Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : la dernière carabistouille de l'Institut Ramazzini, de Générations Futures, etc. – première partie : des études rassurantes

19 Mai 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Activisme, #Glyphosate (Roundup)

Glyphosate : la dernière carabistouille de l'Institut Ramazzini, de Générations Futures, etc. – première partie : des études rassurantes

 

 

L'Institut Ramazzini est membre du collectif italien Stop Glifosato...

 

 

Vendons la mèche : trois articles seront publiés prochainement sous l'égide de l'Institut Ramazzini, dont deux que l'on peut qualifier de scientifiques. Les résultats sont rassurants. L'exploitation médiatique qui en a été faite est effarante...

 

 

 

(Source)

 

 

L'Institut Ramazzini : prestigieux ou scandaleux ?

 

Nous avons rencontré l'Institut Ramazzini dans « Ce que ne révèle pas l'"enquête" du Monde sur les Monsanto Papers (première partie) : l'Institut Ramazzini et l'étrange M. Watts ». Quand le Monde – de M. Stéphane Foucart – et l'altermonde anti-pesticide, comme Générations Futures – le qualifie de « prestigieux », vous avez sans nul doute compris qu'il y a un problème. Cette entité est connue pour ses extravagantes allégations sur la dangerosité, et notamment la cancérogénicité, d'éléments de la vie moderne. Il y a les substances comme le sucralose, évidemment les pesticides, les champs électromagnétiques du telefonino et des antennes relais...

 

Une figure de proue de cet Institut est Mme Fiorella Belpoggi, directrice du Centre de Recherches sur le Cancer Cesare Maltoni. Nous l'avons aussi rencontrée dans « Ce que ne révèle pas l'"enquête" du Monde sur les Monsanto Papers (deuxième partie) : Fiorella Belpoggi et l'hystérie anti-glyphosate », ainsi que dans « Ce que ne révèle pas l'"enquête" du Monde sur les Monsanto Papers (troisième partie) : Fiorella Belpoggi et l'arnaque de Factor GMO ».

 

Résumons :

 

  • l'Institut Ramazzini s'est catégoriquement rangé dans le camp anti-glyphosate activiste ; il est membre de la coalition italienne stop Glifosato.

     

  • Mme Belpoggi a participé au lancement de Factor GMO – ce qui devait être une très vaste étude, en fait pilotée depuis la Russie (celle de l'expert en manipulations et déstabilisations en tous genres) et s'avère être une vaste arnaque (le site est mort, mais l'onglet pour faire un don est toujours là...).

     

  • Elle s'en est retirée par la suite en catimini et a lancé sa propre vaste étude, Global Glyphosate Study, dont nous avons exposé les extraordinaires ambitions dans le deuxième volet de notre tryptique précité ; en résumé, un projet sur cinq ans avec des groupes de 430 rats, 3010 au total (rappelons que les fameux rats de qui vous savez étaient 200, par groupes de 10)... et un appel au financement participatif.

 

La carbistouille dont il s'agit ici est le résultat d'une « étude pilote préliminaire ».

 

 

Un projet international, mais entre gens de « bonne compagnie »

 

L'Institut Ramazzini s'est associé à cette occasion avec d'autres institutions de recherche italiennes et étrangères. À l'évidence, avec des chercheurs de même obédience.

 

Dans le lot, il y a M. Philip Landrigan, doyen pour la santé globale et professeur de médecine environnementale et de pédiatrie à Mount Sinaï, New York. M. Landrigan est un hôte de ce site.

 

Nous avons par exemple vu dans « Les "Portier-papers", Stéphane Foucart et le CIRC » qu'il a signé en l'espace de vingt minutes une longue lettre adressée au Commissaire européen à la Santé Vytenis Andriukaitis et censée démolir l'évaluation du glyphosate par l'EFSA. Il a aussi été co-signataire d'articles prétendument scientifiques s'en prenant au glyphosate (voir « L'Université de Caen aurait-elle enfin pris des mesures sur les références au CRIIGEN par M. Gilles-Éric Séralini ? » ou préconisant l'étiquetage des OGM (voir « Le New England Journal of Medicine, Chuck Benbrook et les conflits d'intérêts ».

 

 

De l'ad hominem ? En partie seulement

 

Tout cela peut sembler être de l'ad hominem. C'est en partie le cas. Mais c'est aussi une nécessité, quand on examine des articles scientifiques, de connaître les conflits d'intérêts intellectuels et idéologiques des auteurs, leur existence devant inciter à un surcroît de prudence dans l'évaluation de la qualité de leur production scientifique (ou pseudo-scientifique).

 

Qu'en est-il de leur production ?

