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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le bien-être animal et les profits sont-ils bien alignés ?

5 Juin 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Le bien-être animal et les profits sont-ils bien alignés ?

 

Jayson Lusk*

 

 

Récemment, j'ai entendu une affirmation que j'ai entendue à plusieurs reprises au sujet de la production de protéines animales et du bien-être des animaux. C'est quelque chose comme ceci : des animaux plus heureux prennent du poids plus efficacement parce qu'ils ne sont pas stressés par la maladie et l'inconfort. Ainsi, un producteur ne peut pas gagner de l'argent s'il ne prend pas soin de ses animaux, ce qui signifie que la recherche de profit et l'amélioration du bien-être des animaux sont alignés.

 

Il y a un élément de vérité dans ce raisonnement. Mais ce n'est pas toute l'histoire. J'ai examiné cette question dans un article intitulé Animal Welfare Economics (économie du bien-être animal), publié en 2011 avec Bailey Norwood.

 

Voici un paragraphe clé décrivant le problème :

 

« Il est instructif de considérer le compromis entre le bien-être animal, la productivité et la rentabilité en utilisant un exemple simple. Imaginez un producteur d'œufs confronté au problème à court terme de décider du nombre de poules à mettre dans un poulailler avec un espace fixe. Supposons que les arguments des chercheurs en zootechnie soient corrects et que chaque poule ait tendance à produire plus d'œufs quand elle est plus heureuse et moins d'œufs quand elle est plus tristes. Si les poules sont trop nombreuses – par exemple, si étroitement enfermées qu'elles ne peuvent pas bouger ou se retourner – elles seront manifestement malheureuses et improductives. Ainsi, en fournissant un peu plus d'espace par poule, on augmentera à la fois le bien-être et la production. Cependant, à un certain point, il y aura trop d'espace et cela est indésirable du point de vue tant de la production que du bien-être. Une poule isolée est susceptible de se sentir seule (les visiteurs des fermes productrices d'œufs remarqueront que les poules préfèrent souvent se regrouper, même dans un environnement de plein air), et les poulets dépenseront de l'énergie en se déplaçant et seront moins productives que les poules plus étroitement confinées. Bien sûr, la productivité et le bien-être ne sont pas parfaitement alignés et il est probablement vrai que les poules préféreraient plus d'espace que celui qui maximiserait leur production individuelle d'œufs. »

 

Nous décrivons ensuite un exemple numérique montrant que même lorsque le bien-être des animaux et la production animale sont très fortement corrélés, un producteur aura tendance à mettre plus de poules, au-delà de la densité de peuplement qui maximiserait le bien-être des animaux. L'idée principale est que le producteur vise à maximiser le profit du POULAILLER, et non de l'ANIMAL.

 

La figure ci-dessous montre l'exemple particulier que nous avons décrit. Le reste des détails est dans l'article.

 

 

 

Nous avons écrit :

 

« Bien que de nombreux producteurs se soucient passionnément du bien-être des animaux dont ils s'occupent, peu d'entre eux prétendraient que l'objectif de l'agriculture commerciale est de maximiser le bien-être des animaux. Néanmoins, de nombreux membres du milieu agricole veulent faire valoir que les animaux sont les plus heureux lorsque les producteurs sont les plus rentables. Un petit raisonnement économique montre que ce n'est pas le cas. Dans un environnement concurrentiel, les producteurs qui souhaitent rester en affaires sont incités à adopter des systèmes de production et des pratiques qui maximisent les profits, et les résultats de la maximisation des profits ne sont pas les mêmes que les résultats maximisant le bien-être animal. Ainsi, la véritable question d'intérêt n'est pas de savoir si la rentabilité doit être sacrifiée pour atteindre des niveaux plus élevés de bien-être animal, mais plutôt de combien. »

 

________________

 

* Jason Lusk est un économiste de l'agriculture et de l'alimentation. Il est actuellement professeur distingué et chef du Département de l'Économie Agricole de l'Université de Purdue.

 

Source : http://jaysonlusk.com/blog/2018/4/23/are-animal-welfare-and-profits-well-aligned

 

 

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N
> Dans un environnement concurrentiel, les producteurs qui souhaitent rester en affaires sont incités à adopter des systèmes de production et des pratiques qui maximisent les profits, et les résultats de la maximisation des profits ne sont pas les mêmes que les résultats maximisant le bien-être animal.

Effectivement ! Mais le diable est dans le détail et ici, dans le 4eme mot : "concurrentiel". C'est bien pour cela que l'environnement concurrentiel ne peut pas être égal au monde entier, global mais doit être réduit, par les lois, à des environnements économiques optimaux. Par exemple, limités à une zone géographique telle que la zone euro. C'est encore un peu large à mon gout, puisque cette zone n'est pas homogène aux niveaux social et fiscal (et donc la concurrence y est faussée). Avec des lois, qui préservent les agriculteurs d'une zone (concurrentielle), on peut imposer des critères de qualité ou d'élevage et maintenir les profits. CQFD.

Exposés à la dérégulation globale, nos agriculteurs n'ont aucune chance. Aucune. Pas possible de concurrencer les pays sans lois sociales, sans règles sanitaires, sans fiscalité, sans frais de chauffage des batiments d'elevage, ... même avec 12 poules pondeuses par métre carrés.
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