Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'EPA américaine rejette le lobbying des activistes et considère que les néonicotinoïdes ne sont pas la cause principale des problèmes de santé des abeilles

24 Juin 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Néonicotinoïdes, #Politique, #Activisme, #Abeilles

L'EPA américaine rejette le lobbying des activistes et considère que les néonicotinoïdes ne sont pas la cause principale des problèmes de santé des abeilles

 

Henry Miller*

 

 

Dans « L'interdiction des néonicotinoïdes de l'UE est une « fraude scientifique » et ne protégera pas les abeilles », j'ai décrit les nombreux éléments de corruption qui ont mené à l'interdiction récemment annoncée par l'Europe des insecticides néonicotinoïdes (« néonics »), laquelle est fondée sur l'argument fallacieux qu'ils sont responsables de l'effondrement (supposé) des populations d'abeilles. En fait, les populations d'abeilles croissent sur tous les continents habitables du monde, et ce, depuis que les néonics sont apparus sur le marché.

 

Jusqu'à présent, malgré quelques signaux inquiétants de l'EPA, les agriculteurs américains semblent avoir échappé au sort réglementaire de leurs homologues européens. Largement non rapportés par les médias grand public, l'agence a récemment publié des projets d'évaluations finales des néonics qui aboutissent à des conclusions radicalement différentes de celles de l'agence européenne, de l'EFSA.

 

En dépit de quelques problèmes non résolus, le magnum opus de l'EPA – 12 revues distinctes et volumineuses des effets sur les non-pollinisateurs, la santé humaine, l'eau potable et les milieux aquatiques des quatre principaux produits – imidaclopride, clothianidine, thiaméthoxame et dinotéfurane – réaffirme l'importance cruciale des néonics pour l'agriculture américaine et réfute en grande partie les affirmations des militants écologistes. Combiné avec les évaluations positives antérieures sur les abeilles et d'autres pollinisateurs, l'EPA a maintenant délivré aux néonics un certificat de bonne conduite.

 

Comme l'a dit le duc de Wellington à propos de sa victoire sur Napoléon Bonaparte à Waterloo, « c'était de justesse ». Ce n'est pas que la science concernant les abeilles et les néonics était en doute. La campagne visant à interdire les néonics ne portait jamais sur la science et les faits – mais sur la politique. Alors que le système de réglementation des États-Unis comporte plus de garanties structurelles contre les manipulations que celui de l'Europe – qui en est pratiquement dépourvu – il est loin d'être à l'abri des pressions politiques. Au cours de la dernière administration américaine, en particulier, il est apparu trop souvent que les activistes menaient la barque à l'EPA.

 

 

Les activistes menaient la barque

 

Lorsque l'UE a interdit les néonicotinoïdes en 2013, le mouvement environnementaliste a senti l'odeur du sang. Une grande partie de l'argent des activistes utilisé pour promouvoir le faux récit de l'abeille-calypse en Europe a ensuite été redirigé sur les États-Unis. Comme d'habitude, beaucoup dans les médias traditionnels se sont fait les complices dans la propagation de leur récit apocalyptique. L'article principal emblématique du Times, « A World Without Bees » (un monde sans abeilles) était l'un des milliers déclarant que les abeilles étaient en voie d'extinction et que nous allions mourir de faim parce que les abeilles « sont responsables d'un tiers de tout ce que nous mangeons » (cette dernière partie étant une autre fiction, inlassablement répétée).

 

Comme l'EFSA, l'EPA des États-Unis savait très bien que :

 

1) les populations d'abeilles augmentent, et ne chutent pas ;

2) les pesticides dans leur ensemble ne jouent qu'un rôle mineur dans la santé des abeilles ;

3) certains des pesticides les plus problématiques sont ceux utilisés directement dans la ruche par les apiculteurs pour contrôler l'acarien Varroa mortel ;

4) les néonicotinoïdes sont significativement plus bénins que les pesticides plus anciens qu'ils ont remplacés, comme les organophosphorés et les pyréthrinoïdes ; et

5) la cause réelle des problèmes de santé des abeilles est la propagation mondiale des parasites et la myriade de maladies qui infectent actuellement les ruches.

 

Il était cependant clair que de simples faits n'allaient pas avoir beaucoup d'importance. Au moment de l'interdiction de l'UE, le chef du bureau de l'EPA chargé des pesticides, Jim Jones, se plaignait du fait que la pression politique intense exercée sur l'EPA forcerait l'agence à interdire ou à restreindre strictement les néonics dans ce pays. Cette pression n'a fait que s'accentuer lorsque le président Obama a pris un « intérêt personnel » pour les abeilles et a formé un groupe de travail de la Maison-Blanche sur les pollinisateurs.

