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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate et vérité : « Remise de médaille à M. Patrick Cohen »

16 Juin 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #Glyphosate (Roundup)

Glyphosate et vérité : « Remise de médaille à M. Patrick Cohen »

 

 

Sur le site Mes Opinions, quelqu'un a lancé une pétition adressée aux responsables de France Télévision (France 5) avec le texte suivant :

 

« "Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire." Albert EINSTEIN

 

Dans l'émission "c'est à vous" sur la 5, le journaliste Patrick COHEN bafoue sa profession et fait de la "Fake News" en déclarant que la Glyphosate est inoffensif !

 

Il est absolument scandaleux qu'un journaliste de presse TV sur le service public, ne fasse pas son travail avec toute la rigueur qu'il se doit.

 

C'est pour quoi nous demandons sa démission immédiate ! »

 

À l'heure où nous écrivons, il y a près de 20.000 signatures et 2.000 « commentaires » – courageusement anonymes comme le furent nombre de signalements aux heures les plus sombres de notre histoire il y a près de 80 ans.

 

Cela a incité un citoyen à poster une contre-pétition que l'on peut lire sans avoir la nausée :

 

« Les faits

 

Aujourd'hui il n'y a pas de preuve de cancérogénicité humaine provoquée par le glyphosate aux doses d'exposition usuelles. Les études épidémiologiques indépendantes effectuées sur des cohortes d'agriculteurs exposés ne montrent pas d'augmentation significative de l'incidence des cancers humains (étude américaine AHS et étude française AGRICAN).

 

Voilà en tout et pour tout ce qu'a rappelé Patrick Cohen devant Yannick Jadot, le mercredi 30 mai sur France 5.

 

Rappeler ce simple fait, qui constitue un large consensus scientifique actuel, est censé être le travail de base d'un journaliste se voulant objectif sur une question touchant à la santé publique. Or ce fait est systématiquement occulté, laissant par défaut se répandre l'idée maintenant solidement ancrée dans les esprits que le glyphosate est un dangereux cancérogène. A tel point qu'oser contredire cette croyance populaire en citant les faits est devenu :

 

  • un réel sujet d'étonnement pour les observateurs avertis, qu'ils soient scientifiques, sceptiques, agriculteurs, etc.

     

  • un sujet d'indignation pour une population désinformée à qui on a martelé depuis des mois que le glyphosate est l'odieux responsable de tous les maux, depuis le cancer jusqu'à la mort des abeilles.

 

M. Cohen a reçu des félicitations méritées d'un grand nombre de personnes, pas seulement pour avoir fait normalement son travail, mais surtout pour avoir eu le courage de ne pas céder à la tendance actuelle de mettre sous le tapis des réalités scientifiques peu populaires.

 

Mais comme on pouvait s'y attendre un bien plus grand nombre de personnes se sont indignées. Une pétition a même été initiée sur ce même site demandant la démission de Patrick Cohen.

 

 

Le problème

 

On peut évidemment être opposé si l'on veut à l'utilisation des pesticides en général et au glyphosate en particulier. On peut même tout à fait s'indigner que l'on soit opposé à son interdiction. Si l'on place de façon claire la question sur les plans politiques et idéologiques, sans invoquer de fallacieux prétextes ni provoquer de peurs infondées, je n'y vois pas d'inconvénient particulier, puisqu'il s'agit d'un légitime débat de société.

 

Mais ce qu'on observe actuellement est différent. Le glyphosate est attaqué en niant les faits mis en évidence par la science. Et comme ces faits dérangent, on attaque la science par la même occasion :

 

  • En accusant systématiquement les scientifiques et agences de santé de collusion avec l'industrie des produits phyto-sanitaire. Si un produit déclaré "dangereux" par la vindicte populaire est au contraire "sûr" pour la science, c'est forcément qu'un lobby a fait pression. C'est oublier un peu vite que la science montre régulièrement la nocivité de certains produits, qui sont alors retirés. Ne faire confiance en la science que lorsque ses conclusions confirment des préjugés démontre que cette position est purement dogmatique et ne cherche aucunement à tenir compte des faits.