 

Dans l'état actuel des choses, nous disposons de trois manuscrits dont on nous dit qu'ils ont été acceptés pour publication vers la fin du mois de mai 2018 dans Environmental Health (une revue open source et pay-for-play dont un des rédacteurs-en-chef est M. Philippe Grandjean, autre personnage connu...).

 

 

Un commentaire guère scientifique

 

Le premier article est un commentaire de Philip J. Landrigan et Fiorella Belpoggi, « The Need For Independent Research On The Health Effects Of Glyphosate-Based Herbicides » (la nécessité de recherches indépendantes sur les effets des herbicides à base de glyphosate sur la santé). En voici le résumé :

 

« Contexte. Le glyphosate, formulé sous forme de Roundup, est l'herbicide le plus largement utilisé au monde. Le glyphosate est largement utilisé sur les cultures vivrières génétiquement modifiées (GM) conçues pour tolérer l'herbicide, et l'utilisation mondiale augmente rapidement. Deux examens récents des dangers pour la santé du glyphosate font état de résultats contradictoires. Un examen indépendant du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a révélé que le glyphosate est un "cancérogène probable pour l'homme". Un examen effectué par l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) n'a révélé aucune preuve de danger cancérogène. Ces résultats divergents ont produit une incertitude réglementaire.

 

Actions réglementaires. Reflétant cette incertitude réglementaire, la Commission Européenne, le 27 novembre 2017, a prolongé l'autorisation pour le glyphosate pour 5 autres années, tandis que le Parlement Européen s'est opposé à cette décision et a demandé que les homologations des pesticides soient fondées sur des études scientifiques évaluées par des scientifiques indépendants, plutôt que sur le système actuel qui s'appuie sur des études industrielles exclusives [« propriétaires »].

 

Réponse de l'Institut Ramazzini. L'Institut Ramazzini a lancé une étude pilote sur les dangers pour la santé du glyphosate, qui sera suivie d'un projet de recherche expérimentale intégré. Cette évaluation sera indépendante du soutien de l'industrie et entièrement financée par un financement participatif mondial. Le projet de l'Institut Ramazzini vise à explorer de manière exhaustive les effets des expositions aux herbicides à base de glyphosate à des niveaux actuels du monde réel sur plusieurs paramètres toxicologiques, dont la cancérogénicité, la toxicité à long terme, la neurotoxicité, les effets perturbateurs endocriniens, la toxicité pour le développement prénatal, le microbiome et les effets multigénérationnels.

 

Nous n'entrerons pas dans cet article, plutôt descriptif, sauf à citer la conclusion :

 

« Quel que soit le résultat de l'étude de l'Institut Ramazzini, les résultats fourniront aux organismes de réglementation et aux décideurs politiques des résultats indépendants solides, obtenus grâce à un projet de recherche partagé sur lequel ils pourront fonder en toute confiance leurs évaluations des risques et leurs évaluations, y compris la décision à venir pour la ré-autorisation de l'utilisation du glyphosate en Europe en 2022. »

 

On ne doute de rien...

 

 

Des résultats connus depuis avril 2017

 

Mais qu'en est-il des premiers résultats ?

 

Nous avons vu dans le deuxième volet du tryptique sur les « Monsanto Papers » et l'Institut Ramazzini/Mme Fiorella Belpoggi que celle-ci avait fait une annonce dans un article publie par Reuters UK le 13 avril 2017, « New study on Monsanto weedkiller to feed into crucial EU vote » (une nouvelle étude sur l'herbicide de Monsanto alimentera un vote crucial de l'UE) :

 

« Les animaux exposés ne présentaient aucune différence évidente par rapport aux animaux non exposés. […] Mais cela nous dit très peu pour le moment, car les examens des paramètres clés qui pourraient être affectés par l'exposition sont encore en cours (et) nous attendons ces résultats. »

 

 

Des rats bien portants

 

 

Exemples de graphiques de l'article : évolution du poids des rates durant la gestation (A), les traitements commençant au jour 6; rates durant la lactation (B); ratons mâles (C) et femelles (D) durant la lactation

 

 

Et voici donc le deuxième article, « The Ramazzini Institute 13-Week Study On Glyphosate-Based Herbicides At Human-Equivalent Dose In Sprague Dawley Rats: Study Design And First In-Life Endpoints Evaluation » (l'étude sur 13 semaines de l'Institut Ramazzini sur les herbicides à base de glyphosate sur des rats Sprague Dawley à des doses équivalentes à des doses humaines : dispositif d'essai et première évaluation de paramètres in vivo) de Simona Panzacchi et al., l'auteur senior étant Fiorella Belpoggi. Laissons leur une nouvelle fois la parole :

 

« Contexte

 

