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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Dewayne « Lee » Johnson (avocats charognards) c. Monsanto : la curée continue, mais que dit le verdict ?

21 Août 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup), #Monsanto

Dewayne « Lee » Johnson (avocats charognards) c. Monsanto : la curée continue, mais que dit le verdict ?

 

 

Sus au glyphosate, aux pesticides, à Monsanto, à Bayer, à l'agriculture « productiviste » ; à Nicolas Hulot, grand parleur et petit faiseur, et Stéphane Travert, « lobbyiste pro-glyphosate au gouvernement » ; évidemment aussi à la FNSEA... Mais y a-t-il un média qui s'est penché – sérieusement – sur le verdict de Dewayne « Lee » Johnson (avocats charognards) c. Monsanto ? Non ! L'hystérie médiatique et politique peut continuer...

 

 

La curée continue

 

L'hystérie médiatique se poursuit allégrement contre le glyphosate (Roundup) et les pesticides en général, Monsanto et Bayer ; avec quelques victimes collatérales. Et, tant qu'à faire, l'agriculture « productiviste », celle qui nous nourrit.

 

Arte a modifié son programme du mardi 14 août 2018 pour rediffuser « Le Roundup face à ses juges », un monument de propagande sur fond de farce pseudo-judiciaire devant un tribunal bidon. Les micros sont obséquieusement tendus à celles et ceux qui ont des obsessions, voire des haines, à partager, et aussi des films et livres à promouvoir ; des politiciens, notamment d'EELV, qui en veulent à M. Nicolas Hulot ou prennent à partie M. Stéphane Travert, prétendument lobbyiste pro-glyphosate au gouvernement, sont sollicités de partout ; Paul François, « l'agriculteur qui a fait condamner Monsanto » – un titre standard mais faux, la procédure n'étant pas encore terminée – a également un emploi du temps chargé.

 

C'est tout juste si BFMTV invite un agriculteur, M. Didier Giraud, aux Grandes Gueules pour évoquer les réalités de l'agriculture. Il a droit à un intertitre : « Si c'est interdit en France et pas ailleurs, nos agriculteurs vont se faire bouffer ! » Rappelons que l'interdiction du glyphosate a été chiffrée à un surcoût de l'ordre d'un milliard d'euros pour l'agriculture et quelque 50 millions pour la SNCF. Mais le titre putaclic revient à Mme Isabelle Saporta : « Glyphosate: "On est arrivés au bout de ce système productiviste" », et elle a droit à une petite vidéo... pour une intervention par téléphone.

 

https://usrtk.org/wp-content/uploads/2018/08/Johnson-trial-judy-verdict.pdf

La palme revient à l'AFP dont la dépêche a été intitulée « De l'héroïne au glyphosate : l'histoire mouvementée de Bayer et Monsanto » par Sciences et Avenir, ou encore « De l'héroïne au glyphosate: trois choses à savoir sur Bayer et Monsanto » par le Point. Non, ils n'ont pas osé le Zyklon B dans le titre– comme RTL Info sur la base de la dépêche –, mais c'est dans le texte, exclusivement à charge, avec bien sûr l'Agent Orange.

 

Mais ces médias et ces beaux parleurs ont-ils cherché à savoir ce qu'il y a – réellement – dans le verdict ?

 

 

Quand un applicateur de pesticides devient un « consommateur ordinaire »

 

Le jury a été confronté à 17 questions réparties en cinq groupe. C'est en tout cinq pages avec un texte très espacé... ce que ce pôvre Nicolas Hulot appelle « une décision de justice très argumentée »...

 

La première question – au sujet d'une allégation de défaut de la chose – semble anodine :

 

« Les produits Roundup Pro® ou Ranger Pro® sont-ils des produits pour lesquels un consommateur ordinaire peut formuler des attentes de sécurité minimales raisonnables ? »

 

La réponse est « oui ». Que répondriez-vous ? Et s'il s'agissait de vinaigre, d'eau de Javel ou d'autres produits ménagers (cause de beaucoup d'accidents domestiques), ou encore de... chocolat (toxique pour le chien) ?

 

Pouvez-vous concevoir des produits pour lesquels un consommateur raisonnable n'attendrait pas des attentes de sécurité « minimales » et « raisonnables » ?

 

Mais la question n'est anodine qu'a priori. M. Johnson était un jardinier chargé d'appliquer des pesticides (ou encore de chasser les putois, ratons laveurs et écureuils du campus scolaire pour lequel il travaillait). Cette question, fort astucieuse, incite le juré – « consommateur ordinaire » – à répondre en fonction de son propre ressenti, et non en fonction des faits. Le terrain est préparé...