     

  • En cherchant à faire taire les voix discordantes. Toute personne prenant parti aujourd'hui pour une position tenant compte des données de la science dans les média se met en danger.

 

La liste des "victimes" s'allonge, on peut citer :

 

Erwan Seznec, journaliste chassé de Que Choisir sous la pression d'activistes écologistes pour avoir rappelé le fait que l'agriculture bio utilise elle aussi des pesticides.

 

Kevin Folta, professeur et président du département des sciences horticoles de l'Université de Floride, attaqué par le lobby bio pour avoir rappelé que la science ne montre pas de problème de santé lié aux OGM, et poussé à la démission.

 

David Zaruk, viré de son poste de professeur à l'Université Saint-Louis de Bruxelles pour avoir combattu sur son blog risk-monger.com la désinformation anti-science, sous la pression notamment de Olivier De Schutter, professeur de droit à l'Université de Louvain.

 

Le même scénario se reproduit ici avec Cohen. Une attaque en masse visant à faire taire une voie discordante, seule solution puisque les faits ne peuvent être contredits de façon argumentée. Au moment où j'écris, il se trouve environ 20000 personnes pour signer la pétition demandant sa démission.

 

Voici donc ce qui me semble absolument scandaleux ici : au-delà de Cohen lui-même, ou du glyphosate, ou des pesticides, c'est une conception de la science qui est attaquée. Vouloir ainsi faire taire quelqu'un qui expose des faits, très facilement vérifiables de surcroît, devrait inciter toute personne intelligente à trouver la chose suspecte, à chercher à comprendre où se trouve la manipulation, et à qui elle profite. Faire taire Seznec, Cohen ou des scientifiques parce qu'ils rappellent des choses dérangeantes, est un signe de très mauvaise santé pour notre société.

 

 

Que peut-on faire ?

 

Il faut avant tout ne pas laisser passer sans rien dire ces situations scandaleuses. Si nous en sommes là aujourd'hui, c'est en grande partie à cause d'un silence assourdissant, qui devient au fil du temps de plus en plus difficile à rompre.

 

La "remise d'une médaille" à Patrick Cohen est évidemment une boutade : il s'agit avant tout de signaler l'abus manifeste que constitue cette appel à la démission, voire de mise à la porte : la pétition ne s'adresse pas à Cohen lui-même comme le voudrait logiquement une demande de démission, mais à la direction de France 5 ! Que l'on apprécie par ailleurs Cohen n'a que peu d'importance. Comment pourra t-on à l'avenir faire confiance aux journalistes si l'on sait qu'ils n'oseront plus aborder les réalités scientifiques par peur de représailles populaires ou idéologiques ? C'est donc une position de principe qui ne se limite pas au cas Cohen.

 

Signer cette présente pétition ne signifie donc absolument pas "être pour les pesticides", ou "être pour le glyphosate", ni même être un admirateur inconditionnel de Patrick Cohen. C'est uniquement un soutien à la science en général, à sa méthode et à sa démarche, et à une certaine conception honnête du journalisme. C'est un rejet de l'obscurantisme et de la désastreuse pifométrie anti-scientifique, que l'on retrouve de façon très similaire dans bien d'autres domaines liés à la science, comme par exemple la médecine ou l'énergie.

 

 

Athéenuation IV

@AtheeIV

 

On peut aussi ajouter les procédures bâillons – Marc Fellous et l'AFBV, Jean-Claude Jaillette et Marianne, Anton Suwalki et Imposteurs, Seppi – et les menaces explicites ou implicites de procédures, y compris le recours au financement participatif pour constituer une cagnotte pour le cas où l'on trouverait opportun de laver au prétoire l'honneur scientifique de certains militants chercheurs...

