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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Cépages Resdur résistants au mildiou et à l'oïdium : les militants de la vitibio partent déjà en guerre

29 Août 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #amélioration des plantes, #critique de l'information, #Activisme

Cépages Resdur résistants au mildiou et à l'oïdium : les militants de la vitibio partent déjà en guerre

 

avec le concours de l'Obs d'Arnaud Gonzague (évidemment...)

 

 

 

 

Nous avons vu dans « Cépages résistants au mildiou et à l'oïdium : c'est 'Resdur', dur, dur » qu'il aura fallu 30 ans à Alain Bouquet et son équipe pour produire une collection de cépages – qui ont failli disparaître ! – portant des résistances au mildiou et à l'oïdium, deux terribles ravageurs de la vigne. Puis presque 20 autres années (avec un chevauchement avec la période précédente) pour aboutir à l'inscription de quatre cépages 'Resdur' (pour résistance durable) au Catalogue des Espèces et Variétés, ce qui vaut autorisation de commercialiser et planter (sous réserve d'autres dispositions régissant la viticulture).

 

Ces quatre cépages sont maintenant prêts pour une première diffusion restreinte en vue d'évaluer leur potentiel à plus grande échelle. Mais...

 

 

Pas encore déployés, déjà contestés

 

Il y a eu, forcément, quelques hectares de plantés pour tester les nouveau cépages pour choisir les plus prometteurs et passer à l'étape de l'inscription au Catalogue. Et, comme on l'a vu, des activités de présentation et de promotion, par exemple au Salon International de l'Agriculture... Mais 'Artaban', 'Floreal', 'Vidoc' et 'Voltis' sont déjà dénigrés.

 

À la manœuvre, M. Arnaud Gonzague, « journaliste environnement » de l'Obs, dans le numéro papier du 2 août 2018. C'est sous le titre « Crus de laboratoire »...

 

Peut-être lira-t-il ce billet, en faisant l'effort d'essayer de comprendre les bidouillages que nous, les humains, avons réalisés sur la vigne depuis, en gros, un siècle et demi... ne parlons pas des techniques de vinification. Donc, en chapô :

 

« Révolution écolo ou vin au rabais ? Quatre cépages résistant aux champignons ont été conçus dans les laboratoires de l'Inra afin de réduire l'usage des pesticides. Mais ils sont déjà l'objet de critiques. »

 

Excellente vision, M. Gonzague ! Observation auto-réalisatrice ! Ils sont l'objet de critiques parce que M. Gonzague a décidé – et que la rédaction de l'Obs a complaisamment accepté – de solliciter des critiques chez les grincheux... aux motivations sournoises.

 

 

Pour l'équilibre rédactionnel, un peu d'explications, beaucoup de critiques

 

L'auteur a pris soin de paraître... C'est le B.A.-BA du journalisme. Il nous explique donc le comment du pourquoi et le pourquoi du comment en faisant appel à « l'un des "papas" des Resdur »...

 

Avec quelques belles âneries.

 

Reprenons le titre : non, il ne s'agit pas de « Crus de laboratoire ». Les cépages ont été conçus dans les vignes expérimentales et peut-être les serres. Les laboratoires, c'était essentiellement pour l'analyse des génomes et le tri. Non, il ne s'agit pas de « Frankenvine » ou « Frankenvigne ».

 

Oui, on combat le mildiou et l'oïdium avec des pesticides, mais pas que « chimiques » au sens qu'a pris le mot du fait du bombardement propagandiste et médiatique. Pour le mildiou, il y a depuis longtemps le cuivre, et pour l'oïdium, le soufre, tous deux abondamment utilisés par l'agriculture biologique. Deux matières qui contribuent grandement au fait que la vigne contribue pour 20 % aux tonnages de pesticides déployés en France pour seulement 3 % des surfaces agricoles utilisées. Et une matière, le cuivre, qui est un désastre en matière de santé et d'environnement.

 

Non, M. Gonzague, il ne s'agissait pas de :

 

« briser l'image désastreuse d'une viticulture française empoisonnée par les pesticides »,

 

mais de produire des cépages résistants, gage de sécurité et tranquillité pour les viticulteurs qui redoutent ces maladies comme la peste, de contribution régulière à notre balance commerciale, et aussi et surtout de réduction des traitements phytosanitaires...

 

On est là dans le journalisme militant – en d'autres termes, dans l'activisme profitant d'une carte de presse et d'un accès à un média. Et, c'est bien connu, l'activisme, ça ose tout...

 

 

« ...un faux-nez »

 

La preuve ? Un ingénieur agronome (hélas !), « vigneron en Vendée et œnologue » déclare que l'argument écolo « est un faux-nez ». Notez qu'il est aussi consultant... nous avons une pensée émue pour ceux qui le consultent...

