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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Monsanto Papers » : qu'est-ce qu'on se marre !

6 Juin 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Article scientifique

« Monsanto Papers » : qu'est-ce qu'on se marre !

 

 

 

 

 

 

M. Stéphane Foucart – lauréat avec Mme Stéphane Horel du Grand Prix Varenne 2017 et du Prix européen du journalisme d’enquête 2018 décernés par des jurys comprenant chacun un membre de la rédaction du... Monde (nooon... il n'y a pas de conflits d'intérêts...) pour les inoubliables papiers sur les Monsanto Papers » – a produit un gazouillis remarqué (ci-dessus).

 

 

« ...révélé » ? Merci l'USRTK...

 

 

« Ceux qui ont dénigré notre travail sur les Monsanto Papers devraient maintenant se frotter à la littérature revue par les pairs »

 

Un tel défi ne se refuse pas...

 

Nous nous sommes donc procuré « The Monsanto Papers: Poisoning the Scientific Well » (les Monsanto Papers : empoisonner le puits scientifique) de M. Leemon B. McHenry, du Département de Philosophie de l'Université d'État de Californie). Article publié, derrière un péage, dans The International Journal of Risk & Safety in Medicine.

 

 

Une conclusion préconçue...

 

En voici le résumé :

 

« OBJECTIF : Examen des documents de Monsanto déclassifiés dans le cadre d'un litige afin d'exposer l'impact des efforts de la société pour influencer le compte rendu d'études scientifiques liées à la sécurité de l'herbicide, le glyphosate.

 

MÉTHODES : Un ensemble de 141 documents récemment déclassifiés, rendus publics au cours d'un litige en matière délictuelle toxique en instance, In Re Roundup Products Liability Litigation ont été examinés.

 

RÉSULTATS : Les documents révèlent la rédaction par des nègres [ghostwriting] parrainée par Monsanto d'articles publiés dans des revues de toxicologie et les médias généralistes, l'interférence dans le processus d'examen par les pairs, l'influence dans les coulisses sur la rétraction et la création d'un soi-disant site Web académique comme une vitrine pour la défense des produits Monsanto.

 

CONCLUSION : L'utilisation d'universitaires tiers dans la défense entrepreneuriale du glyphosate révèle que cette pratique s'étend au-delà de la corruption de la médecine et persiste malgré les efforts pour imposer la transparence dans la manipulation de l'industrie. »

 

C'est traduit selon l'adage (version grossière) « shit in, shit out ». Mais hourra ! Tout y est ! Un éminent professeur d'une prestigieuse université nous présente les mêmes conclusions que celles des éminents journalistes que sont nos deux Stéphane primés. N'est-ce pas merveilleux ?

 

 

...d'un auteur affligé d'un énorme conflit d'intérêts

 

Mais il y a des tics de lecture comme... commencer par la fin. Les références sont souvent instructives. Et il y a ceci :

 

« Conflit d'intérêts

 

L'auteur est un consultant de recherche du cabinet Baum, Hedlund, Aristei & Goldman depuis 2003, période durant laquelle il a enquêté sur neuf cas de méconduite scientifique impliquant le recours à des auteurs à gages. »

 

Baum, etc. ? Bon sang, mais c'est bien sûr ! C'est un des cabinets d'avocats impliqués dans les procédures engagées contre Monsanto.

 

M. McHenry est donc un auteur à gage d'un des cabinets prédateurs !

 

 
D'autres « curiosités »

 

Il y a aussi de curieux remerciements :

 

«  L'auteur remercie Ronald Goldman, Esq., Christine Holmgren, Esq., Michael Baum, Esq. et Pedram Esfandiary, Esq. pour un examen juridique et des suggestions stylistiques sur un projet antérieur et cinq pairs évaluateurs anonymes d'un examen précédent pour d'autres suggestions. Les opinions exprimées ici sont celles du seul auteur et non celles d'une autre personne, entreprise ou entité. Aucun financement n'a soutenu la préparation de ce manuscrit. Cette étude est limitée par les contraintes imposées par une ordonnance de protection et fait donc état d'un sous-ensemble de documents qui ont été désignés comme non confidentiels dans la procédure. »

 

« Esq. » (« Esquire », en français « écuyer ») est un titre conventionnellement employé aux États-Unis par les avocats. Ici, ils sont de Baum, etc. et, au moins pour certains, impliqués dans le dossier.

