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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les sentiments anti-OGM n'empêcheront pas les cultures GM selon un régulateur nigérian

15 Juillet 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

Les sentiments anti-OGM n'empêcheront pas les cultures GM selon un régulateur nigérian

 

Nkechi Isaac

 

 

 

 

 

Le grand patron de la réglementation de la biotechnologie au Nigeria a déclaré que son agence ne se laissera pas intimider par l'activisme anti-OGM qui a pris de l'ampleur alors que deux cultures génétiquement modifiées sont sur le point d'être approuvées.

 

Le Dr Rufus Ebegba, directeur général de l'Agence Nationale pour le Développement de la Biosécurité (NBMA), a déclaré que son agence ne sera pas victime d'intimidations ou de chantages sur la base de sentiments, de spéculations ou de rumeurs qui ne sont pas étayés par des preuves scientifiques et des faits tangibles et vérifiables.

 

Ebegba, s'exprimant dans un entretien exclusif avec l'Alliance pour la Science, a répondu à un article récent du journal nigérian Leadership. Écrit par Chika Okeke, il était criblé d'erreurs scandaleuses et de faussetés qui présentaient une image totalement déformée des OGM. [Ma note : cet article est ici, et il est effectivement gratiné ; la réponse du Dr Ebegba est ici.]

 

En dépit des sentiments exprimés par certaines personnes, le Nigeria est sur le point de rejoindre la ligue des nations qui bénéficient actuellement de l'utilisation des fruits de la biotechnologie moderne, a déclaré Ebegba.

 

Ses remarques ont été faites alors que le Nigeria se prépare à commercialiser ses premières cultures génétiquement modifiées : le niébé et le cotonnier qui comprennent un gène de Bacillus thuringiensis (Bt), une bactérie du sol couramment utilisée dans la lutte biologique contre les ravageurs. Les cultures Bt permettent aux agriculteurs de réduire l'utilisation de pesticides, car elles sont intrinsèquement résistantes à des insectes destructeurs, tels que la pyrale des gousses (Maruca vitrata) et le ver de la capsule qui se nourrissent respectivement sur le niébé et le cotonnier.

 

Le chef Daniel Okafor, vice-président de l'Association des Agriculteurs du Nigeria (AFAN), a déclaré que les agriculteurs nigérians attendaient avec impatience la commercialisation des plantes Bt afin de pouvoir bénéficier des mêmes avantages que les autres agriculteurs du monde entier. Décrivant la biotechnologie comme ayant le potentiel de sortir les agriculteurs de la pauvreté, il a déclaré qu'aucune technologie apportant des solutions aux nombreux défis auxquels les agriculteurs sont confrontés ne doit être ignorée.

 

Selon le professeur Mahammad Ishiyaku, chercheur principal du projet du niébé Bt au Nigeria à l'Institut de Recherche Agricole (IAR) de Zaria, le niébé Bt pourrait aider le Nigeria à économiser environ 16 milliards de nairas [37 millions d'euros] par an grâce à la réduction des besoins en traitements insecticides.

 

« En essayant de faire face à l'infestation de Maruca, les agriculteurs sont forcés d'utiliser de fortes doses d'insecticides, qui sont coûteuses et présentent de nombreux inconvénients. » L'utilisation intensive des insecticides est associée à la mort, la maladie, l'invalidité et les problèmes environnementaux, a-t-il noté. Elle mobilise également de précieuses réserves de change, crée des difficultés financières pour les petits exploitants pauvres en ressources et tue les organismes utiles.

 

« Mais les essais sur le niébé Bt ont montré une réduction significative des besoins en pulvérisation d'insecticides, de huit traitements à au plus deux ou trois », a déclaré Ishiyaku. « C'est énorme. »

 

Ebegba a offert des garanties sur la sécurité des plantes génétiquement modifiées et l'intégrité du processus d'examen biotechnologique national. « La NBMA est une agence de réglementation de la biotechnologie très bien cotée dans le monde, et parmi les meilleures en Afrique », a-t-il déclaré. « Nous possédons l'un des laboratoires les plus avancés pour la détection et l'analyse des OGM. Et nous avons aussi quelques-uns des membres du personnel les mieux formés dans le monde entier. En matière de prévention des risques biotechnologiques, l'agence est pleinement préparée à faire en sorte que les Nigérians et l'environnement soient protégés. »

 

Ebegba a également précisé la différence entre les fruits hybrides qui sont actuellement sur le marché et les plantes génétiquement modifiées.