 

La question 2 renvoie également au « consommateur ordinaire » – alors que les avocats prédateurs avaient montré des photos de M. Johnson en équipement de protection... sans nul doute pour impressionner le jury.

 

« Le Roundup Pro® ou Ranger Pro® a-t-il été défaillant en ne fonctionnant pas [fail to perform] de manière aussi sûre qu'un consommateur ordinaire l'aurait attendu lorsqu'il est utilisé ou mal utilisé de manière intentionnelle ou d'une manière raisonnablement prévisible ? »

 

C'est, là encore, une fort curieuse question. Elle requiert une réponse unique pour des situations différentes. Le produit est mal utilisé « d'une manière raisonnablement prévisible » (qu'est-ce à dire?) et sera la faute au produit ! C'est encore une fois à se demander si la question n'a pas été ainsi rédigée pour susciter une réponse « oui ».

 

Imaginez la situation pour du vinaigre ou de l'eau de Javel qu'un enfant (ou un adulte) confondrait avec un sirop... Pour des cacahuètes qui risquent d'obstruer les voies respiratoires ou de provoquer un œdème de Quincke...

 

Et on en arrive à la question clé. Tous les mots comptent :

 

« Was the Roundup Pro® or Ranger Pro® design a substantial factor in causing harm to Mr. Johnson? »

 

« La conception du Roundup Pro® ou du Ranger Pro® a-t-elle été un facteur substantiel en causant une atteinte à M. Johnson ? »

 

Notre traduction est volontairement inélégante. C'est une formulation étonnante, en fait choquante, car elle signifie à la fois tout et rien. M. Johnson a affirmé avoir été arrosé par deux fois de glyphosate du fait d'un pulvérisateur défectueux – dont le fabricant n'a pas été inquiété... – et le glyphosate est devenu « un facteur substantiel... ». Ou peut-être le simple fait d'épandre du glyphosate est suffisant pour en faire « un facteur substantiel ».

 

Quelle « atteinte » (« harm ») ? C'est à ce stade qu'on arrive à l'hystérie médiatique et politique en France.

 

Dans la liesse – la Schadenfreude – qui a suivi le verdict, l'AFP a rapporté que les « jurés ont déterminé que [...] son herbicide Roundup, ainsi que sa version professionnelle RangerPro, avaient "considérablement" contribué à la maladie du plaignant, Dewayne Johnson. » Cette version, reprise par nombre de médias, est manifestement fausse. La « maladie du plaignant » n'est pas évoquée dans les questions (même si « atteinte » est censé s'y référer implicitement), et il n'y rien qui s'approche de « considérablement ».

 

La notion de « substantial factor in causing harm » a un sens précis en droit californien :

 

« Un facteur substantiel en causant une atteinte est un facteur qu'une personne raisonnable considérerait comme ayant contribué à l'atteinte. Il doit être plus qu'un facteur lointain ou trivial. Il ne doit pas nécessairement être la seule cause de l'atteinte. »

 

Une approche rationnelle dans l'application de ce principe devrait conduire à l'examen de l'ensemble des circonstances et, notamment, de l'étiologie du mycosis fongoïde dont est atteint M. Johnson. Une « personne raisonnable » ne peut que répondre « non », la maladie n'ayant pu démarrer que très longtemps avant que M. Johnson n'ait commencé à utiliser le glyphosate. Le jury a répondu « oui ». Mais ça, c'est en dehors du prétoire où les parties peuvent faire parler des témoins experts... experts dans l'art de louvoyer.

 

Dans un éditorial du 13 août 2018, « Monsanto, un jugement salutaire », écrit en principe avec le bénéfice du recul et du temps de réflexion, le Monde évoque un « jugement, le premier à associer exposition au glyphosate et cancer ». C'est au mieux trompeur. Mais c'est la ligne éditoriale et activiste.

 

 

La responsabilité stricte et l'omission de l'avertissement

 

Les questions 4 à 8 sont tout aussi équivoques. On entre là dans un schéma que l'on connaît d'affaires précédentes (comme celles du talc de Johnson & Johnson). Les produits :

 

« ...présentaient des risques potentiels qui étaient connus ou que l'on pouvait connaître à la lumière des connaissances scientifiques généralement acceptées par la communauté scientifique au moment de leur fabrication, distribution ou vente ».

 

« ...potentiels » ? « ...que l'on pouvait connaître » ? Cela implique nécessairement qu'on ne les connaissait pas ! Et comme « risques » n'est pas précisé, ni lié aux cancers en général, et encore moins au lymphome de M. Johnson, on peut répondre « oui », comme le jury, sans hardiesse excessive.