 

Mais, croix de bois, croix de fer, les opinions sont exclusivement celles de l'auteur. On le croit sur parole... après tout, il est philosophe et non, par exemple, avocat (une profession pour laquelle j'ai un grand respect).

 

La phrase relative au financement est aussi curieuse : il n'y a pas eu de financement pour « la préparation du manuscrit ». Oui, et pour la suite ?

 

Quant aux « contraintes imposées par une ordonnance de protection », on peut aussi s'étonner : l'auteur a cité ou s'est référé à des documents ainsi protégés...

 

 

Un article évalué par les pairs ? Vraiment ?

 

Tout aussi curieuse est la référence à des « évaluateurs anonymes d'un examen précédent ». La réponse nous est aussi venue par un gazouillis de M. Foucart, qui en a relayé un de M. Gary Ruskin, de l'USRTK (le monde est petit...).

 

 

 

 

M. McHenry a donc mis en ligne une lettre ouverte au groupe Taylor & Francis. En bref, il a soumis son manuscrit à T & F qui l'a fait évaluer par des pairs et l'a accepté dans un premier temps (selon M. McHenry), puis mis en attente pour un contrôle des « meilleures pratiques ». M. McHenry a donc repris son manuscrit quelque temps plus tard, l'a soumis au IJR&SM qui a accepté – en une semaine – de le publier sur la base de l'évaluation par les pairs de T & F.

 

Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Peut-être un fameux article agrémenté de photos de rats affligés de tumeurs énormes, rétracté par Food and Chemical Toxicology et republié par Environmental Sciences Europe sans nouvel examen...

 

 
L'éditeur suspecté/accusé de mauvais comportement

 

Or, en retravaillant sa liste de références, M. McHenry se serait aperçu que trois des articles incriminés comme portant le sceau de Monsanto avaient été publiés par le groupe T & F dans Critical Reviews in Toxicology... Et voguent les supputations de mauvaises pratiques et la théorie du complot.

 

 

 

 

La chronologie des événements allégués a aussi de quoi surprendre. M. McHenry, qui est philosophe et non mathématicien, a dû compter en semaines des quatre jeudis pour faire entrer sa saga dans une période de quatre semaines de 7 jours et deux jours ouvrables.

 

 

Nouveau tour de piste pour vieilles balivernes

 

Quant au fond, rien de bien nouveau : la conclusion est écrite en premier et les faits à l'appui sont sélectionnés ensuite, le cas échéant tordus pour qu'ils étayent la thèse.

 

Prenons l'exemple de la rétraction du fameux article de Séralini et al. – dont on reparlera certainement puisqu'il vient d'être contredit par trois études de grande envergure.

 

C'est sous le titre « Interférences de Monsanto dans la revue par les pairs et la rétraction de Séralini et al. » Mais attention, les « interférences […] dans la revue » ne portent pas sur l'affaire Séralini. Notez : l'auteur est philosophe... ce n'est pas la précision scientifique.

 

Il commence donc par raconter l'histoire d'un autre article – – pour lequel un toxicologiste de Monsanto a été prié – notez : par l'éditeur – de produire une évaluation. Son crime : avoir transmis le manuscrit à deux collègues pour recueillir leurs avis ! Et signé l'évaluation dont M. McHenry dit qu'elle a « apparemment été écrite à gages [ghostwritten] par deux autres. »

 

« ...apparemment... » ? Il n'en a aucune preuve. Mais l'écriture pour le compte de tiers est manifestement son obsession.

 

Quant à l'« affaire Séralini », rien de neuf non plus. Un employé de Monsanto contacte un chercheur susceptible d'écrire un commentaire... c'est une interférence. Monsanto ne doit pas apparaître comme l'instigateur de commentaires... c'est un complot.

 

 

Quand les faits dérangent...

 

En interne, des employés de Monsanto ont utilisé à plusieurs reprises le mot « ghostwrite ». C'est le cas de M. David Saltmiras qui écrit le 4 août 2015 dans son rapport d'activités : « ghost wrote cancer review paper Greim et al. (2015) ». Ha, ha ! C'est un aveu, une preuve...

