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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les révisions proposées au projet de loi sur la biosécurité de l'Ouganda nuisent aux petits agriculteurs

29 Juin 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

Les révisions proposées au projet de loi sur la biosécurité de l'Ouganda nuisent aux petits agriculteurs

 

Isaac Ongu*

 

 

 

 

 

Bien que les activistes anti-OGM de l'Ouganda affirment depuis longtemps qu'ils soutiennent les petits agriculteurs, ils ont demandé que des révisions soient apportées au projet de loi sur la biosécurité du pays qui cible précisément ce groupe.

 

Les sentiments des groupes anti-OGM de l'Ouganda sont fortement reflétés dans les recommandations du comité législatif visant à modifier le projet de loi sur la biosécurité approuvé par le Parlement en octobre dernier, mais renvoyé en décembre avec des questions que le président Museveni estimait devoir être abordées.

 

L'enjeu est maintenant une clause qui propose des zones d'isolement autour des cultures génétiquement modifiées, ce qui empêcherait la plupart des agriculteurs ougandais de tirer parti des variétés améliorées. Environ 77 % de la population vit dans des zones rurales, possédant de petites parcelles et pratiquant une agriculture de subsistance. Beaucoup d'entre eux vivent dans la pauvreté, selon le résumé statistique 2017 du Bureau National des Statistiques de l'Ouganda, et l'accès aux semences améliorées pourrait contribuer à améliorer leur niveau de vie.

 

« Les distances d'isolement devraient s'appliquer à ceux qui multiplient ces semences de maïs », a déclaré Ronald Magado, qui dirige l'Association des Agriculteurs du district de Nakasongola. C'est un membre de la Uganda National Farmers Federation, qui comprend 50 groupes d'agriculteurs, dont la plupart produisent du maïs dans le cadre de leur système de culture. « Pour la nourriture et le marché [la production], l'isolement n'est pas nécessaire. La distance de 200 mètres ne peut pas s'appliquer aux petits agriculteurs qui n'ont même pas assez de terres. »

 

Tel qu'il est actuellement rédigé, le projet de loi empêcherait tous les agriculteurs de son organisation, sauf un, de cultiver des plantes génétiquement modifiées. La seule exception serait un agriculteur qui multiplie les semences de maïs pour les entreprises semencières locales.

 

« Nous avons une communauté en habitats dispersés avec une maison entourée de jardins tous les 50-100 mètres », explique Magado. « La distance d'isolement recommandée est pour ceux qui ont de grandes surfaces de terre et cela signifie que nos agriculteurs ne seront pas en mesure de cultiver de telles plantes si une telle réglementation est adoptée par le Parlement. »

 

Jemimah Barisyoy est une agricultrice et un leader communautaire du village de Nalumuli, situé dans le district de Wakiso au centre de l'Ouganda. Elle s'est demandé si la distance d'isolement avait été proposée comme un moyen de susciter la peur à propos des OGM.

 

Barisyoy a déclaré qu'elle et d'autres agriculteurs veulent la liberté de faire leurs propres choix sur la façon de cultiver. Ils cultivent actuellement principalement les variétés Longe 10H et DK (Dekalb). Longe 10H est un hybride de maïs local développé par des sélectionneurs de maïs ougandais à Namulonge, tandis que DK est un hybride de maïs conventionnel de Monsanto importé et vendu sur le marché des semences de l'Ouganda.

 

La plupart des agriculteurs de son village cultivent le maïs sur des parcelles d'une superficie de 10 à 20 ares [1.000 à 2.000 mètres carrés] à proximité de leur habitation. Elle est le plus grand propriétaire foncier avec une parcelle de 1,6 hectare. « Les agriculteurs devraient pouvoir planter librement, sans aucune restriction », a-t-elle estimé. « Sinon, avec de telles restrictions, les agriculteurs auront peur de cultiver des OGM. »

 

 
Proposition de clause de distance d'isolement

 

Le rapport du comité propose qu'« une personne qui s'engage dans une dissémination générale de matériel génétiquement modifié doit prendre des mesures pour assurer la sécurité des humains, de la biodiversité et de l'environnement ». Le rapport recommande les distances d'isolement minimales suivantes entre cultures GM et non GM : 200 mètres pour le maïs ; 100 mètres pour le manioc ; 100 mètres pour le cotonnier ; 10 mètres pour le soja et 10 mètres pour les haricots.

 

Les révisions proposées vont également à l'encontre de la politique agricole de l'Ouganda, qui appelle à passer de l'agriculture de subsistance à l'agriculture commerciale.

 

En essayant d'apaiser les activistes qui cherchent à imposer un monde sans OGM, les membres du comité n'ont pas pris en compte les besoins et les souhaits des petits agriculteurs, majoritaires en Ouganda, qui seront exclus de la culture des OGM parce qu'ils ne possèdent pas suffisamment de terres. Une loi émanant d'un tel processus biaisé et astucieux, qui exclut les plus vulnérables de la société, légalise la plus grande forme d'injustice sociale et doit être combattue et vaincue partout dans le monde.

 

_________________

 

Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/05/proposed-revisions-ugandas-biosafety-bill-harm-smallholder-farmers/

 

 

 

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