 

 
L'EPA a cédé à la pression politique de la Maison Blanche

 

Au début, l'EPA a semblé capituler. Les néonics avaient, bien sûr, déjà subi des évaluations rigoureuses avant d'être commercialisés, mais sans aucune justification scientifique, ces tests initiaux étaient maintenant jugés insuffisants, et de nouvelles normes plus strictes ont été mises en place pour une réévaluation accélérée. Puis, l'EPA a publié une étude « d'efficacité » bizarre et sans précédent sur les traitements des semences de soja avec des néonicotinoïdes, étude qui a révélé qu'ils avaient peu d'intérêt pour les agriculteurs.

 

Cette analyse était remarquable à plusieurs titres : l'EPA n'avait jamais mené une telle étude auparavant ; ses auteurs ont négligé de demander leur avis aux producteurs de soja ; et le poids écrasant de la preuve issue d'autres études avait clairement montré des avantages substantiels. En fait, la manipulation des faits et des données par l'EPA était si flagrante que l'USDA a publié une réprimande publique à l'agence ! Qualifiant le rapport d'« incomplet », de « prématuré » et de préjudiciable aux agriculteurs, l'USDA a vivement exhorté l'EPA à le retirer.

 

 

À quoi ressemblent vraiment les champs de canola sans les néonics : la partie à gauche n'a pas été traitée, alors que la droite l'a été. (Crédit : Gregory Sekulic, spécialiste en agronomie du Conseil Canadien du Canola)

 

 

Imperturbable et impénitent, l'EPA a commencé à préparer le terrain pour restreindre ou même interdire l'utilisation des néonicotinoïdes sur les agrumes et le cotonnier, en dépit du fait qu'aucune de ces cultures n'a besoin des abeilles pour la pollinisation. Dans la mesure où les producteurs d'oranges et de coton ne permettent aux apiculteurs de placer des ruches sur leur propriété qu'à bien plaire – des apiculteurs qui peuvent exiger une prime importante pour le miel d'oranger et de fleur de cotonnier –, l'EPA semblait punir les agriculteurs parce qu'ils sont de bons voisins.

 

De plus, aucune de ces cultures ne survivrait sans néonics, comme l'EPA le savait très bien. Les néonics sont la dernière ligne de défense des producteurs d'oranges de Floride contre le psylle asiatique, le vecteur du Citrus greening, une infection incurable qui a déjà réduit la production d'oranges de la Floride de 70 % au cours des 20 dernières années. La perte des néonicotinoïdes serait tout aussi dévastatrice pour le coton ; elle provoquerait l'effondrement de l'industrie et la transformation des communautés qui dépendent du coton dans le sud-est des États-Unis en villes fantômes. Le « Deep State » conspirant pour nuire à l'économie de la nation...

 

Cependant, quelque chose s'est produit sur le chemin de la fête des activistes. Les néonics ont continué à subir avec succès les tests scientifiques doublement rigoureux de l'EPA. Avant même les premières évaluations préliminaires, Reuters a rapporté que le responsable de l'EPA en charge de la réglementation des pesticides admettait que les traitements de semences – qui représentent la majorité des utilisations des néonics – ne constituent pas une menace pour les abeilles.

 

Si le nectar ramené à la ruche par les butineuses présente plus de 25 parties par milliard de produit chimique, « il y a un effet significatif » : moins d'abeilles, moins de miel et « une ruche moins robuste », a déclaré Jim Jones, administrateur assistant chargé de la sécurité et de la prévention de la pollution.

 

Mais si la présence de la substance dans le nectar était inférieure à 25 parties par milliard, c'était comme s'il n'y avait pas d'imidaclopride, sans effets nocifs, a dit Jones. Il a dit qu'il y avait une ligne de démarcation claire entre effets nocifs et pas d'effet, et que les niveaux dépendaient de la culture.

 

Alors que le nectar de cotonnier et d'agrumes était au-dessus des concentrations nocives, les niveaux n'étaient pas nocifs pour le maïs – la culture de loin la plus importante de la nation – la plupart des légumes, les baies et le tabac. Pour d'autres cultures les résultats n'ont pas été concluants et nécessitaient d'autres tests, notamment pour les légumineuses, les melons, les noix et les herbes aromatiques.

 

En outre, la pratique controversée du traitement des semences avec le produit chimique ne semblait pas nuire aux abeilles, a déclaré Jones.

 

Étant donné que les résidus des culture issues de semences traitées avec des néonics tombent bien en dessous de 25 parties par milliard – généralement entre « indétectable » et une teneur à un seul, petit, chiffre – il devenait clair qu'il n'y avait aucune justification scientifique pour une interdiction généralisée.