 

L'article dont il s'agit est :

 

Greim, H., Saltmiras, D., Mostert, V., Strupp, C. (2015). Evaluation of carcinogenic potential of the herbicide glyphosate, drawing on tumor incidence data from fourteen chronic/carcinogenicity rodent studies. Critical Reviews in Toxicology, 45(3): 185-208.

 

M. Saltmiras apparaît en deuxième position comme auteur... Fâcheux !

 

Mais la paranoïa – ou la mauvaise foi – n'est jamais à court d'expédients. M. McHenry écrit donc :

 

« […] Mais comme Saltmiras est le deuxième auteur de cet article publié, on ne sait pas très bien comment il utilise le terme "ghost wrote". Si le plan tel qu'expliqué dans le courriel de Heydens a également été appliqué dans ce document, c'est-à-dire que Greim et d'autres nommés comme "auteurs" ne feraient "qu'éditer et apposer leurs noms" [18], alors le terme plus précis pour décrire leur rôle serait "auteurs honoraires" et le rôle de Saltmiras, en organisant leur participation, "gestionnaire des fantômes" du projet. »

 

Et ce genre de divagations se retrouve dans une revue scientifique... Et un journaliste du Monde les prend à témoin pour la qualité de son propre travail.

 

 

Oui, le « ghostwriting » est un sérieux problème

 

Et nous, en fait, on ne se marre pas au bout du compte : il y a de sérieux problèmes dans la littérature scientifique et les médias.

 

Le « ghostwriting » est un sérieux problème, sous toutes ses formes. Il n'en demeure pas moins qu'au bout du compte, ce qui importe, c'est la qualité de l'information scientifique diffusée. À cet égard, l'article de M. McHenry brille par sa carence (mais il évoque les « démérites de l'étude de Séralini et al.) ».

 

L'intérêt de M. McHenry pour l'éthique des publications scientifiques dans le domaine médical et l'influence, prétendument corruptrice de l'industrie pharmaceutique et maintenant dans le dossier glyphosate n'est pas que philosophique, mais aussi lucratif.

 

Quand on a été consultant chercheur pour un cabinet d'avocats prédateurs depuis 15 ans et qu'on a contribué à neuf dossiers, il est difficile de ne pas voir des fantômes derrière « The Monsanto Papers: Poisoning the Scientific Well » : ceux du cabinet Baum, etc.

 

Que M. McHenry ait écrit l'article de sa main, qu'il n'ait eu que des avis et conseils des avocats de Baum, etc. – comment se comparent-ils du reste à ceux des employés de Monsanto qui ont contribué à des articles ? –, qu'il n'y ait eu aucun financement pour « la préparation du manuscrit », ne change rien à un constat implacable : cet article est une forme de ghostwriting pour le compte de Baum, etc. C'est un article destiné à alimenter leur dossier et faire avancer leur cause.

 

M. McHenry a écrit au groupe Taylor & Francis

 

« Le ghostwriting est un problème sérieux parce que c'est l'attribution malhonnête de l'origine du manuscrit, cela masque les objectifs de marketing et de relations publiques des entreprises à but lucratif comme de la science, dissimule les conflits d'intérêts des "auteurs" nommés sur les manuscrits et, surtout, déforme les résultats des tests scientifiques. »

 

Hep ! Leemon ! T'as pas un miroir ?

 

 

 

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J
L'auteur de l'article ce fameux Seppi devrait nous parler du fond.Un peu plus de courage,un peu plus d'honnêteté intellectuelle.
Répondre
S
L'auteur de l'article ce fameux Seppi a écrit abondamment sur le fond. Yaka chercher sur le blog et ailleurs, et lire.
B
La seule question que l'on se pose en lisant cet article et bien d'autres est "Mais qui est donc Seppi"<br /> <br /> La science finit toujours par passer et quand elle passe les vieux papiers douteux trépassent.
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Pour savoir qui est Seppi, lisez le tout premier article.<br /> <br /> Quant à votre optimisme, j'aimerais bien le partager. A l'époque d'Internet et des réseaux sociaux, cela devient de plus en plus difficile.