renouvelables mais intermittentes et non pilotables, de « plan de déploiement de l’hydrogène, outil d’avenir pour la transition énergétique, en plein essor au niveau mondial », etc. ; ou la nouvelle gesticulation sur l'emploi et le recyclage des plastiques à coups de bonus/malus, cache-misère de l'absence de véritable plan industriel (et probablement cash machine pour le gaspillage public) ; ou encore le travail de sape contre l'agriculture qui nous nourrit.

 

 

...maintenant accompagnés de déclarations inacceptables

 

Mais ce sont les dernières déclarations de M. Hulot à la suite du verdict du 10 août 2018 – de 289 millions de dollars – de la Cour Supérieure de l'État de Californie pour le Comté de San Francisco qui doivent retenir l'attention.

 

Il est d'usage – dans les démocraties qui s'en tiennent à la séparation des pouvoirs – que les membres de l'exécutif ne commentent pas les décisions judiciaires, encore moins celles qui sont rendues dans un pays étranger. « Un ministre n'a pas à commenter une affaire judiciaire », a déclaré M. Christophe Castaner, délégué général de LaREM et Ministre des Relations avec le Parlement, le 5 février 2018 à la suite d'une déclaration controversée de Mme Marlène Schiappa, Secrétaire d'État à l'Égalité entre les Femmes et les Hommes, à propos de l'affaire Alexia Daval.

 

Il est d'usage aussi, surtout quand on a de hautes responsabilités, de s'informer un minimum sur la chose dont on veut parler. M. Hulot s'est exprimé dans la foulée des premiers comptes rendus de presse sur le verdict et en a tiré ce qu'il entendait vouloir dire – en contradiction avec la portée et les termes du verdict.

 

Et en fait en contradiction avec lui-même ! Ou bien ce verdict « confirme ce que de nombreux lanceurs d’alerte ont dit depuis tant d’années sur la dangerosité du glyphosate », ou bien c'est un « cas d’école du principe de précaution » – ce qui signifie qu'on n'en sait rien sur la dangerosité.

 

Mais l'activisme fait fi tant des faits que de la logique quand cela le sert...

 

 

Quelle médiocrité médiatique !

 

Les médias ont goulûment rapporté des propos qui rejoignent voire dépassent en insanité les propos les plus infâmes que l'on peut trouver dans les commentaires à la suite des articles de presse. À ma connaissance, aucun n'a relevé que M. Hulot a franchi des lignes rouges non seulement de la politique mais aussi de la simple décence.

 

Quand le Monde titre – avec raison : « Glyphosate : Hulot appelle à mener une "guerre" contre les pesticides », a-t-il pris conscience des dangers qu'impliquent les déclarations de l'activiste-ministre Hulot dans le climat actuel d'hystérie anti-pesticides et anti-glyphosate ? Une hystérie que ledit Hulot entretient et exacerbe avec une violence qui fait passer les activistes professionnels des associations et organisations militantes pour de gentils boy scouts ?

 

 

Lisez...

 

« C’est le début de la fin de l’arrogance, de la suffisance de ce couple maudit Monsanto-Bayer. Cette décision confirme ce que de nombreux lanceurs d’alerte ont dit depuis tant d’années sur la dangerosité du glyphosate […] C’est une décision de justice très argumentée, qui est providentielle, car elle rend enfin visible ce que certains s’obstinaient à ignorer depuis trop longtemps : le fait que l’objectif dissimulé de Monsanto, sa stratégie ignoble, est de mettre en coupe réglée les ressources alimentaires de la planète. » (Repris du Monde)

 

Au prochain coup de menton, il nous fera le coup de l'alliance entre l'Agent Orange et le Zyklon B.

 

Pour l'alliance du marchand de poisons et du marchand de médicaments, c'est déjà fait (du JDD) :

 

« Les multinationales ne sont puissantes que parce que nous sommes faibles. Est-ce qu’un jour nous comprendrons que Monsanto-Bayer n’a pas d’autre objectif que de mettre en coupe réglée les ressources alimentaires de la planète? D’un côté, on empoisonne et, de l’autre, on soigne : à un moment donné, on doit se révolter. »

 

 

La propagande de bas étage régurgitée

 

Mais quelle déconnexion des réalités aussi... Monsanto, c'est de l'ordre de 15 milliards de dollars de chiffre d'affaires par an, autant que Whole Foods, le grand distributeur états-unien de produits biologiques ; les ventes de Walmart, le plus grand distributeur mondial, frisent les 500 milliards de dollars (pour Carrefour, ce furent 88 milliards d'euros en 2017, année difficile).

