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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Comment le Monde illustre une tribune appelant à la raison sur les « OGM »

23 Août 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #CRISPR

Comment le Monde illustre une tribune appelant à la raison sur les « OGM »

 

 

Le 21 (date sur la toile) et le 22 août 2018 (date de l'édition papier), le Monde a publié une tribune,

« Il faut évaluer au cas par cas les organismes obtenus par mutagénèse », avec en chapô :

 

« La Cour de justice de l’UE a récemment assimilé à des OGM les organismes dont le génome a été altéré sans y insérer un ADN étranger. Pour l’ex-député Jean-Yves Le Déaut et la sénatrice Catherine Procaccia, il est urgent de clarifier la directive pour bénéficier des nouvelles techniques de mutagénèse. »

 

On l'aura compris : M. Le Déaut (ancien président de l'Office Parlementaire d'Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques) et Mme Procaccia (vice-présidente de l'OPECST) plaident pour une approche qui dépasse les blocages actuels qui amènent l'Europe (et en particulier le coq France..., les ergots fièrement plantés dans le fumier de la pusillanimité, mais aux avant-postes de l'irrationalité) à refuser la culture des « OGM » tout en les important massivement.

 

Cette tribune est en droite ligne du rapport que l'OPECST a publié sur « Les enjeux économiques, environnementaux, sanitaires et éthiques des biotechnologies à la lumière des nouvelles pistes de recherche » en avril 2017

 

Voici leur conclusion, un brin philosophique :

 

« Ce début de controverse sur les NBT démontre que les frontières entre le principe de précaution et le principe d'inaction sont ténues et qu'avec la prolifération de la fausse science, c'est la nature même du progrès qui est remise en cause. Cette évolution inquiétante prend sa source dans la confusion de plus en plus marquée entre ce qui relève des savoirs issus d'une démarche scientifique rigoureuse et ce qui relève de croyances ou de manipulations. En fait, n'est-il pas plus dangereux de manipuler les esprits que de modifier les gènes ? »

 

Mais revenons au Monde. Quelle illustration a-t-il choisie sur la toile ? À l'heure où nous commencions à écrire, l'image était insérée dans l'article. Quand nous étions sur le point de finir, elle n'y était plus. Mais elle était toujours dans la page listant les articles de la rubrique « sciences »

 

 

 

 

Quelqu'un a quand même dû se rendre compte de l'incongruité de cette photo qui relève manifestement de la... manipulation des esprits.

 

 

Oui, mais là, c'est sur une autre sujet…

 

 

Mais à l'heure où nous postons, elle a été remise...

 

Selon la légende de la photo, "La mutagénèse serait une alternative aux OGM".

 

Ah, le conditionnel journalistique... Mais c'est faux, la mutagenèse (une méthode) n'est pas une « alternative » aux OGM (des produits), mais un outil à la disposition des sélectionneurs. C'est une « alternative » à la transgenèse dans certains cas, mais pas tous.

 

Enfin, n'ergotons pas... Ah si... Pourquoi cette tribune n'est-elle pas référencée dans la liste de la page « Planète » (elle ne l'est que dans la sous-rubrique « Agriculture & Alimentation »). La manipulation des esprits se fait aussi à coup de « mute news »...

 

ooOOoo

 

Extrait du rapport de l'OPECST

 

d. Nouvelles biotechnologies vertes : moins ou autant d’incertitudes qu’avec les OGM ?

 

Les rapporteurs réaffirment la nécessité d’évaluer de façon approfondie et continue les plantes issues du génie génétique. Le risque zéro n’existe cependant pas, pas plus dans les biotechnologies qu’ailleurs : traitements médicaux (risques de l’anesthésie…), les médicaments (contre-indications), voire les aliments dits « naturels » (allergies, toxines dues à des bactéries ou à des champignons…). Toute évaluation prend en compte la balance bénéfices-risques. Comme il a été dit dans la partie précédente, les technologies de modification ciblée du génome sont bien plus précises que la mutagenèse ou les techniques transgéniques précédemment utilisées. De ce fait, il paraît logique que les procédures d’évaluation soient adaptées à chaque cas. La législation européenne existante distingue déjà les nouveaux végétaux issus de la mutagenèse, méthode très fruste mais connue depuis plusieurs décennies et dont l’innocuité a été prouvée dans la durée, des techniques transgéniques qui sont soumises aux procédures d’évaluation les plus lourdes. On a vu que les techniques de modification ciblée du génome étaient plus précises que la mutagenèse, logiquement, elles devraient être à notre avis exemptées des lourdes procédures d’évaluation de l’EFSA.

 

Au-delà de la décision – qui se fait attendre – de la Commission européenne relative à la qualification des nouvelles techniques de sélection végétale au regard du droit communautaire, les rapporteurs estiment que l’on devrait réfléchir à une évolution du droit européen vers une évaluation des produits ainsi créés et non des procédés qui les conçoivent. De toute façon, comme on l’a vu précédemment, il va devenir quasiment impossible de savoir si une nouvelle variété végétale aura été créée par sélection naturelle ou biotechnologie.

 

Les nouvelles techniques d’ingénierie, telles que CRISPR-Cas9, permettront aussi d’introduire de nouvelles caractéristiques (résistance à la sécheresse, amélioration de la photosynthèse et des nutriments…) à de plus nombreuses variétés de plantes, pour résister à différents nuisibles et ainsi augmenter les rendements. L’Académie des sciences américaine recommande un équilibre dans l’investissement public pour ces technologies, en ne négligeant pas d’autres approches. Étant donnée la grande diversité des méthodes d’amélioration des plantes, le comité de l’Académie recommande une règlementation (régulation) des produits, plutôt que des procédés utilisés pour les modifier. Le comité recommande une nouvelle approche de contrôle testant les caractéristiques nouvelles prévues ou imprévues et l’exposition aux risques potentiels. Un investissement public permettant un accès plus égalitaire à ces nouvelles technologies est recommandé par le comité.