 

Les récents projets d'évaluations devraient mettre fin aux derniers espoirs que les activistes placent dans des restrictions importantes. Les retournements de situation sur les restrictions des néonicotinoïdes sur le cotonnier et les agrumes reconnaissent l'importance de ces produits chimiques. Et sur le soja, l'EPA a essentiellement publié un mea culpa, en admettant que les traitements de semences sont essentiels à la survie des cultures dans une grande partie des États-Unis.

 

Fait intéressant, l'ARLA du Canada, l'équivalent de l'EPA, a publié une note d'information parallèle en décembre sur son examen tant attendu des risques pour la santé, la sécurité et l'environnement des néonics dans l'agriculture canadienne. Malgré le lobbying intense des militants écologistes de l'Ontario et du Québec pour une interdiction totale des néonicotinoïdes, l'ARLA a conclu qu'aucune mesure supplémentaire n'était justifiée pour faire face à une poignée de risques mineurs et isolés, autre que de prescrire quelques mesures d'atténuation ciblées. Ce sera probablement aussi la conclusion finale de l'EPA pour les quelques problèmes non résolus qui demeurent concernant les oiseaux et les systèmes aquatiques.

 

 

Les néonics sont OK aux États-Unis pour l'instant – mais les écologistes détestent perdre contre la science

 

Pour l'instant, les néonics sont OK aux États-Unis. Mais pour combien de temps ? Au cœur du dysfonctionnement réglementaire de l'Europe se trouve ce que l'on appelle le « principe de précaution » qui, comme je l'ai déjà écrit, n'est ni un principe ni vraiment un principe de précaution. En inscrivant dans la loi l'idée que des menaces hypothétiques (et souvent imaginaires) sont plus importantes que les preuves concrètes, l'UE a fondamentalement abandonné le terrain aux activistes, maîtres de l'hystérie publique face aux crises imminentes, même si, comme l'abeille-calypse, elles sont entièrement fictives.

 

Aux États-Unis, selon la loi, la réglementation de l'EPA doit toujours être fondée sur la science. Malheureusement, les activistes deviennent de plus en plus habiles dans la manipulation du processus, la production de bric-à-brac d'études dignes de la poubelle, la promotion incessante de normes de preuve moins exigeantes (s'appuyant par exemple davantage sur des études épidémiologiques faciles à truquer) et la publication de théories nouvelles sur les dommages environnementaux et biologiques.

 

La réglementation fondée sur la science ne peut résister indéfiniment aux pressions politiques si elles sont assez intenses. Il serait naïf de penser que nous serions là où nous sommes aujourd'hui avec les néonics si l'élection présidentielle de 2016 avait été différente, ou de penser que la politique réglementaire ne pourrait pas se détériorer si les majorités de la Chambre ou du Sénat devaient changer l'année prochaine. Pour le moment, la science est en train de gagner cette bataille, mais le mieux que nous puissions dire à propos de l'avenir, c'est que ce sera « de justesse ».

 

_____________

 

* Henry I. Miller, un médecin et biologiste moléculaire, est Robert Wesson Fellow en philosophie scientifique et politique publique à la Hoover Institution de l'Université Stanford et un ancien administrateur de l'American Council on Science and Health. Il était le directeur fondateur du Bureau de la Biotechnologie à la FDA. Suivez-le sur Twitter @henryimiller

 

Cet article a été publié à l'origine sur Science 2.0 sous le titre « Science Triumphs At The EPA for Now » (ila science triomphe à l'EPA pour le moment).

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2018/06/22/viewpoint-us-epa-rebuffs-activist-lobbying-finds-neonicotinoids-not-key-driver

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Pascal Gombert 30/09/2018 18:17

Vous disiez donc à propos des conclusions scientifiques de l'EPA au sujet des néonicotinoides ? Votre lecture de leurs conclusions me semble un brin... Partisane pour ne pas dire plus...

Seppi 01/10/2018 10:16

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il vous a peut-être échappé que cet article est une traduction du texte d'un autre auteur et que celui-ci y présente des arguments difficilement réfutables.

Pascal Gombert 30/09/2018 18:15

https://www.epa.gov/pollinator-protection/epa-actions-protect-pollinators

Pascal Gombert 30/09/2018 18:05

http://science.sciencemag.org/content/356/6345/1395?utm_source=newsletter_829&utm_medium=email&utm_campaign=18lhb-ndouvtest2-ac

Seppi 01/10/2018 10:12

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je suppose que vous avez lu la publication et que vous pouvez affirmer que l'EPA se trompe.