 

En fait, M. Hulot succombe ici à la propagande anti-Monsanto la plus débile – et malheureusement efficace –, à le thèse de la multinationale qui, prétendument, veut faire main basse sur les semences et ainsi prendre le contrôle de la population du monde conformément à un aphorisme malheureux de Henry Kissinger – lequel n'a pas vu ce que cela pouvait donner : les émeutes de la faim.

 

Dans Libération, il régurgite aussi deux bobards largement démentis mais invariablement répétés selon les bons principes d'Adolf et Joseph :

 

« N’oublions jamais que Monsanto a traîné au tribunal des fermiers américains qui cultivaient malgré eux des plantes brevetées par le groupe, simplement parce que le vent les avait disséminés dans leurs champs. Et cette décision ne viendra pas non plus réparer les centaines de paysans indiens qui se sont retrouvés dans des détresses psychologiques et économiques, notamment ceux qui ont cultivé le coton BT. »

 

C'est une propagande véhiculée notamment par sa grande amie Vandana Shiva, l'« écodéesse » qui met le viol sur le même pied que la culture des OGM et avec laquelle il a contribué à un livre d'entretiens publié chez Actes Sud, la maison d'édition qui appartint à Mme Françoise Nyssen, maintenant Ministre de la Culture.

 

Sommes-nous ici dans le registre du déshonneur par association ? En partie. Mais nous devons questionner la présence d'un personnage qui revendique M. Pierre Rabhi et Mme Vandana Shiva comme ses sources d'inspiration et se laisse aller à des déclarations aussi incendiaires.

 

Et interroger le gouvernement dans son ensemble sur son orientation politique, économique et sociétale.

 

 

La « leçon » aux sénateurs

 

Tançant les sénateurs qui ont osé supprimer du projet de loi « agriculture et alimentation » la disposition qui prévoyait de séparer la vente et le conseil en matière de pesticides (une séparation du reste bien inefficace au vu par exemple de la situation dans le domaine des médicaments), il a lancé (du JDD) :

 

« Qu'ils comprennent bien une bonne fois pour toutes qu'une entreprise comme Monsanto n'a en aucun cas comme volonté le bien-être de l'humanité mais simplement le bien-être de ses actionnaires ».

 

Détail qui n'est plus amusant : c'est dit par celui dont les exploits de saltimbanque télévisuel furent financés par Rhône-Poulenc, ci-devant groupe chimique et pharmaceutique qui, à l'époque d'Ushuaïa, avait l'ambition de devenir un grand de la semence... Jetons un voile pudique sur les autres sponsors.

 

C'est surtout d'une indigence intellectuelle crasse. Si l'activiste Hulot peut se satisfaire d'une telle déclaration à l'emporte-pièce, les citoyens sont en droit d'obtenir une explication de sa part : pour assurer « le bien-être de ses actionnaires », faire des profits, ne faut-il pas un marché, des produits qui se vendent ?

 

Monsanto – comme d'autres – doit contribuer au bien-être de ses clients... les agriculteurs qui se nourrissent grâce à ses produits (par exemple en Inde où on estime que 97 % des producteurs de coton utilisent des variétés transgéniques Bt – de Monsanto et d'autres sources) et nous nourrissent. Mais c'est là une notion de base de l'économie que le numéro 3 du gouvernement actuel que son aveuglement issu de la haine de Monsanto refuse à cette firme. À moins qu'il ne l'ait tout simplement pas comprise. Quelle est son opinion s'agissant des autres entreprises, notamment françaises ? Nous sommes en droit de savoir.

 

La saillie précitée est aussi insultante, non seulement pour les sénateurs, pris pour des demeurés, mais aussi pour Monsanto, l'un des grands sponsors de la coopération pour le développement en matière agricole et alimentaire.

 

 

Sus aux « lobbys »

 

M. Hulot a aussi pointé du doigt du doigt les groupes de pression « qui ont pignon sur rue » et tiennent « parfois même la plume des amendements » (repris du Monde).

 

Cela prête à sourire quand on connaît l'influence des entités qui inspirent, sinon manipulent, les politiques environnementalistes... et qu'on sait que certains amendements proposés pour la loi « Agriculture et Alimentation » – notamment l'inscription de l'interdiction du glyphosate dans la loi – ont été inspirés par l'Hôtel de Roquelaure au mépris de la solidarité gouvernementale.

 

Mais nous aurions tort de prendre cela à la légère : cela signifie en fait qu'il y a au gouvernement français un ministre qui penche pour une sorte d'apartheid politique : les milieux économiques ne sont pas bienvenus dans le travail législatif.