 

La politique actuelle des États-Unis en matière de nouvelles variétés végétales est, en théorie, axée sur les produits, mais l’USDA et l’EPA déterminent quelles plantes doivent être réglementées au moins partiellement en fonction du processus de leur élaboration. Une approche basée sur les processus devient de moins en moins techniquement défendable, les anciennes approches du génie génétique devenant moins nouvelles et les procédés nouveaux – tels que la modification ciblée du génome et la biologie synthétique – ne rentrent pas dans les catégories réglementaires actuelles du génie génétique.

 

La distinction entre sélection conventionnelle et génie génétique est de moins en moins évidente, indique le rapport de l’Académie américaine, qui passe également en revue les technologies émergentes. Par exemple, des technologies d’édition de génome telles que CRISPR-Cas9 peuvent maintenant être utilisées pour effectuer un changement génétique en substituant un seul nucléotide à un gène spécifique. Le même changement peut être apporté par une méthode qui utilise des rayonnements ou des produits chimiques pour induire des mutations, puis utilise le séquençage génomique pour identifier les plantes ayant la mutation souhaitée – approche qui est considérée comme une sélection conventionnelle par la plupart des systèmes réglementaires nationaux. Certaines technologies émergentes de génie génétique ont le potentiel de créer de nouvelles variétés végétales qui sont difficiles à distinguer génétiquement des plantes produites par la sélection conventionnelle ou des processus qui se produisent dans la nature. On peut s’attendre à ce que des variétés végétales classiquement sélectionnées pour être résistantes à un herbicide et des plantes génétiquement modifiées pour résister au même herbicide aient des avantages et des risques similaires associés.

 

Le rapport de l’Académie américaine recommande de communiquer activement avec le grand public à propos de l’utilité de ces technologies et de leur réglementation. La science ne peut pas être la seule réponse apportée aux questions soulevées par ce sujet. La politique concernant les cultures transgéniques a des dimensions scientifiques, juridiques et sociales. Le comité de l’Académie américaine estime par exemple que l’étiquetage obligatoire des denrées alimentaires génétiquement modifiées n’est pas justifié pour protéger la santé publique, mais il note que la question comporte des choix sociaux et économiques qui vont au-delà des évaluations techniques de la sécurité sanitaire ou environnementale. En fin de compte, l’étiquetage implique des choix de valeurs et de modèle d’agriculture que les évaluations techniques ne peuvent, à elles seules, trancher.

 

Recommandation n° 15 : Une règlementation qui s’appuie sur les retours d’expérience

 

– Souhaite que la réglementation française s’appuie sur des évaluations sanitaires et environnementales et que les exigences du dossier d’évaluation tiennent compte des risques encourus et des acquis de l’expérience dans les secteurs public et privé ;

 

– Propose de proportionner l’évaluation aux risques réellement encourus pour éviter l’absurdité actuelle où, pour des raisons historiques, certaines biotechnologies anciennes et frustes sont exemptées de procédure d’évaluation, alors que d’autres plus récentes et précises risquent de ne pas l’être ;

 

– Souhaite que toute décision sur l’utilisation des nouvelles biotechnologies s’appuie sur les connaissances accumulées depuis trente ans et non sur des croyances ou des partis pris. Et recommande au Gouvernent de s’appuyer sur la résolution au titre de l’article 34-1 de la Constitution intitulée « Sciences et progrès dans la République » et adoptée à l’unanimité par l’Assemblée Nationale le 21 février 2017. Celle-ci propose notamment de s’appuyer davantage sur les travaux et recommandations des académies et préconise de renforcer le rôle de l’OPECST pour mener les études d’impact avant l’examen de tout projet de loi à caractère scientifique ou technologique ;

 

– Recommande un investissement public conséquent sur la biovigilance, notamment sur le recensement des impacts négatifs, ainsi que sur la veille scientifique et technologique, en particulier sur les effets hors cible détectés grâce au séquençage du génome, sur les effets toxiques de certains produits, sur le contournement des résistances, sur la réduction des intrants et sur la complémentarité dans l’utilisation des biotechnologies avec les autres mesures agroécologiques.

 

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J
Merci de signaler cet article j'étais passé à coté malgré mes lectures assidues de l'édition numérique du Monde. J'avais aussi remarqué que la tribune de Brice Lalonde qui critiquait l'action de l'écologie politique n'était pas non plus référencée dans les pages Planète. <br /> Cela m'interroge: dans la rédaction du Monde qui décide de ce qui est référencé dans cette rubrique ? Pourquoi tout ce qui a trait à ces questions et qui remet un peu en cause l'orthodoxie écologique y est systématiquement éliminé ??<br /> Est-ce que cette rubrique à définitivement adopté une ligne et refuse toute remise en question ?<br /> Ou est-ce que l'on a peur de générer des dissonances cognitives chez les lecteurs qu'il faut mieux laisser dans leur petit confort intellectuel d'écolo bon teint ??
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour ce commentaire.<br /> <br /> Moi, j'étais passé à côté de la tribune de Brice Lalonde…<br /> <br /> Il me semble que les réponses à vos questions sont -- héla -- claires.