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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pourquoi le lobby biologique est-il contre les NBT ?

11 Juin 2018 , Rédigé par Seppi

Pourquoi le lobby biologique est-il contre les NBT ?

 

David Zaruk*

 

 

Il y a eu un bref moment en 2015 où les chercheurs en agriculture biologique discutaient ouvertement de l'adoption de certaines techniques innovantes d'amélioration des plantes (communément appelées « NPBT » ou « NBT » – new (plant) breeding techniques). Puis, très rapidement, la frange radicale du lobby du bio (de l'IFOAMFédération Internationale des Mouvements d'Agriculture Biologique – à l'OCA – Organic Consumers Association états-unienne) a mis fin à la discussion par un rejet catégorique, en les appelant : « OGM par la porte dérobée ».

 

Avec le label « New GM » ou « OGM 2.0 », les militants n'ont (intentionnellement) pas compris comment fonctionnaient les nouvelles technologies. Certaines techniques d'amélioration comme l'édition de gènes par CRISPR/Cas9, la cisgenèse ou la mutagenèse loco-spécifique n'ajoutent pas nécessairement d'ADN étranger dans l'organisme. Ce rejet généralisé par les activistes a été une erreur monumentale, et elle porte peut-être un coup fatal aux espoirs que les agriculteurs biologiques pourraient un jour rivaliser avec l'agriculture conventionnelle.

 

Pourquoi diable ont-ils tiré dans le pied de leurs agriculteurs ?

 

 

Les zélotes montent au front

 

Le lobby des produits biologiques est un grand ensemble, mais la faction anti-industrie et pro-étiquetage a la voix la plus forte (et les poches les plus profondes). Un rapport de 2016 de Corporate Europe Observatory (CEO), « Biotech lobby’s push for new GMOs to escape regulation » (la pression du lobby des biotech pour faire échapper les nouveaux OGM à la réglementation), résume la folie du rejet par les bioradicaux des techniques de sélection innovantes, en mettant l'accent sur :

 

  • Big Biotech. Ils voient le développement des nouvelles technologies comme une nouvelle domination de l'industrie sur les agriculteurs et les consommateurs. Le bio est perçu comme petit et traditionnel, de sorte que la perspective de voir des brevets de Big Biotech sur les agriculteurs biologiques heurte leurs concepts de marketing. Les activistes n'ont, semble-t-il, pas remarqué le faible coût de ces nouvelles technologies, ni que des chercheurs africains les utilisent pour résoudre par eux-mêmes de sérieux problèmes.

 

  • Non-transparence. Les activistes craignent que certaines innovations végétales puissent être introduites sans autorisation réglementaire ou qu'elles puissent être indétectables. La demande de les faire traiter en Europe comme des OGM est de faire en sorte que les nouveaux développements en matière de semences se perdent dans les hautes herbes du champ de mines des interminables procédures d'approbation de l'UE.

 

  • Non naturalité. Peu importe qu'une plante nouvellement créée ait le même ADN que les plantes traditionnelles. Les militants rejetteront ce qui ne vient pas d'une graine « naturelle », ou n'a pas été créé par des processus conventionnels (naturels ?). Maintenant, cela peut sembler absurde (franchement, c'est le cas), mais le culte activiste croit que tout ce que fait l'homme (la science) finira par mal finir.

 

 

La stratégie des activistes

 

Le rapport du CEO et le document de position de l'IFOAM sur les NBT de 2015 ont été très utiles pour comprendre la stratégie militante. Tout d'abord, toutes les technologies innovantes de sélection ont été regroupées sous le même label comme des NBT ; donc si une technique de sélection implique l'apport d'un gène étranger, alors tout sera classé comme « OGM 2.0 ». Une fois ce lien établi, ils insistent pour que l'Union Européenne considère tous les enregistrements de semences issues de technologies de sélection innovantes dans le cadre du régime de réglementation des OGM, en les évaluant non sur la base du produit mais du processus. Ajoutez les campagnes de communication, devenues lassantes mais toujours efficace, de création de peurs, et les activistes peuvent rentrer chez eux assurés que l'UE sera exempte de technologies semencières avancées pendant au moins deux décennies.

 

Plus l'UE leur permettra de jouer à ce jeu, plus les campagnes alarmistes seront faciles. Deux éléments curieux s'ajoutent à la stratégie de lobbying du bio : considérer ces innovations phytogénétiques comme une menace américaine (recycler la rhétorique anti-TTIP) tout en préparant le terrain pour des procès si la Commission Européenne devait adopter une perspective « pro-science ».

 

 

Mon conseil pour les chercheurs

 

Jusqu'à présent, la réponse de la communauté des chercheurs et le plaidoyer de la NBT Platform ont eu peu d'effet et la stratégie n'est pas claire. Je conseillerais ce qui suit :

 

  • Supprimez le sigle NBT. La Commission Européenne ne devrait pas être incitée par les ONG à décider si les sept « nouvelles » techniques sont des équivalents d'OGM car, tout simplement, les sept sont toutes des formes distinctes d'amélioration des plantes. En ne les regroupant pas dans un seul ensemble, certaines techniques pourraient alors très bien fonctionner pour le développement de semences biologiques (que la faction des zélotes le veuille ou non).

 

  • Impliquez la chaîne alimentaire. Les fabricants d'aliments en aval doivent être sensibilisés et encouragés à (enfin) participer à ce débat. Les avantages potentiels de ces formes innovantes d'amélioration des plantes dans la chaîne alimentaire sont énormes – les producteurs d'aliments ne peuvent pas continuer à garder le silence et laisser les partisans de la peur dicter leurs stratégies alimentaires.

 

  • Réveillez les agriculteurs biologiques. Une fois de plus, les jusqu'au-boutistes qui dirigent le lobby du biobusiness mènent les agriculteurs dans la voie sans issue d'une productivité plus faible et de semences de moins bonne qualité. Les agriculteurs biologiques doivent épurer leur mouvement et écarter les jardiniers radicaux.

 

  • Soulignez les merveilles et les avantages des progrès de la recherche génétique. Nous sommes curieux et positifs vis-à-vis de la génomique dans le domaine de la santé et nous serions également ouverts à ces mêmes innovations dans les technologies semencières à condition que les éléments suivants soient largement compris :

     

  • Que les avantages sont clairs, bienvenus et résolvent des problèmes critiques (en particulier dans les pays en développement)

     

  • Que les technologies sont bon marché, accessibles et qu'une grande partie de la recherche se fait dans les universités

     

  • Que les chercheurs sont des individus qui s'efforcent de découvrir, améliorer et faire progresser l'agriculture.

 

La fenêtre de tir peut ne pas rester ouverte beaucoup plus longtemps pour raconter ce récit à un public ouvert et curieux.

 

En effet, que de petites organisations ou des chercheurs du secteur public produisent des plantes bénéfiques similaires aux variétés traditionnelles qui réduisent les pesticides et améliorent l'agriculture, est un récit que les activistes du lobby du bio ne veulent pas voir racontée au grand public.

 

C'est peut-être la raison principale pour laquelle les activistes s'opposent à la nouvelle génération d'amélioration des plantes.

 

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur Twitter et la page Facebook de Risk-Monger.

 

Source : http://european-seed.com/risk-corner-organic-lobby-nbts/

 

 

 

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fm06 12/06/2018 17:52

Merci pour cette traduction. Je trouve que les articles de David Zaruck sont toujours instructifs :-)

Seppi 26/06/2018 18:34

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

C'est bien pour ça que je traduis !