 

 

Pas (encore ?) de crise diplomatique

 

En juin 2015, Mme Ségolène Royal avait déclenché une crise diplomatique avec l'Italie en appelant au boycott du Nutella. La présidence Macron bénéficie sans doute de la torpeur estivale, de la paralysie du gouvernement de coalition en Allemagne, et aussi de l'absence de réponse de Monsanto et de la réponse bien molle de Bayer (ce qui pose la question des responsabilités de l'industrie dans la situation actuelle – question fort justement soulevée par M. Marcel Kuntz dans Valeurs Actuelles).

 

Mais ce n'est pas une raison pour que le Président et le Premier Ministre sacrifient – une fois de plus – la « République exemplaire » promise sur l'autel des petits calculs électoralistes ou, pire, de l'indifférence et de la pusillanimité.

 

_____________

 

* Une version raccourcie a été publiée sur Contrepoints.

 

 

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Z
je suis très intéressé par le graphe "nb de cancers attribuables...", qui me semble relativiser beaucoup la cause "pollution"; quelle est la source ?
Répondre
Z
à Seppi: merci pour la source
S
Bonjour,

Merci pou votre question.

Je l'avais trouvé sur twitter.

Voici la vraie source :

http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2018/21/pdf/2018_21.pdf
P
Bonjour,
Article partisan dont le ton est du même acabit que ce qu'il dénonce : outrancier.
Dommage, car cela nuit au fond.
Après, pour ce dernier, on tombe quand même dans la caricature, avec les méchants écolos contre les gentils industriels.
Pour des gens de nature plutôt "neutre", comme moi, qui apprécient les débats argumentés pour se faire une opinion, c'est tout aussi irritant que les propos caricaturaux adverses.
On peut tout aussi bien critiquer les méthodes et le lobbying des écolos, que ceux des géants industriels, ces derniers étant loin d'être sans reproche. Et d'admettre que les deux camps usent de procédés illégaux ou malhonnêtes pour arriver à leurs fins.
Répondre
S
Bonjour,

Hulot : oui. Ses propos ont été d'une indigence intellectuelle et morale crasse.

Monsanto : Anniston, c'était quand ? Et qui ? Pourquoi la mouvance activiste -- y compris le Monde qui vient de remettre l'affaire sur le tapis -- ne parlent-elle jamais des autres parties au règlement de l'affaire ? Solutia Inc. (le département chimie lourde que l'ancienne Monsanto avait "éjecté" pour devenir une belle mariée dans la pharmacie et Pharmacia (absorbée par Pfizer…

Comparaison n'est certes pas raison et les comportements douteux de l'un n'excusent pas les comportements douteux de l'autre, mais avez-vous une idée de la situation ? Ce que je veux dire ici c'est que "Monsanto" est un "bad boy" parce qu'il est médiatisé, surmédiatisé et hypermédiatisé en tant que tel, de surcroît dans le contexte de la société fortement judiciarisée des USA.

J'imagine ce que serait le scénario de la décharge de Bonfol, en Suisse, si les géants de la chimie bâloise avaient des cabinets d'avocats charognards et des vautours médiatiques avides de renommée et de droits d'auteur sur le dos.

Imaginez aussi un autre scénario capitalistique : même déroulement chronologique, mais chaque entité de la vieille Monsanto aurait gardé ses casseroles au lieu de les transférer dans la nouvelle Monsanto. Vous aurez une petite idée de l'acharnement médiatique et de la manipulation des esprits à propos de la nouvelle Monsanto.
P
Bonsoir,
Et a priori, le fond du message de M. Hulot vous a fortement déplu !
Concernant Monsanto, vous pourrez par exemple parler de l'honnêteté de ses dirigeants aux habitants d'Anniston, aux USA. Malhonnêteté supposée vous avez dit ?
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Un article est toujours partial ou outrancier quand le fond du message déplaît...

Et puis quand les « écolos » utilisent des procédés malhonnêtes, les industriels ne sont pas sans reproche. On a déjà entendu ce genre de logique en d'autres temps...

La malhonnêteté avérée des uns est excusée par la malhonnêteté supposée des autres...
P
Bonjour
Merci pour cette analyse
On signalera aussi que Rhône-Poulenc, Hoechst , Roussel uclaf et d’autres avaient fusionné pour former Aventis Cropscience ensuite racheté par Bayer qui est devenu à cette occasion Bayer Cropscience....donc en extrapolant on peut ainsi dire ironiquement que Nhulot avait été financé par ce qui est aujourd’hui Bayer Monsanto c’est à dire tout ce qu’i Abhorre...
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Effectivement ! C'est en plus logique : ne reproche-t-on pas au « nouveau » Monsanto (ce qui a été laissé sur le carreau après l'abandon de la chimie lourde et la fusion des activités pharmaceutiques dans Pharmacia) ce qui est le fait de l'« ancien » ?