Les herbicides à base de glyphosate (GBH) sont les pesticides les plus largement utilisés dans le monde et le glyphosate est l'ingrédient actif de tels herbicides, y compris de la formulation connue sous le nom de Roundup. L'utilisation massive et croissante des GBH n'entraîne pas seulement un fardeau global d'expositions professionnelles, mais aussi une exposition accrue de la population générale. L'étude pilote actuelle constitue la première phase d'une investigation à long terme sur les GBH que nous menons au cours des cinq prochaines années. Dans cet article, nous présentons la conception de l'étude, la première évaluation des paramètres in vivo et la détermination du glyphosate et de son principal métabolite, l'acide aminométhylphosphonique (AMPA) dans l'urine.

 

 

Méthodes

 

Nous avons exposé des rats Sprague-Dawley (SD) oralement par l'intermédiaire de l'eau de boisson à une dose de glyphosate équivalente à la dose journalière acceptable aux États-Unis (DJA des États-Unis) de 1,75 mg/kg p.c./jour, à partir de la vie prénatale, c'est-à-dire du jour 6 de la gestation (JG) de leurs mères. Une cohorte a reçu continuellement du glyphosate jusqu'à la maturité sexuelle (cohorte de 6 semaines) et une autre cohorte jusqu'à l'âge adulte (cohorte de 13 semaines). Nous présentons ici des données sur la toxicité générale et les concentrations urinaires de glyphosate et de son principal métabolite , l'AMPA.

 

 

Résultats

 

La survie, le poids corporel, la consommation d'aliments et d'eau des animaux n'ont pas été affectés par le traitement avec du glyphosate ou du Roundup. La concentration du glyphosate et de l'AMPA détectée dans l'urine des rats SD du traitement avec du glyphosate était comparable à celle des animaux dans le traitement avec du Roundup, avec une augmentation en relation avec la durée du traitement. La majorité du glyphosate était excrétée sans modification. Les niveaux urinaires du composé d'origine, le glyphosate, étaient environ 100 fois plus élevé que les niveaux de son métabolite, l'AMPA.

 

 

Conclusions

 

Les concentrations de glyphosate dans l'urine ont montré que la plus grande partie de la dose administrée était excrétée en tant que composé initial inchangé après exposition au glyphosate et au Roundup ; les adjuvants et les autres substances présents dans le Roundup ne semblent pas exercer d'effet majeur sur l'absorption et l'excrétion du glyphosate. Nos résultats démontrent que le glyphosate urinaire est un marqueur plus pertinent de l'exposition que l'AMPA dans le modèle des rongeurs.

 

 

Des exemples de graphiques susceptibles de faire le buzz. Mais que montrent-t-ils ? Les ratons absorbent du glyphosate... les ratons excrètent du glyphosate par l'urine (l'excrétion par les fèces n'a apparemment pas été mesurée)

 

 

Le microbiome évolue un peu

 

Passons au troisième article : « The Ramazzini Institute 13-Week Pilot Study On Glyphosate And Roundup Administered At Human-Equivalent Dose To Sprague Dawley Rats: Effects On The Microbiome » (l'étude sur 13 semaines de l'Institut Ramazzini sur le glyphosate et le Roundup administrés à des rats Sprague Dawley à des doses équivalentes à des doses humaines : effets sur le microbiome) de Qixing Mao et al. :

 

« Contexte

 

Les herbicides à base de glyphosate (GBH) sont des herbicides à large spectre qui agissent sur la voie du shikimate dans les bactéries, les champignons et les plantes. Les effets possibles des GBH sur la santé humaine sont le sujet d'un débat public intense pour ses effets potentiellement cancérogènes et non cancérogènes, y compris ses effets sur le microbiome. La présente étude pilote examine si l'exposition aux GBH à des doses de glyphosate considérées comme "sans danger" (à la dose journalière acceptable aux États-Unis – DJA – de 1,75 mg/kg p.c./jour), à partir de l'in utero, peut modifier la composition du microbiome intestinal des rats Sprague Dawley (SD).

 

 

Méthodes

 

Le glyphosate seul et le Roundup, une marque commerciale de GBH, ont été administrés dans l'eau de boisson à des doses comparables à la DJA du glyphosate des États-Unis (1,75 mg/kg p.c./j) du jour 6 de la gestation (JG) jusqu'au jour postnatal (JPN) 125. Les excréments des animaux, à la fois des rates F0 et des ratons F1, ont été recueillis à plusieurs points de temps. Les microbiomes intestinaux de 433 échantillons fécaux ont été profilés à la région V3-V4 du gène de l'ARN ribosomal 16S et ont été assignés taxonomiquement et évalués pour l'analyse de la diversité. Nous avons testé l'effet de l'exposition sur la diversité du microbiome global en utilisant PERMANOVA et sur des taxons individuels par analyse LefSe.

