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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

OGM, Gilles-Éric Séralini, trois études d'envergure et les médias : les « mute news »

12 Juillet 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information, #Gilles-Éric Séralini

OGM, Gilles-Éric Séralini, trois études d'envergure et les médias : les « mute news »

 

 

 

Vous avez sans doute une zapette avec une touche « mute ». Les « mute news » sont celles qui ne parviennent pas au public…

 

 

La marmite aura mis du temps à bouillir, mais c'est finalement arrivé... pour se refroidir presque aussitôt.

 

 

Reprenons les prémisses en pas très bref... car c'est une longue histoire

 

Le 19 septembre 2012, l'Obs publie une série d'articles sur ce qui est devenu la fameuse et infâme expérience sur des rats de Gilles-Éric Séralini et al. En couverture, outrageusement putassière : « Oui, les OGM sont des poisons ». Et outrageusement insensée. Car, à supposer que l'équipe de M. Séralini ait mis un danger mortel en évidence, cela n'aurait valu que pour l'OGM étudié, le maïs NK603 tolérant le glyphosate.

 

L'article « scientifique » paru dans Food & Chemical Toxicology, « Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize » (toxicité à long terme d'un herbicide Roundup et d'un maïs génétiquement modifié tolérant le Roundup) est paru le même jour. C'est le coup d'envoi d'une formidable opération de communication et d'activisme.

 

 

Mais dès le lendemain, le Figaro rapportait dans « L'étude sur les OGM fortement contestée » un propos du toxicologue Gérard Pascal « Cela ne vaut pas un clou ». Propos lapidaire qui résume bien une extraordinaire levée de boucliers dans la communauté scientifique (évidemment à l'exception notable des milieux de l'alterscience militante anti-OGM et anti-pesticides). Les milieux journalistiques ainsi que ceux de l'éthique de l'expérimentation animale se sont aussi insurgés, les uns à propos des conditions de l'embargo avant publication, et les autres des souffrances animales.

 

L'indigence de cette étude s'illustre aussi par le fait que les six académies scientifiques de France (d'Agriculture, de Médecine, de Pharmacie, des Sciences, des Technologies, et Vétérinaire) ont publié un avis commun – une première dans les annales – fort critique. Par exemple :

 

« L’orchestration de la notoriété d’un scientifique ou d’une équipe constitue une faute grave lorsqu’elle concourt à répandre auprès du grand public des peurs ne reposant sur aucune conclusion établie. Tout chercheur peut se considérer comme un lanceur d’alerte, encore fautil que les hypothèses formulées ne soient pas, en l’absence de résultats validés et confirmés, présentées ou perçues comme des commencements de preuve suffisants pour faire appel au principe de précaution. Il est donc essentiel que tout chercheur soit attentif aux conséquences potentiellement graves de propos excessifs. »

 

 

Conclusion de « OGM, vers une alerte mondiale ? », un « documentaire » diffusé par France 5 pour la première fois le mardi 16 octobre 2012.

Lorsqu'une expérience, censée menée dans le plus grand secret, fait l'objet d'un suivi cinématographique, lequel – de l'expérience ou du « documentaire » – est le vrai support de l'autre ?

 

L'article fut finalement rétracté en novembre 2013 – l'altermonde affirme mordicus que ce fut un complot de Monsanto – et republié le 24 juin 2014 (après un autre curieux embargo) avec des modifications essentiellement cosmétiques, sans nouvel examen de fond par les pairs, dans une revue qui constitue un repaire pour l'alterscience « environnementaliste » et anti-OGM. Il eut un curieux article compagnon, « Conflicts of interests, confidentiality and censorship in health risk assessment: the example of an herbicide and a GMO » (conflits d'intérêts, confidentialité et censure dans l'évaluation sanitaire : l'exemple d'un herbicide et d'un OGM) – curieux car il n'a guère sa place dans une revue scientifique (mais tout fout le camp... même chez Nature).

 

Curieux aussi car, question conflits d'intérêts, l'équipe Séralini avait été largement financée par le biobusiness ainsi que Carrefour et Auchan dans le cadre d'un montage qui devait faire écran entre l'équipe et les bailleurs de fonds. M. Séralini s'en est du reste vanté dans l'Obs et dans son « Tous Cobayes ».

