Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Rappels de produits alimentaires en France, une augmentation à tous les rayons !

3 Juillet 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Albert Amgar, #Alimentation, #Santé publique

Rappels de produits alimentaires en France, une augmentation à tous les rayons !

 

Albert Amgar*

 

 

Vous trouverez ici quelques articles précédents sur le sujet des avis de rappels en France comme celui du 13 février 2018, « Rappel des produits alimentaires : Autopsie d'un fiasco », où je signalais :

 

« L'année 2018 a bien commencé pour les rappels de produits alimentaires, mais ce n'est pas pour autant que les consommateurs sont mieux informés. »

 

Hélas, depuis cette date, les choses ne se sont pas arrangées, et si l'on continue sur cette tendance amorcée pour les six premiers mois de l'année, les rappels de produits alimentaires en France, mais aussi (et peut-être surtout), les notifications au RASFF de l'UE des produits alimentaires d'origine France, vont atteindre des niveaux importants, c'est-à-dire presque autant de rappels en six mois que pour toute l’année 2017, c’est dire l'étendue du problème ...

 

Pour mémoire, depuis juillet 2015, date de la parution du site Oulah! (un grand merci à Franck Valayer, fondateur du site), site qui informe le plus complètement, et surtout le plus rapidement (c’est important !), des rappels de produits alimentaires en France, il y a eu 656 rappels publiés concernant des produits alimentaires !

 

C’est ainsi qu’à fin juin 2018, nous avons eu 140 rappels versus 192 rappels pour toute l’année 2017.

 

Plus de la moitié de ces rappels ont eu pour cause des micro-organismes pathogènes ou dangereux :

 

  • 27 pour la présence de Listeria (dont 16 pour des produits de charcuterie et 9 pour des produits laitiers)

  • 18 pour la présence de Salmonella (dont 9 rappels ont concerné des produits laitiers et 4 rappels de la charcuterie)

  • 19 pour la présence de E. coli producteurs de shigatoxines (dont 17 ont concerné des produits laitiers et 2 de la viande hachée)

  • 11 pour la présence de norovirus (coquillages).

 

Mais aussi,

 

  • Corps étrangers, 11 rappels dont 8 pour la présence de verre

  • 10 rappels pour présence d'allergènes non mentionnés sur l'emballage.

 

Sur les 140 rappels, 14 (10%) ont concerné des produits bio... eh oui, ça existe aussi…

 

Ce chiffre de 140 rappels illustre à lui seul l'étendue du travail qui reste à faire en termes de maîtrise des procédés et des bonnes pratiques d'hygiène, car comme cela a été dit ici, la certification en management de la sécurité des aliments n'est pas une garantie… et comme les inspections en sécurité des aliments sont en baisse constante depuis 2012 (merci M. Le Foll d'avoir permis cette régression, qui se poursuit d'ailleurs encore en 2018)... cela ne va donc pas s’arranger…

 

En résumé, un nombre particulièrement élevé à mi-parcours de l'année 2018 de rappels de produits alimentaires comparativement aux années précédentes…

 

Certains pourront dire que plus de rappels signifie une meilleure protection des consommateurs ; c’est possible, mais où est l'information des consommateurs, comment informe-t-on, que dire des produits déjà consommés, etc. …

 

La France a une très étrange particularité : elle est le seul pays de l'UE, si l'on se compare à la Belgique, la Suisse, le Luxembourg, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Irlande, etc., à ne pas avoir de site officiel d'information des consommateurs sur les rappels de produits alimentaires... et dans ces conditions, je préfère ne pas citer les chiffres des avis de rappels parus sur les sites officiels, que ce soit celui du ministère de l’agriculture ou de la DGCCRF, parce qu’ils sont très, très en dessous des chiffres cités plus haut. Étonnant, non ?

 

Ce qu’il y a aussi d’intéressant et de très significatif, c’est qu’au niveau du RASFF de l'UE, on a quasiment le même constat qui peut se faire, mais au niveau des notifications par la France et les États membres de l’UE pour des produits d’origine France à fin juin 2018… jugez plutôt…

 

118 notifications depuis le début de l'année 2018 pour les produits d'origine France, dont 64 alertes notifiées et 84 notifications liées à des micro-organismes dangereux.

 

Pour toute l’année 2017, il n’y avait eu que, si l’on peut dire, 133 notifications (119 en 2016, 121 en 2016, 110 en 2014), dont 80 alertes notifiées et 73 notifications liées à des micro-organismes dangereux.

 

Les principales notifications et leurs causes sont :

 

  • 34 notifications pour la présence de norovirus (principalement des huîtres et des moules)

  • 16 notifications pour la présence de E. coli ou E. coli producteurs de shigatoxines (dont 7 ont concerné des produits laitiers

  • 18 notifications pour la présence de Salmonella, dont 7 concernant des produits de volaille

  • 10 notifications pour la présence de Listeria (dont 7 ont concerné des produits laitiers)

  • 9 notifications pour cause d'infestation parasitaire

  • 6 notifications pour la présence de Campylobacter.

 

Mais aussi :

 

  • 10 notifications pour la présence de corps étrangers (dont 6 pour la présence de verre).

 

Bien triste tableau à mi-parcours de 2018 que celui des rappels de produits alimentaires en France et des notifications au niveau de l’UE, sans oublier le coût financier, la gestion de crise, l’investigation et la gestion des conséquences, et sans compter les maladies infectieuses d’origine alimentaire associées à ces rappels. À noter qu’en France, dans l’information sur les rappels, il n’est pas indiqué les quantités d’unités mises en œuvre…

 

Parmi les raisons de cette augmentation des rappels, on peut avancer :

 

  • Le non-respect de la règlementation

  • Des autocontrôles pas assez préventifs

  • Une pression certaine de la grande distribution

  • La certification par tierce partie n’est pas une garantie

  • La baisse des inspections en sécurité des aliments

 

Enfin rappelons, qu’en France, selon une étude de l’InVS parue en janvier 2018,

 

la morbi-mortalité attribuable aux maladies infectieuses d’origine alimentaire reste élevée en France, avec 1,28 à 2,23 millions de cas annuels, dont 15 800 à 21 200 hospitalisations et entre 232 et 358 décès.

 

Soit de 1 personne sur 52 à 1 personne sur 30 en France…

 

NB : La deuxième photo est issue d’un article de Cesare Varallo paru le 10 novembre 2016.

 

______________

 

* Albert Amgar a été pendant 21 ans le dirigeant d'une entreprise de services aux entreprises alimentaires ; il n'exerce plus aujourd'hui, car retraité. Au travers de son blog il nous a livré des informations dans le domaine de l’hygiène et de la sécurité des aliments. Désormais, je l'accueille avec plaisir.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article