 

Car (c'est M. Gonzague qui écrit, sans doute reprenant un propos de l'oracle),

 

« D'abord parce que si l'on veut réduire les fongicides, autant les réduire de 100% en produisant du vin bio, comme 5000 vignerons français qui traitent les champignons avec des produits naturels (soufre et cuivre) et se passent d'insecticides, d'engrais et d'herbicides de synthèse. »

 

Non, le soufre et le cuivre ne sont pas des fongicides (ironie)... ce sont selon l'auteur des « produits naturels », nuance... Connaissez-vous des mines de sulfate de cuivre ou de bouillie bordelaise ? Laissons l'arsenal des quolibets au repos...

 

Non, les vitibios n'utilisent pas d'insecticides « chimiques » ; pour autant que cet adjectif était destiné à s'appliquer aux trois substantifs précédents... ce dont nous doutons au vu de leur ordre... enfin, nous doutons un peu, car un activiste, ça ose, ça ose...

 

Enfin, pour ceux qui ne le savent pas, les vitibios utilisent des insecticides, mais ils sont naturels ou présumés tels (là encore, quand le spinosad sort d'un fermenteur...). Certes, il y a aussi des récalcitrants dont l'idéologie impose de prendre le risque de laisser se contaminer leur vigne et celles de leurs voisins par la flavescence dorée...

 

Et puis non, un activiste journaleux ne se demandera jamais pourquoi il n'y a que 5.000 viticulteurs en bio sur quelque 50.000 que compte le pays.

 

 

Des considérations bassement économiques

 

M. Gonzague passe ensuite la parole :

 

« …il est clair que la préoccupation première dans la mise au point de ces cépages est économique. Il s'agit de mettre à disposition des variétés qui vont énormément réduire les coûts de production, car il n'y aura presque plus besoin d'utiliser de fongicides. »

 

Voilà qui est dit avec un extraordinaire aplomb ! Les préoccupations économiques ne sauraient avoir pignon sur rue...

 

Notre ingénieur agronome (hélas), vigneron, œnologue et consultant trouve que les exploitants les plus exigeants ne céderont pas à la tentation. Sans doute a-t-il raison, « exigence » signifiant ici respect de l'ordre établi et marketing fondé sur les traditions, sur le bon vieux temps. Il craint aussi que :

 

« pour les implanter, on arrache beaucoup de vieilles populations de raisins (sic) qui se trouvent dans les grandes coopératives du sud de la France ».

 

Comme si on décidait d'arracher sur un coup de tête. Mais ce qui est le plus choquant, ce sont les préjugés qui dépassent à notre sens la malveillance et le mépris.

 

D'ailleurs...

 

 

Je n'en sais rien, mais je dis tout !

 

« Ces cépages de laboratoire correspondront à une viticulture industrielle qui cherchera à concurrencer les vins peu chers venus d'Espagne. On nous prépare peut-être une génération de vins au rabais. »

 

Il n'en sais strictement rien, notre « conseiller privé en sélection massale ou "flying vine breeder" », mais il a déjà une opinion à l'emporte-pièce...

 

Et quelle opinion ! On serait tenté de répondre : « L'INRA poursuivant un objectif économique ? Ha ! Ha ! Ha ! » Mais cette réponse serait insulter les gens des départements viti qui font honneur à la mission de l'Institut. Qui ont réalisé un travail remarquable dont les objectifs – tout autres – sont énoncés et affichés depuis longtemps ; et s'inscrivent dans des objectifs politiques et sociétaux adoptés de longue date (dont le volet économique n'est évidemment pas absent). Ces chercheurs ont aussi fait goûter les premiers vins – pas des piquettes – au SIA en février dernier.

 

Prétendre que l'INRA aurait travaillé pendant des décennies – quatre sur l'ensemble du programme – pour faire produire du pinard... Mais, comme on le sait, les activistes, ça ose tout ; et quand les faits ne confortent pas les thèses, ils fabriquent leurs propres faits.

 

 

 

 

Et ça, ça ne vaut pas un fifrelin !

 

Mais place à M. Jacques Frelin, vice-président de France Vin Bio.

 

La profession du vin bio devrait normalement se réjouir de l'arrivée de cépages ne nécessitant pas de traitements phytosanitaires, « chimiques » ou « naturels », non ? Eh bien ce n'est pas le cas ! Et pour cause : toute amélioration de la production « conventionnelle » réduit la marge avec le « bio » ainsi que l'efficacité de la promotion du « bio » par le dénigrement du « conventionnel. M. Frelin déclare donc :

 

« Je suis plutôt favorable à l'idée de concurrencer les vins d'Espagne [...] »

 

Voilà qui est subtile ! Ceux qui se lanceraient sur ce créneau dégageraient celui des vins plus prestigieux, visés par les vitibios, ce qui préserverait aussi de l'espace pour l'outil marketing dénigrement... La preuve, voici la suite :

 

« [...] mais il est évident qu'un cépage hybride donnera un vin avec moins de personnalité. »

 

L'énorme imposture – à moins que ce ne soit une énorme ignorance – est ensuite scellée par M. Gonzague qui embraye sur le passé lointain.