 

 

Un montage financier ad hoc

Nous avons cependant dû sortir de ce cadre pour organiser le montage financier nécessaire à l’expérience. Pour éviter tout rapprochement disqualifiant avec les méthodes des industriels, il fallait un cloisonnement net entre les scientifiques, qui menaient cette expérience dans le respect d’une éthique de l’indépendance et de l’objectivité, et les associations qui la subventionnaient.

L’association Fontaine, regroupement pour des formations de management, avait permis de recruter plusieurs dizaines de donateurs qui se sont eux-mêmes regroupés sous le nom de CERES (1). Cette autre association, créée par Jacques Dublancq sous l’impulsion de Gérard Mulliez, a débloqué une première somme d’environ 500.000 euros qui nous a permis de mettre en route les premières phases de l’expérience.

Il n’était toutefois pas concevable qu’elle soit le commanditaire direct de l’étude. Nous ne pouvions nous exposer à apparaître aux yeux de nos détracteurs comme des scientifiques financés directement par le lobby de la grande distribution – d’une façon symétrique aux experts influencés par celui de l’agro-alimentaire. Et cela même si de nombreux autres métiers étaient représentés dans le Céres.

 

Une instrumentalisation politique immédiate...

 

Il n'y a pas que la notoriété d'un scientifique qui fut orchestrée, mais aussi, sans doute, la réaction politique. Dans Slate, « Affaire Séralini: six ans après, l'heure des comptes » M. Jean-Yves Naud rappelle que la réaction du gouvernement français (M. Stéphane Le Foll, Mme Marisol Touraine et Mme Delphine Batho) – que nous qualifierons d'hystérique – est tombée dans l'heure suivant la sortie du Nouvel Observateur :

 

« Le gouvernement a pris connaissance des informations, rendues publiques aujourd'hui, sur l'étude menée par des chercheurs français, mettant en cause l'innocuité à long terme du maïs transgénique NK 603 sur les rats. Les conclusions de cette étude font l'objet d'une saisine immédiate de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES). Elles feront également l’objet d’une analyse par le Haut conseil des biotechnologies. Elles seront également transmises en urgence à l'Autorité européenne de sécurité des aliments. [...] »

 

Tant le HCB que l'ANSES recommandèrent des actions pour avoir le cœur net – on pourra lire à cet égard, sur Slate, « OGM: l'expérience de Gilles-Eric Séralini est nulle mais pleine d’avenir ».

 

 

...débouchant sur trois études de grande envergure...

 

Cela déboucha sur l'organisation de trois études de grande envergure, GMO90+ en France et GRACE (GMO Risk Assessment and Communication of Evidence – évaluation des risques des OGM et communication des preuves) et G-TwYST (Genetically modified plants Two Year Safety Testing – examen de la sécurité des plantes génétiquement modifiées d'une durée de deux ans) au plan européen. Le coût cumulé a été estimé à quelque 15 millions d'euros.

 

 

...et un boycott

 

Le projet français incluait une instance de concertation... dont le CRIIGEN s'est retiré dès le départ pour des motifs – « OGM : Monsanto invité à s'auto-évaluer avec 3 millions d'argent public » – dont nous laisserons les lecteurs juges. Rappelons que ces gens ont constitué une cagnotte – en faisant appel au financement participatif (défiscalisé...) – pour défendre l'honneur scientifique – oups ! « une recherche indépendante de qualité » – au prétoire...

