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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Succession au CIRC : l'information selon le Monde de M. Stéphane Foucart

23 Mai 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #CIRC

Succession au CIRC : l'information selon le Monde de M. Stéphane Foucart

 

 

Le Conseil d'Administration du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) s'est réuni pour sa 60e session à Lyon du 16 au 18 mai 2018. Il avait à son ordre du jour l'élection du nouveau directeur du CIRC appelé à succéder à M. Christopher Wild à compter du 1er janvier 2019.

 

 

Au royaume de la paranoïa et de la discrétion

 

Fidèle à sa tradition d'opacité paranoïaque, le CIRC n'a pas publié les noms et détails des candidats, mais le secret n'a pas été gardé. L'American Council on Science and Health (ACSH) les a publiés, au moins en partie, le 13 avril 2018, avec une analyse et un pronostic (qui s'est avéré faux).

 

Quelle n'a pas été la surprise : dans le lot, il y avait un certain Christopher Portier dont nous avons abondamment évoqué les turpitudes sur ce site !

 

On peut penser que M. Portier a présenté sa candidature (et non un État membre). Qu'il ait estimé que sa démarche était opportune et qu'il ait été retenu dans la liste restreinte en dit long sur l'état de déliquescence du CIRC. Mais rassurez-vous, il n'a pas passé le stade suivant, semble-t-il, l'admission sur la liste des candidats auditionnés.

 

Cette élection n'a pas attiré l'attention des médias. Est-ce dû à l'opacité de l'agence ou au fait que le CIRC n'a d'intérêt médiatique que quand il « balance » le classement en « cancérogène quelque chose » d'agents tels que les champs électromagnétiques de basse fréquence (téléphone portables, wifi, etc.), le glyphosate ou la viande rouge et la viande transformée (charcuterie) – en d'autres termes quand ses décisions peuvent alimenter le circuit des peurs ?

 

 

Seul, le Monde Planète...

 

Il y a une exception : le Monde Planète sous la signature de M. Stéphane Foucart.

 

Mais était-ce de l'information que ce « Succession à risque à l’agence anticancer de l’OMS », daté du 15 mai 2018 sur la toile, de la veille du Conseil d'Administration du CIRC ?

 

Le chapô donne la solution en toute transparence :

 

« Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) est la cible d’industriels depuis qu’il a classé cancérogènes probables le glyphosate et la viande rouge. »

 

On reste sur le registre de la paranoïa... on ressort une fois de plus le bobard de la citadelle assiégées des justes, par des « industriels » évidemment...

 

En résumé : quelques informations sur le processus alors à venir et une litanie de la désinformation servie depuis des mois sur ces méchants industriels – Monsanto en tête – qui veulent se faire la peau du CIRC :

 

« Depuis qu'elle a classifié la viande rouge et le glyphosate – le célèbre herbicide inventé par Monsanto – comme " cancérogènes probables ", en 2015, l'agence onusienne basée à Lyon est la cible de vives critiques de la part des milieux industriels. Au point que des personnalités scientifiques proches de l'agence craignent une perte d'indépendance à la faveur du changement de direction. »

 

 

La parole est aux « proches de l'agence »

 

M. Foucart a évidemment donné la parole aux « proches de l'agence »... dont M. Philip Landrigan et Mme Fiorella Belpoggi, dont nous avons encore récemment relaté les options et les liens d'intérêts idéologiques.

 

On trouve aussi cette forte pensée :

 

« Pour David Michaels [professeur à l'université George-Washington et ancien administrateur, sous l'ère Obama, de l'agence fédérale américaine pour la santé au travail], l'une des évolutions majeures de l'institution s'est produite en 2005, sous la direction de Peter Boyle. "L'agence a revu sa politique de gestion des conflits d'intérêts et n'a plus autorisé des scientifiques ayant des liens d'intérêts avec l'industrie à siéger dans ses groupes d'experts, explique-t-il. Cela a changé beaucoup de choses et cela a contribué à donner au CIRC sa réputation d'intégrité et d'indépendance.»

 

« ...réputation d'intégrité et d'indépendance », après les scandales autour du glyphosate (soigneusement occultés par le Monde...) ? Il faut vraiment oser !

 

 

Ces vilains « industriels »

 

Mais qu'en est-il donc des attaques des « industriels » ?

 

« En 2016, une coalition regroupant des industriels de l'agrochimie (CropLife America), de la chimie (American Chemistry Council), des hydrocarbures (American Petroleum Institute) ou des minerais (National Stone, Sand and Gravel Association) a lancé une campagne et un site Internet dédié, avec pour but explicite une réforme du CIRC. »

 

Cette coalition, c'est la Campaign for Accuracy in Public Health Research (CAPHR – campagne pour l'exactitude dans la recherche en santé publique). Demander, en fait, l'honnêteté, c'est assiéger l'organisation...

 

« Notre coalition [...] a pour objectif de travailler étroitement avec le gouvernement américain et ses partenaires internationaux pour réformer le programme des monographies du CIRC, et amener plus de transparence dans les évaluations contestables de ce programme, son influence et son impact indus sur les politiques publiques, ses méthodologies biaisées et ses fréquents conflits d'intérêts. »

 

Elle a de ces exigences, cette coalition...

 

 

Intégrité et indépendance... nous prenons

 

Toujours est-il que pour le Monde Planète de M. Stéphane Foucart, les enjeux considérables de l'élection étaient :

 

« Une intégrité et une indépendance d'autant plus cruciales que, dans l'avenir proche, les enjeux sanitaires et économiques des travaux de l'agence pourraient être considérables. »

 

Nous pouvons – presque – rejoindre M. Foucart sur ce point. Presque, parce que les scandales autours du glyphosate ont démontré l'impact sanitaire et économique que peut avoir une décision de classement du CIRC alimentant les réseaux – interconnectés – de l'activisme (agissant pour son propre compte ou aussi pour celui de tiers), des cabinets d'avocats prédateurs et des politiciens démagogues.

 

Il va de soi, par conséquent, que notre vision de l'intégrité et de l'indépendance n'est pas la même...

 

Le Conseil d'Administration du CIRC s'est donc réuni. Il a auditionné cinq candidats selon les informations que ses amis du CIRC ont sans nul doute distillées à M. Foucart (les complotistes pourront penser que ces amis ont dû être ravis d'un article prônant en définitive le statu quo). Il n'a pas auditionné M. Portier (c'eût été un comble...).

 

Et il a élu... non, vous ne le saurez pas par le Monde Planète de M. Stéphane Foucart ! La succession qui était « à risque » le 15 mai 2018 au point de mériter un article n'avait plus aucun intérêt une fois les jeux faits. On pensera peut-être que cette succession n'était qu'un prétexte pour faire passer un autre message...

 

Et tout compte fait, nous faisons un autre billet.

 

 

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