 

Difficile de croire, en effet, que l'un et l'autre ignorent la différence entre les cépages « PIWI » – pilzwiderstandsfähig, résistant à des maladies cryptogamiques – auxquels appartiennent les Resdur de l'INRA et les « hybrides producteurs directs » – ainsi nommés parce qu'on pouvait les cultiver sur leurs propres racines malgré le phylloxera ; entre les cépages qui contiennent une petite fraction de génome d'origine américaine ou extrême-orientale et les cépages qui en contenaient typiquement 50 %, comme le 'Baco noir' ('Folle Blanche' × Riparia 'Grand Glabre').

 

L'un est négociant, l'autre a interrogé des chercheurs de l'INRA (et aurait pu se renseigner sur Wikipedia dont l'article est informatif). Ils devraient savoir... Voici comment le second distille le doute et insinue l'invitation au refus :

 

« De futures piquettes, les crus issus d'Artaban, de Floreal et des autres, vraiment ? Ce qui est sûr, c'est que le passé ne plaide pas en leur faveur [...] »

 

C'est d'autant plus horripilant que des HPD sont toujours cultivés en Amérique et en Europe (et ailleurs) et que certains produisent des vins appréciés des consommateurs. Il en est même qui essaient de les faire revivre en France, par exemple en Bretagne ou dans les Cévennes.

 

 

Quand les faits n'étayent pas la thèse...

 

Suite de la dubiogenèse par l'ami Gonzague :

 

« "Nous avons testé et exclu toutes les variétés qui présentaient une acidité excessive et des arômes indésirables" explique Didier Merdinoglu de l'Inra. Mais cela n'en fait pas pour autant un "bon" vin, comme le pointe, goguenard, Thomas Dormegnies, qui exhume un article du site spécialisé Vitisphère.com [...] »

 

En bref, les dégustations n'auraient pas été très flatteuses.

 

Nous n'avons pas « exhumé », mais cherché... et trouvé deux références principales :

 

 

C'est le premier qui semble avoir été « exhumé ». Il ne conforte en rien les critiques et méchancetés de notre ingénieur agronome (hélas)... Les vins qui ont été dégustés ne sont pas des piquettes. Quant aux propos tenus et commentés ici, ce sont des piquettes activistes. Désolant ! Quand on y est confronté et qu'on tient à les réfuter, on est obligé de les boire jusqu'à la lie... Pouah !

 

 

Une finale toutefois agréable

 

Les explications initiales sur le comment du pourquoi et le pourquoi du comment sont assorties d'une finale sur l'avenir :

 

« Pour Laurent Audeguin, de l'Institut français de la Vigne et du Vin, on ne peut pas encore émettre de jugements gustatifs sur les Resdur : « Nous verrons dans quels vignobles ces variétés s'adapteront le mieux et donneront le meilleur. Il faut des décennies pour valoriser un cépage." »

 

Il faut aussi, est-il noté, faire évoluer les législations française et européenne... Vaste programme...

 

 

« ...faire évoluer les lois françaises et européennes »... et les mentalités et opinions

 

C'est exact, mais il faut aussi faire évoluer les mentalités et les opinions – à l'INRA, dans la profession au sens large, dans les médias, dans le public...

 

Par rapport au début des travaux d'Alain Bouquet, nous en sommes quasiment en l'année +40. Ajoutez « quelques décennies », pour voir si les nouveaux cépages – une solution génétique à un problème phytosanitaire – répondent aux besoins et aux attentes et seront déployés de manière significative sur le terrain.

 

Il faudra aussi d'autres travaux de génétique et de création variétale. Rappelons que l'Europe s'est coupée de la transgénèse – qui produit des OGM au sens courant – et que si rien n'est fait, elle a aussi fermé la porte aux nouvelles techniques génétiques, à l'édition des gènes. Là aussi, il y a urgence.

 

 

Pour une histoire du Gamaret en Suisse, voir ici.

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Commenter cet article

douar 29/08/2018 16:04

"De futures piquettes, les crus issus d'Artaban, de Floreal et des autres, vraiment ? Ce qui est sûr, c'est que le passé ne plaide pas en leur faveur"
Que je sache, c'est le consommateur qui tranchera. Je fais confiance aux professionnels pour arriver à élaborer de bons produits. Si les pourfendeurs de ces nouveaux cépages peuvent se payer des bouteilles à 50 €, je suis content pour eux (et les vendeurs!) mais ils sont minoritaires.
Quant à notre agronome, je comprends qu'il voit ça d'un mauvais oeil: c'est son business qui est attaqué, celui de la "tradition", du passé.

Seppi 29/08/2018 16:44

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Entièrement d'accord. Et j'ai la possibilité de déguster de temps à autre un vin issu de gamaret...