 

 

Le dispositif expérimental en graphique

 

Résultats

 

Le profilage du microbiome a révélé que l'exposition à de faibles doses de Roundup et de glyphosate n'entraînait des changements significatifs et distinctifs dans la composition bactérienne globale que chez les ratons F1. Plus précisément, à JPN 31, correspondant à l'âge pré-pubertaire chez l'homme, l'abondance relative pour Bacteriodetes (Prevotella) a été augmentée tandis que les Firmicutes (Lactobacillus) ont été réduits chez les rats F1 exposés tant au glyphosate qu'au glyphosate par rapport aux témoins.

 

Conclusions

 

Cette étude fournit des preuves initiales que les expositions aux GBH communément utilisés, à des doses considérées comme sûres, sont capables de modifier le microbiote intestinal au début du développement, en particulier avant le début de la puberté. Ces résultats justifient des études futures sur les effets potentiels des GBH sur la santé au début du développement comme l'enfance. »

 

 

L'avis un brin ironique donné dans le billet précédent... sur la base de graphiques comme ceux-ci :

 

 

 

En résumé...

 

Voilà donc un Institut « prestigieux », inféodé à la mouvance qui conteste le développement scientifique et technologique dans bien des domaines et qui a déclaré la guerre au glyphosate... qui ne trouve rien de particulier.

 

Reprenons du résumé du deuxième article :

 

« La survie, le poids corporel, la consommation d'aliments et d'eau des animaux n'ont pas été affectés par le traitement avec du glyphosate ou du Roundup. »

 

R.A.S. Vous pensez bien que s'ils avaient eu quelque chose à valoriser, ils l'auraient fait dans le résumé. Notez bien que cela est à mettre au crédit des auteurs... non, ils ne produisent pas d'ignobles photos de rats déformés par des tumeurs énormes...

 

Du reste, les auteurs n'ont pas non plus trouvé de différences entre glyphosate et Roundup. C'est un caillou dans le camp des auteurs qui prétendent que les adjuvants sont plusieurs ordres de grandeur plus nocifs que le glyphosate seul.

 

Les auteurs ont par contre trouvé des différences significatives pour le microbiote. Qu'en conclure ? N'en avoir trouvé qu'à JPN 31 (31 jours après la naissance), selon le résumé, et pas plus tard ni chez les mères suggère fortement un résultat aléatoire. Du reste, les auteurs n'insistent pas, ni sur le fait lui-même, ni sur les conséquences hypothétiques.

 

Nous pouvons en outre adhérer facilement au raisonnement décrit dans « Voici ce qui ne va pas avec une étude suggérant que le glyphosate nuit à notre santé intestinale » avec de solides références : en particulier, les bactéries intestinales qui seraient inhibées pour la voie du shikimate, ont suffisamment d'acides aminés aromatiques libres à disposition.

 

 

Oui mais...

 

Mais alors, où est la carabistouille ? Dans l'exploitation médiatique. C'est une sorte de carambouille médiatique : on a utilisé le fait que les articles ont été acceptés pour publication – en ne publiant que les manuscrits sans les informations complémentaires susceptibles de révéler quelque insuffisance et en espérant que le monde médiatique et politique sera passé à autre chose quand viendront les articles complets et les critiques solidement argumentées.

 

Et surtout dans ce qui a été jeté en pâture pour alimenter des médias, des activistes et des politiciens démagogues. Mais ce sera pour un autre billet.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

sicard 21/06/2018 11:15

Bonjour,
Je suis tombé sur l'article "The Ramazzini Institute 13-week study on glyphosate-based herbicides at human-equivalent dose in Sprague Dawley rats: study design and first in-life endpoints evaluation" puis en poussant mes recherches un peu plus loin sur votre blog.
Après lecture de votre billet, j'ai du mal à avoir une vision objective sur ce que vous appelez "carabistouille", que pensez de tout ça ?

Seppi 26/06/2018 18:54

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Dans une autre vie, j'ai aussi fonctionné comme avocat (sans le titre) pour des procédures judiciaires entièrement écrites. J'ai pour habitude d'argumenter et de sourcer mes dires.

En plus, dans ce cas, mon analyse est limpide et consiste essentiellement à reproduire ce que les auteurs de l'étude ont eux-même écrit.

La carabistouille, c'est que la communication est en totale inadéquation avec les conclusions des études publiées.

Ça heurte des convictions maintenant solidement ancrées dans les esprits – soigneusement entretenues par des médias militants ou suiveurs – mais c'est comme ça.