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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'industrie cotonnière du Burkina Faso veut revenir aux semences génétiquement modifiées

20 Mai 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

L'industrie cotonnière du Burkina Faso veut revenir aux semences génétiquement modifiées

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

 

 

L'industrie cotonnière du Burkina Faso veut revenir aux variétés génétiquement modifiées que la nation a éliminées en 2015.

 

La firme allemande Bayer entamera des négociations avec les autorités burkinabé d'ici la fin de l'année pour permettre le retour des semences de cotonnier Bt demandé par les agriculteurs locaux, selon Wilfried A. Yameogo, directeur général de SOFITEX, qui achète environ 80 pour cent de tout le coton produit dans la nation ouest-africaine.

 

Le cotonnier Bt – génétiquement modifié pour fournir une résistance inhérente aux vers de la capsule qui peuvent détruire jusqu'à 90 pour cent de la production d'un agriculteur – a été introduit au Burkina Faso en 2008. Le nouveau cultivar a contribué à la lutte contre les ravageurs dans les plantations de cotonnier et a permis de réduire le recours aux pesticides de 70 pour cent. Une étude nationale a montré que l'introduction de cultivars Bt au Burkina Faso a entraîné une augmentation de 22 pour cent du rendement par rapport aux cultivars conventionnels, et que les ménages ont enregistré un gain moyen de 51 pour cent.

 

Mais les défis liés à une fibre plus courte ont conduit les autorités burkinabé à stopper la culture de la variété en 2015 – au grand dam des paysans qui réclament depuis lors son retour.

 

« Tous les agriculteurs qui ont de l'expérience avec le cotonnier Bt regrettent le passage du cotonnier Bt au cotonnier conventionnel [...] mais ils sont impuissants et espèrent que le gouvernement écoutera leur demande », a déclaré François Traoré, Président de l’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina dans une interview.

 

Yameogo dit que leur souhait sera bientôt exaucé lorsqu'un nouveau partenaire sera amené à développer de nouvelles variétés Bt avec des fibres plus longues. « C'est le raccourcissement de la fibre qui a conduit à la rupture du partenariat avec Monsanto et le secteur est à la recherche d'un nouveau partenaire avec lequel il va développer de nouvelles semences de cotonnier Bt [...] Des contacts dans ce sens ont été pris depuis décembre 2014 avec la société allemande Bayer, qui a donné son accord de principe. Les négociations ont été retardées par le processus d'achat de Monsanto par Bayer, qui a promis de revenir à la table avec le secteur burkinabé en 2018 », a-t-il expliqué dans un communiqué.

 

Yameogo a confirmé que le cotonnier Bt permettait de contrôler les infestations de ravageurs dans les champs, notant que les agriculteurs étaient en mesure de réduire le nombre de traitements insecticides de six en moyenne pour le cotonnier conventionnel à deux pour le cotonnier Bt.

 

Le Burkina Faso a une industrie cotonnière restrictive et les sociétés d'achat de coton fournissent aux agriculteurs des produits chimiques, des semences et d'autres intrants sous forme de prêts de pré-saison récupérés auprès des agriculteurs après la récolte. Les sociétés cotonnières du pays ont été critiquées après que le Burkina Faso a perdu sa place de premier producteur de coton en Afrique – une situation attribuée, entre autres facteurs, à la décision d'abandonner la production de coton génétiquement modifié.

 

Le retour aux variétés conventionnelles a conduit à une utilisation accrue des pesticides et certains agriculteurs se sont plaints que les produits chimiques étaient inefficaces. Mais la SOFITEX défend la qualité de ses intrants, insistant sur les faibles précipitations et l'arrivée de nouveaux insectes nuisibles qui seraient responsables des défis émergents et des faibles rendements.

 

« Depuis la fin du mois d'août, nous avons enregistré une réduction des pluies plus ou moins sévère selon les zones agricoles et dont l'impact sur la croissance du cotonnier a été désastreux, en raison de poches de sécheresse », a déclaré M. Yameogo. La société prétend également que la baisse est le résultat d'attaques d'aleurodes. « La situation s'est aggravée avec l'apparition de l'aleurode dans les zones de concentration des cultures maraîchères », a-t-il déclaré.

 

Mais certains acteurs agricoles du pays ne sont pas d'accord, insistant sur le rôle du retrait des cultures Bt. « Bien qu'il soit vrai que le chiffre général pour la saison des pluies 2017/18 était insuffisant, il est bon de mentionner que dans des régions où il avait assez plu, les rendements étaient également faibles », a déclaré le Dr Edgar Traoré, coordinateur national du Forum Ouvert sur la Biotechnologie Agricole en Afrique (OFAB).

