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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate dans les couches pour bébés : 60 Millions en remet une couche !

27 Août 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup), #Pesticides, #Perturbateurs endocriniens

Glyphosate dans les couches pour bébés : 60 Millions en remet une couche !

 

 

Que ne faut-il pas faire pour se vendre ?

 

Dans son numéro de septembre 2018, la revue 60 Millions en remet une couche sur les pesticides – et notamment le glyphosate – dans les couches pour bébé.

 

Couverture putassière, cela va de soi : « Protégez bébé des toxiques ! ».

 

 

La démagogie irresponsable du « risque zéro »

 

En page 3, l'éditorial de Mme Sylvie Metzelard ose un :

 

« Notre objectif, c'est le risque zéro pour les enfants, quels que soient les produits. Et nous ne désarmons pas. »

 

Un beau coup de menton qui ignore que le « risque zéro » n'existe pas. Et que le « risque zéro » est compatible avec la présence de « traces » de molécules dont on dit invariablement qu'elles sont « potentiellement » – ou « suspectées d'être » – toxiques, allergènes, irritantes, etc.

 

60 Millions fait preuve d'irresponsabilité en instrumentalisant le « risque zéro », alors que sa mission au service des consommateurs (l'Institut National de la Consommation, qui édite la revue, bénéficie d'une importante subvention issue des finances publiques) serait plutôt d'éduquer.

 

 

Mais il faut bien vendre...

 

Mais le but de ces revues consuméristes n'est finalement pas d'informer les consommateurs de manière objective et rationnelle, mais de se vendre. Et cette farouche volonté (affichée) de défendre bébé permet de revenir périodiquement sur le sujet avec un « risque » récurrent ou un nouveau « risque » qui augmente les tirages et permet d'acquérir du temps de cerveau, soit directement, soit par médias interposés.

 

 

Il y eut l'indigence morale... il y a la pénurie matérielle

 

Périodiquement ?

 

« Il y a moins de deux ans, nous révélions que la majorité des couches testées présentaient des résidus de substances potentiellement toxiques (glyphosate, composés organiques volatils...). […] Dix-huit moins plus tard, nous avons remis l'ouvrage sur le métier pour une nouvelle recherche de toxiques doublé d'un test d'efficacité. »

 

Que trouve-t-on dans la livraison de septembre 2018 ? Bien peu par rapport à celle de février 2017 (voir : « Consumérisme toxique : 60 Millions remet une couche », ce qui fait que le scandale est encore plus scandaleux.

 

Un tableau récapitulatif pour douze marques de couches... une ligne « Résidu de glyphosate » avec huit pictogrammes « +++ », un « - » et trois « -- »... une ligne « pesticides organochlorés » avec neuf « +++ », deux « + » et un « -- ».

 

 

Quand il n'y a que des traces, on sort la perturbation endocrinienne

 

Et dans le texte :

 

« ...ce sont des traces du glyphosate qui ont été détectées. Dans tous les cas, les teneurs de substances indésirables restent très faibles. Le risque sanitaire semble donc minime a priori. Mais il ne peut être écarté, notamment pour le glyphosate classé "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Pèsent aussi sur le glyphosate des soupçons de perturbation endocrinienne. Or les perturbateurs endocriniens ont la capacité d'agir à faibles doses. »

 

Pour bien enfoncer le clou, suit un paragraphe sur les expositions multiples (évidemment alléguées).

 

En bref, un coup d'esbroufe.

 

Aucune indication de méthodologie, sauf que « chaque couche a été broyée et mixée » (c'est très malin...). Aucune indication de l'endroit où se seraient situés les produits incriminés (évidemment... on a broyé et mixé...). Aucune indication de doses (ni pour les pesticides, ni pour les « Autres molécules toxiques potentielles »).

 

Mais pourquoi donc donner ces indications ? Quand on ne peut faire état que de « traces », il suffit d'évoquer la perturbation endocrinienne – oups ! – les « soupçons de perturbation endocrinienne » pour apparaître comme de grands défenseurs de la cause des consommateurs.

 

 

Des médias médiocres

 

Comme en janvier/février 2017, les médias se sont précipités sur l'« information » – bon nombre d'entre eux sans recul et sans esprit critique, cela va de soi. En se concentrant sur les couches et omettant les autres produits de toilette pour bébés... ya pas de pesticides dans les produits hydratants.

 

La palme revient sans doute à tous ces journaux qui ont mis le glyphosate dans le titre, à l'instar du Provençal qui s'est permis un « Glyphosate : un tiers des couches testées par "60 millions de consommateurs" infectées par le pesticide »... voilà que le glyphosate, mis en avant au détriment des produits testés, « infect[e] »...