 

D'autres – Inf’OGM, Greenpeace et la Confédération Paysanne se sont également retirés. Déclaration commune de ces deux derniers (mais le même argument a été évoqué par Inf'OGM :

 

« Par ailleurs, le porte-parole français de la société Monsanto étant invité à participer à cette instance qui doit se prononcer sur son propre OGM, nous ne pouvons tolérer un conflit d’intérêts aussi direct. Enfin, nous déplorons le déséquilibre entre les différentes parties prenantes dans la constitution de cette instance : les autres parties prenantes économiques invitées sont toutes des sociétés semencières productrices d’OGM, et aucun représentant de la distribution n’est invité. Un tel déséquilibre dans le choix des participants interdit à l’avance tout travail serein. La Confédération paysanne et Greenpeace refusent donc de cautionner par leur présence ce qui semble être un simulacre de consultation de la société civile et attendent de l’Anses qu’elle revoie au plus vite les missions et la composition de cette instance. »

 

L'intolérance aux producteurs d'OGM tolérant le glyphosate (et d'autres « événements ») est décidément sans limite. Et il s'agissait sans nul doute aussi de se dissocier de travaux dont les résultats escomptés étaient prévisibles.

 

 

Des résultats prévisibles

 

Ces résultats sont tombés au printemps de cette année. En bref : RAS.

 

Faut-il rappeler que les OGM en question – tolérant le glyphosate ou comportant un gène Bt – sont maintenant cultivés depuis plus de 30 ans et qu'ils entrent dans l'alimentation du bétail – plus de 100 milliards de têtes depuis 1993 – sans qu'on ait remarqué d'effets négatifs. C'est aussi la conclusion, notamment, de la revue de la littérature scientifique sur les essais à long terme et multigénérationnels de Snell et al. (non, l'étude de Séralini et al. n'a pas été la première...

 

Et, comme nous l'avons vu plus haut, cette dernière étude ne valait pas un clou...

 

Les trois études produisirent donc des résultats qui, sans infirmer formellement les conclusions de l'étude Séralini, ne les corroborent pas.

 

 

Un silence médiatique quasi général

 

Ces résultats ont été accueillis par une indifférence médiatique générale. « Oui, les OGM sont des poisons » était une « information » en septembre 2012. « Non, les OGM ne sont pas des poisons » – ou un titre du même tonneau, mais épistémologiquement correcte –, ce n'est pas une information.

 

L'Association Française des Biotechnologies Végétales (AFBV) s'est employée sans réel succès à remuer le marigot médiatique. Il y eut un dossier de presse le 1er juin 2018. Cela a produit un article de la France Agricole, « L’étude de Séralini sur les maïs OGM invalidée », du 1er juin 2018, et de Contrepoints, « 3 expertises supplémentaires contredisent Séralini sur la nocivité des OGM », du 4 juin 2018. Rien du côté des médias généralistes... en particulier de ceux qui se sont précipités en septembre 2012.

 

L'AFBV publie le 11 juin 2018 un communiqué de presse, « Trois expertises française et européennes invalident les résultats et conclusions de l’étude de GE Séralini sur les maïs OGM » :

 

« 1- Les résultats de ces programmes de recherche confirment l’absence d’effets sur la santé des maïs porteurs de MON 810 et NK 603 dans les études à 90 jours. Cette absence d’effets avait déjà été observée dans les études antérieures et prises en compte dans les évaluations faites par l’EFSA.

 

2)- Les études à long terme (un an et deux ans), ne mettent en évidence aucun effet toxique des maïs analysés et n’apportent rien de plus que les études à 90 jours, comme l’avaient prévu les toxicologues.

 

Ainsi, l’AFBV constate que ces nouvelles études réfutent les principales conclusions tirées des études de GE Séralini sur la toxicité des maïs « OGM » analysés : aucun risque potentiel n’a été identifié. En outre, elles contredisent ses propositions sur la nécessité de réaliser les études long terme.

 

Pour l’AFBV, il est donc important que les consommateurs européens soient maintenant informés des résultats de ces études qui devraient les rassurer sur la qualité pour leur santé des plantes génétiquement modifiées autorisées à la commercialisation et sur la procédure d’évaluation européenne, déjà la plus rigoureuse du monde. »

 

Cent cinquante journalistes et 200 parlementaires contactés... aucune reprise !

 

Challenges titre le 14 juin 2018 : « Les défenseurs des OGM expérimentent les "mute news" »... « Même l'AFP n'a pas voulu passer une ligne », déplore M. Gil Kressman, porte-parole de l'AFBV. Il devait pourtant savoir : l'AFP est loin d'être une agence d'information sur les questions d'OGM et de pesticides.