 

« Du côté de la recherche, nous savons que les semences contribuent pour environ 40 % au rendement global », a ajouté Traoré. « La question est : quelle était la qualité des semences pour cette campagne ? Ils parlent de discussions avec Bayer mais je ne suis au courant d'aucun mouvement dans une telle direction. Ce qui est clair, c'est que la majorité des agriculteurs réclament un retour rapide de la technologie Bt. Les agriculteurs semblent reconnaître les avantages du cotonnier Bt après deux ans d'expérience avec le cotonnier conventionnel. »

 

Bamouni Aboubacar, qui travaille avec les producteurs de coton en tant que fournisseur d'intrants agricoles, affirme que la pression des agriculteurs pour un retour des cultures Bt est une bonne chose. « Les producteurs de coton du Burkina n'ont jamais demandé à revenir au cotonnier conventionnel. Le cotonnier conventionnel est très coûteux pour les agriculteurs car il nécessite plus de six traitements [pesticides] par hectare et, de plus, ces multiples traitements ont un impact sur la biodiversité, l'environnement et la santé des agriculteurs », a-t-il expliqué.

 

Les agriculteurs sont inquiets parce qu'ils subissent actuellement d'énormes pertes avec le cotonnier conventionnel. « Quand j'ai planté du coton génétiquement modifié en 2014, j'ai récolté pour 40.000 francs CFA (65 euros) par hectare », a déclaré Bambio Dambo, un agriculteur du district de Houndé. « L'année dernière, j'ai réalisé un bénéfice de seulement 10.000 francs CFA (16 euros) par hectare lorsque j'ai utilisé des semences conventionnelles. En fait, en 2015, la dernière année où nous avons cultivé des OGM, j'ai réalisé un revenu total de 3 millions CFA (4.366 euros). En 2016, quand nous sommes repassés au conventionnel, j'ai réalisé un revenu total de seulement 575.000 CFA (837 euros). »

 

Yamego promet un répit aux agriculteurs. « Dans cette perspective, la SOFITEX négociera avec les banques concernées pour rééchelonner le crédit sur deux ou trois campagnes et examiner la situation de la dette intérieure », a-t-il déclaré.

 

Il a également indiqué que l'entreprise, en partenariat avec la Banque Mondiale et la Société Financière Internationale (SFI), a lancé le projet d'accès à l'irrigation pour accroître la résilience des exploitations agricoles face au stress hydrique. « Pour la prochaine campagne 2018/2019, 200 bassins seront mis en place pour les producteurs répondant à certains critères et ayant souscrit au projet sur une base volontaire », a-t-il déclaré.

 

______________

 

Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/02/burkina-faso-cotton-industry-wants-bring-back-gmo-seeds/

 

Note : Les déclarations sont retraduites de l'anglais vers le français.

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C
Merci de l'info. Rappelons que les "biens pensants" français sont allés en afrique de l'ouest pour dire aux paysans africains : refusez le cotin BT.
En contrepartie, les paysans qui appliquent l'insecticide à la pompe à dos et sont directement exposés subissent le produit sur 4-5 passages de plus par ans. Mais les "biens pensants" ne se soucient pas de la santé de ces gens là.
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S
Merci pour votre commentaire.

C'est pire. Les institutions de coopération françaises ont reçu instruction de ne plus promouvoir et subventionner des projets impliquant des OGM.

Merci M. Pascal Canfin, ci-devant ministre de la coopération et présentement directeur général du WWF France (noon... les portes tournantes, ça n'existe pas dans ce milieu...).
Y
Vous avez raison J.Y.
C'est pour cela que les burkinabé ont une image des "nassaras Français" assez triste en faite. Nous les faisons bien rire avec nos conseils débiles alors qu'ils ont les preuves sous les yeux que ce qu'on leur raconte est du grand n'importe quoi.
(Pour info:Je suis toujours en relation avec les burkinabè avec qui j'ai travailler deux ans labas)
Ce n'est pas nouveau cette image du français donneur de leçon a deux balles plus fort que tout le monde (c'est là qu'ils rigolent le plus d'ailleurs)... Et ce n'est pas parce qu'ils répondent "oui oui " qu'ils valident les délires de ceux venus leur donner des "leçons".