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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L’EFSA ne trouve pas matière à réévaluer le dioxyde de titane, mais il faudra quand même l’interdire en France

10 Juillet 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Albert Amgar, #Alimentation, #Politique, #EFSA, #Santé publique

L’EFSA ne trouve pas matière à réévaluer le dioxyde de titane, mais il faudra quand même l’interdire en France

 

Albert Amgar*

 

 

En avril 2018, selon un communiqué de la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances :

 

La secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, a présidé une table ronde réunissant les professionnels, mardi 10 avril, sur la présence de nanoparticules dans les produits alimentaires.

 

[...] Les premiers résultats de l’enquête de la DGCCRF relative à la vérification du respect de cette obligation ont été présentés lors du dernier Conseil national de la consommation en janvier 2018. Ils ont mis en évidence la présence de nanoparticules dans 39% des 74 produits alimentaires (confiseries, décorations pour pâtisseries, épices, …) analysés sans que leur étiquetage ne le mentionne.

 

[...] La DGCCRF (1, 2 et 3) continuera à informer de manière transparente et régulière sur son action et, ainsi, présentera un nouveau bilan de ses contrôles au cours des prochains mois. La ministre a en outre souligné le caractère novateur des contrôles menés par la France et rappelé l’utilité d’une démarche coordonnée de contrôles au niveau communautaire. Elle a précisé être par ailleurs attentive aux travaux des agences sanitaires françaises et européennes relatifs à l’évaluation de l’impact des nanomatériaux sur la santé humaine. Enfin, elle a rappelé les démarches engagées par les autorités françaises auprès de la Commission européenne pour partager les résultats des contrôles opérés par la DGCCRF, et pour demander des mesures de sauvegarde de la part de la Commission européenne dans l’attente d’une réévaluation par l’Agence européenne de sécurité des aliments des risques du TiO2 en tant qu’additif alimentaire.

 

Nous y sommes et l’EFSA a donc présenté le 26 juin 2018 une « Evaluation of four new studies on the potential toxicity of titanium dioxide used as a food additive (E 171) ».

 

Que dit cette évaluation ?

 

Pour faire court, cela donne, selon Food Navigator.com du 6 juillet 2018,

 

La Commission européenne avait demandé à l'EFSA de publier un avis sur les études qui mettent en doute la sécurité de l'additif dioxyde de titane et de ses particules nanométriques, et de conseiller si les études méritent de « rouvrir » l'opinion existante.

 

Après avoir évalué les études, le groupe de l'EFSA a interrogé les auteurs sur d’éventuelles lacunes et leurs réponses peuvent être lues dans l'avis.

 

[...]

 

« Dans son ensemble, le groupe scientifique a conclu que les résultats des quatre études ne justifiaient pas la réouverture de l'avis existant de l'EFSA concernant la sécurité du TiO2 (E 171) en tant qu'additif alimentaire », peut-on lire dans l'avis.

 

Fermez le ban donc… pas tout à fait, selon des associations de consommateurs… car Food Navigator rapporte :

 

Cependant, la responsable de la réglementation sur les aliments du BEUC, bureau européen des associations de consommateurs, Camille Perrin, a remis en question la conclusion de l'autorité de sécurité des aliments, en particulier à la lumière de son propre avis sur le dioxyde de titane.

 

« Alors que [cet avis] n'a pas éveillé de craintes, il a néanmoins mis en évidence certaines lacunes dans les données qui entravent la réévaluation de la sécurité du E171. Depuis lors, la Commission a demandé à l'industrie de fournir des informations sur la taille des particules et la distribution granulométrique du dioxyde de titane, en raison de l'impact toxicologique potentiel. »

 

Perrin a dit que les analyses de l’association française de consommateurs, UFC-Que Choisir et d'autres ONG ont révélé la présence sur le marché français d'aliments populaires, tels que des bonbons et des gâteaux, contenant des nanoparticules non déclarées sur l’étiquetage de E171.

 

« Cela a été confirmé par les contrôles officiels par la DGCCRF, qui ont rappelé aux fabricants de produits alimentaires leur obligation de respecter les règles de l'UE en matière d'étiquetage des aliments pour étiqueter les nanomatériaux dans leurs produits. »

 

« Tant que des incertitudes subsistent sur la sécurité du dioxyde de titane, cet additif ne devrait plus être utilisé dans nos aliments, d'autant plus qu'il sert principalement à des fins esthétiques. Nous félicitons le gouvernement français d'avoir proposé une mesure dans ce sens, qui va bientôt devenir loi. »

 

Perrin a félicité les fabricants français de confiseries qui se sont déjà engagés à retirer le E171 de leurs produits d'ici 2020, et a appelé les autres fabricants européens à emboîter le pas. « Si des incertitudes demeurent, il ne devrait pas être utilisé. »

 

Apparemment, si la présence obligatoire d’un étiquetage ne suffit pas ou plus, il faut donc l’interdire !

 

Les fabricants de produits alimentaires soutiennent que les colorants alimentaires alternatifs ayant la même fonctionnalité ne sont pas faciles à trouver.

 

Michelle Maynard, directrice générale de l'Association des additifs alimentaires et des ingrédients (FAIA pour Food Additives and Ingredients Association), a dit à Food Navigator :

 

« Le dioxyde de titane possède des propriétés tout à fait uniques, car son indice de réfraction lui confère un haut niveau d'opacité et de blancheur, que d'autres matériaux n'ont pas. D'autres techniques pour conférer l'opacité et la blancheur des produits alimentaires sont recherchés par les fabricants de produits alimentaires, mais ils ne seront pas aussi techniquement efficaces que le dioxyde de titane. »

 

Dans ce contexte, l’EFSA vient de publier « un nouveau document d’orientation relatif à l’évaluation des dossiers portant sur des applications en nanosciences ou nanotechnologies. Le document fournit des recommandations pratiques sur les types de tests requis et les méthodes de test qui peuvent être appliquées. »

 

Ce document, qui met l'accent sur l'évaluation de la sécurité pour la santé humaine et animale, a fait l'objet d'une consultation publique de trois mois et tient compte de tous les commentaires reçus.

 

Il couvre des domaines tels que les aliments nouveaux, les matériaux en contact avec les aliments, les additifs destinés à l’alimentation humaine ou animale ou encore les pesticides. Il s'adresse à toutes les parties intéressées, en particulier les évaluateurs du risque, les gestionnaires du risque et les pétitionnaires.

 

On lira aussi ce document de juillet 2017 qui résume les travaux présents et futurs de l’Anses. Voir aussi ces articles par mes soins publiés à cette époque, 1 et 2.

 

______________

 

* Albert Amgar a été pendant 21 ans le dirigeant d'une entreprise de services aux entreprises alimentaires ; il n'exerce plus aujourd'hui, car retraité. Au travers de son blog il nous a livré des informations dans le domaine de l’hygiène et de la sécurité des aliments. Désormais, je l'accueille avec plaisir.

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