 

 

Le CRIIGEN réplique

 

L'AFBV ? Vu le contentieux passé, le CRIIGEN ne pouvait que répliquer. C'est « Etude "Séralini 2012" : Comparer ce qui est comparable ! 4 juin 2018 ». Le ton est peu amène, la mise en cause des « lobbies » fuse et le tocsin est sonné en conclusion :

 

« Certains détracteurs de l’étude "Séralini 2012" continuent avec acharnement à discréditer cette étude. Ils oublient avec une mauvaise foi patente de : "Comparer ce qui est comparable" !

 

En effet, les résultats des études GRACE, G-TwYST et OGM90+ ne remettent pas en cause les résultats de l’étude "Séralini 2012" car les protocoles et les objectifs sont trop différents.

 

[…]

 

Une fois de plus les lobbys tentent de détourner le débat face aux risques graves sur la santé publique de produits qui contaminent régulièrement nos écosystèmes et notre alimentation et que l’on retrouve dans le sang et les urines de la population mondiale. »

 

Mais cela n'en touche pas une, ni ne remue l'autre.

 

 

Un coup de gueule de MM. Gérard Kafadaroff et Philippe Joudrier

 

Il y a deux titres – explicites – sur Atlantico : en gros caractères, « OGM poisons… ou sans impact pour la santé ? L’étrange silence médiatique réservé aux 3 contre-expertises réalisées sur les pauvres rats du Professeur Séralini » ; en plus petit (hélas), « Du tsunami médiatique en 2012 à l'omerta en 2018 ».

 

C'était pour le compte du Collectif Science-Technologies-Actions. Extrait :

 

« Les résultats viennent d’être publiés. Sans surprise ils réfutent les principales conclusions de l’étude Séralini : aucun effet toxique sur les rats de laboratoire nourris avec du maïs GM Mon 810 et NK 603 (traité ou pas avec du Roundup®, formulation glyphosate de Monsanto), que ce soit pendant 90 jours ou pendant un à deux ans.

 

Confirmant les avis des toxicologues, les études à long terme réclamées par les lobbies écologistes n’apportent aucun élément supplémentaire par rapport aux études classiques pendant 90 jours.

 

Etonnamment, cette information majeure et positive n’intéresse plus les médias, même ceux qui s’étaient déchaînés en 2012 contre le maïs génétiquement modifié et le glyphosate.

 

Tsunami médiatique en 2012, silence ou omerta en 2018 : un traitement de l’information inquiétant ! »

 

 
Enfin...

 

C'est finalement le Figaro qui relève le flambeau le 3 juillet 2018, avec trois articles :

 

 

Le lendemain, M. Patrick Cohen a interrogé le Prof. Bernard Salles, auteur principal d'OGM90, dans « OGM et tumeurs : "On ne peut pas dire que manger du maïs modifié provoque des cancers chez le rat" ». Des propos prudents, mais suffisants.

 

 

La réponse du CRIIGEN a été brève... et menaçante :

 

« Suite à l’article paru le 3 juillet sur le site du figaro.fr  et  intitulé "Lien entre OGM et cancer : l'étude était fausse", nous insistons sur le contenu du communiqué de presse du CRIIGEN du 04/06/2018, qui soulignait que les études GRACE, G-TwYST et OGM90+ ne sont pas de nature à infirmer et à confirmer les résultats de l'étude "Séralini" car les protocoles et les objectifs sont différents !

 

Il est également utile de préciser que l’étude du professeur G.E. Séralini et al ne visait en aucune manière à faire le lien entre OGM et cancer et que le titre de l’article de Cécile Thibert est fallacieux à cet égard.

 

Par ailleurs, les termes de l’article intitulé "OGM : une manipulation scientifico-médiatique soigneusement préparée" de Cyrille Vanlerberghe  sont diffamatoires et inacceptables. Nous vous rappelons l’arrêt définitif de la Cour d’Appel de Paris du 06/11/2015 qui a condamné le journaliste Jean-Claude Jaillette et le journal Marianne pour des propos similaires à l’encontre du Pr. Séralini. »

 

Il y aura deux articles donnant la parole à M. Séralini. Mais ce sera pour un autre billet.

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