 

Mais le Monde mérite bien un accessit : il arrive à titrer : « Des résidus toxiques toujours présents dans les couches de bébé », et à écrire en chapô : « "60 Millions de consommateurs" a détecté des substances potentiellement toxiques "en très faible quantité" chez certaines marques. » Ils sont « toxiques » les produits, ou seulement « potentiellement toxiques » ?

 

 

Prix d'encouragement à l'AFP

 

Le titre, « Des couches bébés pas très nettes, selon 60 Millions de consommateurs » est du Point, le texte de l'AFP. L'agence a donné la parole à Group'Hygiène, le syndicat professionnel des fabricants :

 

« Nous condamnons les méthodes de 60 millions de consommateurs. [...] Les deux études réalisées par 60 millions de consommateurs à 18 mois d'intervalle ont employé la même méthode consistant à broyer et à mixer les couches et non à les évaluer en situation d'usage. […] Les rares substances identifiées (qui n'entrent pas dans la composition des produits, mais que l'on trouve dans l'environnement et donc dans de nombreux produits de consommation courante) le sont dans des quantités infinitésimales, sans risque pour la santé. »

 

Group'Hygiène a aussi fustigé « une démarche sensationnaliste visant à inquiéter les consommateurs ».

 

Mais il y eut tout de même une première dépêche de l'AFP (ici, publiée par le Point) qui ne comportait pas de réponse des fabricants...

 

 

Magicmaman informe

 

Le site Magicmaman a fait preuve de bon sens avec « Substances toxiques dans des couches bébé : les marques épinglées répondent ».

 

Pour Love&Green, une marque qui se veut écolo et n'hésite pas à faire dans le dénigrement de la concurrence,

 

« Notre surprise a été grande à la lecture de cette enquête et des conclusions tirées des analyses en laboratoire. En effet, ces dernières nous ont été transmises un mois avant la parution de l'étude et il était question de traces d'Ampa (acide aminométhylphosphonique) qui est donc un dérivé du glyphosate et non pas du glyphosate. Par ailleurs, les analyses font état de 0,012 mG par kG... Or, le seuil de détections des laboratoires est fixé à 0,05mG pour pouvoir être justifiées. Nous trouvons donc les résultats erronés d'un point de vue scientifique. Par ailleurs, nous avons testé et testé encore le lot de couches en question, et les laboratoires ne détectent aucune trace de glyphosate, donc nous sommes dans l'incompréhension la plus totale. »

 

 

Lillydoo indique notamment :

 

« Certaines substances présentes dans notre environnement courant peuvent cependant se retrouver à l’état de traces dans des produits du quotidien. Les quantités de substances ajoutées involontairement relevées par 60 Millions de Consommateurs dans nos couches sont au moins 10 fois inférieures aux valeurs limites acceptables définies par l’Union Européenne. »

 

Lotus Baby tient un discours similaire :

 

« Le résidu de glyphosate relevé par 60 millions de consommateurs dans les couches Lotus Baby a été détecté sous forme d’infimes traces qui ne présentent pas de risque prévisible pour la santé des bébés, comme l’a confirmé le Professeur Masson, toxicologue indépendant. Ces traces peuvent apparaître de façon aléatoire car présentes dans l’environnement à des taux variables, le glyphosate étant aujourd’hui encore un herbicide très couramment utilisé en Europe. »

 

Intermarché avait aussi été épinglé pour des couches « Pommette Ecologic ». Réponse complète :

 

« À ce stade, nous jugeons prématuré de répondre dans le détail au sujet de cette étude dont nous ne connaissons pas précisément le détail. Nos produits sont fabriqués dans le strict respect de la réglementation et notre priorité est la santé des consommateurs. Ceci étant, les connaissances scientifiques, la règlementation et les attentes des consommateurs évoluent. Nous sommes à l’écoute de ces évolutions en étroite collaboration avec les autorités sanitaires et les différents acteurs de l’interprofession du secteur. »

 

 

Des résultats variables... mais personne ne « capte »

 

60 Millions – et bien d'autres à sa suite – trouve surprenant que des marques qu'elle a encensées (mises en avant en 2017 pour leur absence de résidus toxiques ») dans son numéro de février 2017 se retrouvent avec des pictogrammes rouges dans son numéro de septembre 2018. Il écrit en encadré : « Les choix de notre essai précédent déçoivent aujourd'hui. »

 

Est-il si compliqué de comprendre que des tests réalisés sur une couche par marque sont tout à fait aléatoires s'agissant de « traces » et dépendent notamment des caractéristiques des arrivages de matières premières ?

 

Oui ! Car l'admettre, c'est ruiner le fond de commerce des revues et autres sites consuméristes.

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Il est vrai que cette affaire touche tous le monde. On peut également voir comment se développes les molécules dans cette article de frigidaire volant serbe.
https://monde-investissement.fr/wordpress/frigidaire-volant-serbe-danjoux-mickael/