 

Il y a aussi ces écrits diffamatoires, à la limite de la diffamation ou tout simplement nauséabonds, par exemple sur le site d'un comité de recherche et d'information indépendantes (non, on ne mettra pas le lien...), dans un livre qui vient d'habitude avec un film (mon commentaire ici), dans l'Obs (mon commentaire ici)...

 

La première pétition est le fruit de l'incivisme d'une inconnue qui se sera illustrée par son adhésion à la dictature de la bien-pensance. Elle aura permis la publication d'une réponse remarquable, qui en est à quelque 500 signatures. Elle nous montre cependant que nous avons à faire face à un sérieux problème de banalisation de la bêtise combinée à une intolérance prête à épouser le totalitarisme.

 

 

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G
Des censeurs demandent de sanctionner un journaliste, Patrick Cohen qui a eu le courage d'annoncer quelques vérités scientifiques sur le glyphosate. Espérons que ces censeurs ne finiront pas par l'emporter car ce serait une véritable défaite de la démocratie et de la science si, seul le discours anti glyphosate devait être autorisé sur les ondes, la television ou la presse écrite . Cette volonté d'imposer un embargo sur les vérités scientifiques qui ne concordent pas avec l'idéologie ou les croyances de ces contestataires sur le glyphosate se retrouve sur d'autres sujets. Ainsi les Français ignorent les résultats des contre-expertises commandées par les pouvoirs publics français et européeens pour valider ou invalider les conclusions de l'étude du Professeur GE Seralini sur la toxicité des maïs OGM. Ces résultats annoncés il y a quelques semaines dans la plus grande discrétion ont fait l'objet d'un communiqué de presse il y a 15 jours de la part de l'AFBV (Association Française des Biotechnologies vévétales). Or ces résultats de cette contre expertise qui a coüté plus de 15 millions d'euros n'ont pas été repris par les médias, sauf quelques rares exceptions dont il faut se féliciter. Pourquoi cette omerta des grands médias français? Les journalistes français concernés ont ils peur de subir le sort de Patrick Cohen qui se fait insulter et qui va peu-être perdre son travail? A l'étranger l'annonce de ces résultats qui invalident les conclusions de GE Seralini est reprise dans le monde entier, y compris en Chine, en Russie etc. On parle beaucoup des Fake news. maintenant il faudra aussi analyser le danger des "Mute news", c'est à dire les informations qui rendent muets les médias
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> « Mute news » ? C'est peut-être un concept à développer.<br />
A
Bien d'accord.
S
Au chapitre des journalistes victimes de la dictature écolo, Philippe Verdier, ex-directeur de la météo à France Télévision, coupable d'avoir publié un livre nuancé sur l'origine anthropique du réchauffement climatique...
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour le commentaire.<br /> <br /> Il était bon de le rappeler.<br />
A
Merci pour ce billet.
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S
Bonjour,<br /> <br /> Oh non ! Merci pour votre « pétition ».<br />
N
Sur un article précédent, je commentais en parlant des perturbateurs endocriniens ... ce qui me valut des moqueries de certains ... Je les invite à regarder https://www.nouvelobs.com/sante/20180514.OBS6627/explosion-des-cancers-de-la-prostate-nos-politiques-ont-50-ans-de-retard.html et à prendre rendez-vous auprès d'un urologue.
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S
@Douar<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Je ne crois pas que ce fut une tentative de diversion. Un hors-sujet certainement.<br /> <br /> L'article de l'Obs, c'était jour de fête pour André Cicolella. Et démonstration de l'incurie journalistique de l'Obs.<br />
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Il m'est toujours utile de recevoir des liens vers des articles... même quand ils sont nuls. Enfin, André Cicolella...<br />
D
Pitoyable tentative de diversion: on parle ici de liberté d'expression et vous relancez sur les PE via un journal grand public, pas franchement un temple de la recherche.<br /> Et vous vous plaignez d'être l'objet de moqueries?