 

« Il y a des allégations selon lesquelles les mangues, les oranges, les asimines et les pastèque de grande taille sont des produits de la modification génétique, et qu'elles sont liées à une augmentation du cancer, de l'autisme et d'autres maladies étranges. Ces allégations viennent clairement de gens ignorants qui se spécialisent dans le commerce du mensonge et des idées fausses, et suscitent des peurs injustifiées dans le public », a-t-il dit, notant qu'il n'existe pas de mangues, oranges ou melons GM dans le monde. « Ces gens qui profèrent de telles allégations ne sont pas des scientifiques. Ils sont clairement malveillants parce que nous sommes l'agence responsable de l'octroi de permis pour tout produit génétiquement modifié qui entre dans le pays. Il devrait y avoir une distinction claire entre les hybrides et les produits génétiquement modifiés. Ces gros fruits sont cultivés par des moyens conventionnels. »

 

M. Ebegba a assuré aux Nigérians que son agence était tout à fait prête à réglementer l'application de la biotechnologie dans le pays. La NBMA n'autoriserait jamais l'introduction de produits nocifs dans le pays, a-t-il dit, et elle veillera à ce que la pratique de la biotechnologie soit holistique et menée de manière à ne pas nuire à la santé humaine ou environnementale.

 

Le Dr Rose Gidado, coordonnatrice nationale du Nigeria pour le Forum Ouvert sur la Biotechnologie Agricole (OFAB) en Afrique, a déclaré que la commercialisation du niébé Bt contribuerait à une réduction du déficit de la nation en termes de production de cultures vivrières de base.

 

« Actuellement, nous ne produisons pas assez pour nourrir la nation à cause de la pyrale des gousses qui endommage les gousses de niébé au champ », a déclaré Gidado. En cas d'infestation sévère, les agriculteurs peuvent subir des pertes de rendement d'environ 80 pour cent, a-t-elle ajouté. En conséquence, le Nigeria connaît un déficit annuel de plus de 500.000 tonnes de niébé, ce qui représente environ 16 milliards de naira [37 millions d'euros] par an.

 

« Cependant, des études ont montré que le niébé Bt peut réduire drastiquement l'utilisation de pesticides et augmenter les rendements jusqu'à 20%, ce qui représente 48 milliards de naira [111 millions d'euros] par an au prix de 120 000 naira la tonne », a-t-elle déclaré.

 

Gidado a également exprimé son optimisme sur le fait que le cotonnier Bt est la clé de la relance de l'industrie textile nationale, qui était le plus grand employeur du pays dans les années 1990. Mais l'industrie s'est effondrée parce que beaucoup d'entreprises textiles ont été incapables d'atteindre le seuil de rentabilité, en grande partie à cause des infestations de vers de la capsule. « Le cotonnier Bt s'attaque à ce même défi et une fois commercialisé, nous envisageons une relance de l'industrie », a-t-elle déclaré.

 

Ebegba a noté que la NBMA suit tous les produits GM importés vendus dans les grandes surfaces du pays, affirmant que les produits ont été testés et certifiés sûrs pour le pays. « Les produits génétiquement modifiés ont été consommés dans le monde entier depuis plus de 20 ans et aucun cas de dommage lié à la consommation de produits génétiquement modifiés n'a été signalé dans le monde. Nous avons des organisations réputées comme l'UE, l'OMS, la FAO et l'ISAAA qui accordent leur confiance à la biotechnologie, mais en tant qu'organisme de réglementation, il nous reste à vérifier les produits GM importés dans le pays pour nous assurer qu'ils sont sûrs pour notre populations et notre environnement. »

 

M. Ebegba a développé le processus d'examen des cultures génétiquement modifiées par l'agence, affirmant que les demandes sont rigoureusement examinées avant même d'être approuvées pour des essais sur le terrain. Les demandes pour mener des essais sur le terrain sont examinées par deux comités indépendants : le Comité National de Biosécurité, qui comprend des experts, et le Sous-comité Technique National de Biosécurité, composé d'experts indépendants issus des ministères, départements et agences gouvernementaux, ainsi que des instituts de recherche et des ONG.

 

« C'est un processus rigoureux pour s'assurer que les Nigérians ne soient exposés à aucune forme de danger », a-t-il dit.

 

________________

 

Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/05/nigerian-regulator-says-anti-gmo-sentiments-wont-stop-gm-crops/

 

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