 

Ces « risques potentiels » présentaient aussi :

 

« un danger important pour les personnes utilisant ou mésusant du Roundup Pro® ou du Ranger Pro® de manière prévue ou raisonnablement prévisible ».

 

Mais les « consommateurs ordinaires » n'auraient pas reconnu les risques potentiels et Monsanto n'a pas mis en garde contre « les risques potentiels », l'« absence de mises en garde suffisantes » devenant ainsi « un facteur substantiel en causant une atteinte à M. Johnson ».

 

 

La négligence de Monsanto

 

Cela ouvre tout grand la porte à l'allégation suivante. En bref, Monsanto savait ou aurait dû :

 

« ...raisonnablement savoir que le Roundup Pro® ou le Ranger Pro® étaient dangereux ou risquaient d'être dangereux lorsqu'ils étaient utilisés ou mal utilisés de manière raisonnablement prévisible ».

 

Voilà une phraséologie qui contraste singulièrement avec les accusations fermes et définitives que l'on trouve dans les médias français et la bouche et les écrits de nombre de politiciens.

 

De même, Monsanto devait savoir ou aurait dû « raisonnablement savoir que les utilisateurs ne réaliseraient pas le danger » et n'a donc pas « mis en garde de manière adéquate contre le danger ou donné des instructions pour l'utilisation sans danger de Roundup Pro® ou de Ranger Pro® », ce qu'aurait fait « un fabricant, un distributeur ou un vendeur raisonnable, dans des circonstances identiques ou similaires ».

 

Et le dernier clou est enfoncé avant l'énoncé des pertes de gains passées et futures alléguées, et des dommages punitifs : c'est « oui » à la question :

 

« Le défaut de mise en garde de Monsanto a-t-il été un facteur substantiel en causant une atteinte à M. Johnson ? »

 

Ces dommages punitifs ont été alloués parce qu'il y a eu selon le jury « conduct constituting malice or oppression », une attitude qui se définit de manière complexe et laisse beaucoup de place à l'appréciation. C'est en tout cas bien différent de la « malveillance » dont ont fait état les médias français, et peut être une attitude bien plus anodine que la malveillance qui implique une intention de nuire.

 

 

Vous êtes juges !

 

Ce que vous avez vu, lu ou entendu correspond-il à la réalité ? Les médias français ont-ils produit des compte rendus objectifs du verdict ? Les politiques ont-ils été à la hauteur ? Vous êtes juges !

 

 

 

L'avocat du plaignant trouve – évidemment – que le jury a été compétent (source).

 

Les questions d'un juré. Mais c'est un sur douze... (source)

 

 

Une autre question, pertinente.

 

 

Pertinente, la deuxième question ?

 

 

Une question vraiment pertinente...

 

 

Et la dernière…

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corrector 01/09/2018 11:07

Si un tel jugement est considéré comme certains journalistes comme prouvant la toxicité d'un herbicide, alors j'attends des mêmes commentateurs qu'ils considèrent que la victoire d'une personne vaccinée victime d'un effet secondaire est la preuve de la nocivité du vaccin (vaccin utilisé conformément aux recommandations, faut-il le souligner).

Ce qui est valable pour l'un doit être valable pour l'autre, quel que soit l'avis des uns ou des autres sur les herbicides ou les vaccins.

Seppi 01/09/2018 11:59

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je crains fort qu'il se trouve pas mal de "journalistes" qui adhèrent à la thèse de la nocivités tant d'un herbicide que d'un vaccin sur la base du même raisonnement sophistique.

François Bienvenu 22/08/2018 10:31

Pour la troisième fois j'ai tenté d'introduire un commentaire sur le site de 20minutes.fr à propos des nombreuses évaluation scientifiques s'opposant aux conclusions du CIRC sur le glyphosate ... et pour la troisième fois ce commentaire a été censuré.

L'une des raisons faisant que les scientifiques ne sont pas entendus c'est que leur discours est tout simplement censuré. L'obscurantisme gagne sans cesse du terrain dans un monde où les journaux télévisés commencent toujours par "voici ce qu'il y a à retenir dans l'actualité" et contiennent très souvent des "décryptages", comme si les téléspectateurs, forcément débiles, n'étaient pas capables de comprendre ce qu'on leur dit.

Seppi 23/08/2018 08:20

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Cela ne m'étonne pas pour la "censure". J'ai éprouvé les mêmes difficultés sur d'autres médias. Une technique subtile consiste à retarder la mise en ligne jusqu'à ce que l'article ait perdu de son actualité.

Quant aux "informations" des grandes chaînes (et d'autres)… hélas...