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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : la dernière carabistouille de l'Institut Ramazzini, de Générations Futures, etc. – deuxième partie : une médiatisation et une instrumentalisation dégoutantes

21 Mai 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup), #Politique, #Activisme, #Union européenne

Glyphosate : la dernière carabistouille de l'Institut Ramazzini, de Générations Futures, etc. – deuxième partie : une médiatisation et une instrumentalisation dégoutantes

 

 

 

Une profession de foi teintée de parti pris, toujours d'actualité

 

 

Nous avons vu dans le billet précédent que des équipes internationales de chercheurs ont mené, sous l'égide de l'Institut Ramazzini, des essais sur des rats pour déterminer les effets du glyphosate seul ou d'un herbicide à base de glyphosate (contenant donc des co-formulants) sur leur santé ainsi que sur la composition de la flore intestinale (microbiote). Leurs articles scientifiques seront publiés plus tard dans le mois de mai 2018 dans Environmental Health ; les manuscrits ont été mis sur la toile (ici, ici et ici).

 

Les chercheurs ont administré, en continu, du glyphosate ou une formulation de Roundup à une dose importante à des rates gestantes et à leur progéniture : l'équivalent de la dose journalière admissible – DJA – états-unienne de 1,75 mg/kg p.c./jour, très supérieure aux doses auxquelles sont exposés les consommateurs, et même les applicateurs. Il ressort clairement des résumés – sans qu'il soit nécessaire d'analyser en détail les deux articles en cause (le troisième étant un commentaire de nature socio-politique) – qu'il n'y a eu aucun effet sur les animaux :

 

« La survie, le poids corporel, la consommation d'aliments et d'eau des animaux n'ont pas été affectés par le traitement avec du glyphosate ou du Roundup. »

 

Quant au microbiote, les auteurs ont trouvé des différences significatives chez les ratons, mais à un stade seulement, ce qui suggère fortement un résultat aléatoire. Ces différences ne sauraient être que de nature transitoire. De plus, les auteurs n'insistent pas, ni sur le fait lui-même, ni sur les conséquences hypothétiques.

 

Ces résultats, provenant d'une équipe poursuivant un objectif socio-politique évident – faire interdire le glyphosate, l'Institut Ramazzini étant notamment membre du collectif italien Stop Glifosato –, sont intéressants et potentiellement importants. Mais qu'en est-il devenu dans les opérations de communication et de relations publiques ?

 

 

La réaction épidermique à l'annonce des conclusions de la Réunion conjointe FAO/OMS sur les résidus de pesticides... Mais les études de l'Institut Ramazzini sont "indépendantes"...

 

 

Le grand écart de l'Institut Ramazzini

 

Sur son site dédié, l'Institut Ramazzini publie un communiqué au titre éloquent... et atterrant : « Global Glyphosate Study Pilot Phase Shows Adverse Health Effects at ‘Safe’ Doses » (l'étude de la phase pilote de l'étude globale du glyphosate révèle des effets nocifs sur la santé à des doses « sûres »).

 

Et, dans les points du résumé :

 

« Les résultats révèlent que les herbicides à base de glyphosate (HBG) sont capables de [were able to] modifier certains paramètres biologiques importants, principalement en relation avec le développement sexuel, la génotoxicité et l'altération du microbiome intestinal. »

 

Notez bien la formulation : « être capables de modifier » n'est pas « modifient »... C'est, pour le moins, très osé.

 

Et voici ce que dit le texte détaillé du communiqué :

 

« Les résultats montrent que les HBG – même à des doses jugées sûres et sur une durée d'exposition relativement courte (correspondant en équivalent humain de la vie embryonnaire à l'âge de 18 ans) – sont capables de modifier certains paramètres biologiques importants, principalement des marqueurs liés au développement sexuel, à la génotoxicité et à l'altération du microbiome intestinal. En particulier, les résultats ont montré une altération de certains paramètres du développement sexuel chez les rats traités avec des HBG, en particulier chez les femelles. De plus, les rats traités avec des HBG présentaient des changements statistiquement significatifs du microbiome intestinal, en particulier au cours du développement. En ce qui concerne la génotoxicité, une augmentation statistiquement significative a été observée dans les micronucléi chez les rats traités avec des HBG, en particulier dans la première partie de la vie. »

 

Et que dit le manuscrit de l'article sur la santé des rats ? Le mot « sexual » apparaît quatre fois : trois fois pour décrire un stade et une fois un objet de recherche. Le mot « micronuclei » apparaît une fois, dans la liste des paramètres étudiés. Et pour la génotoxicité on trouve la déclaration suivante :

 

« L'évaluation de différents résultats et paramètres d'intérêt (c.-à-d. pathologie des organes cibles, toxicité moléculaire, génotoxicité, perturbations endocriniennes, microbiome, toxicité pour le développement, etc.) est actuellement en cours dans les différents laboratoires partenaires du projet. »

 

Mais aussi, plus loin :

 

« Les données sur les paramètres de la reproduction et la génotoxicité sont actuellement revues par les pairs et seront publiées prochainement. »

 

Tout cela fait désordre. Il y a surinterprétation des quelques résultats publiés et annonce sur le mode anxiogène de résultats non encore publiés, voire en cours d'acquisition. Si ceux-ci ne devaient pas être à la hauteur des espoirs et des objectifs politiques, il suffira d'être discret, le tapage médiatique ayant déjà eu lieu...

 

Que faut-il en conclure ? Au minimum que cette forme de communication n'est pas très honnête.

 

 

Le Guardian, fidèle porte-voix de l'activisme

 

Avec « Glyphosate shown to disrupt microbiome 'at safe levels', study claims » (le glyphosate s'est révélé perturber le microbiome « à des doses sûres », selon une étude), le Guardian a fait, comme souvent, son devoir à l'égard de l'activisme environnementaliste le 16 mai 2018.

 

Selon le chapô, « la substance, que l'on trouve dans l'herbicide Roundup de Monsanto, pose "un problème important de santé publique" ». Le point Monsanto est donc marqué d'entrée. Selon le texte,

 

« Un des auteurs du rapport, Daniele Mandrioli, de l'Institut Ramazzini de Bologne, en Italie, a déclaré que des effets significatifs et potentiellement néfastes du glyphosate avaient été détectés dans les bactéries intestinales des ratons nés de mères qui semblaient ne pas avoir été affectées.

 

"Cela ne devrait pas se produire et il est tout à fait remarquable que cela se produise", a déclaré Mandrioli. "La perturbation du microbiome a été associée à un certain nombre de problèmes de santé, tels que l'obésité, le diabète et les problèmes immunologiques.»

 

La technique de communication a été bien apprise. Les effets sont « significatifs » et, dans la foulée « potentiellement néfastes » ; et, pour faire bonne mesure, M. Mandrioli débite une sorte de vérité générale de l'activisme : « La perturbation du microbiome a été associée... »

 

Plus loin, M. Mandrioli déclare encore :

 

« Nous avons vu une augmentation de la distance ano-génitale dans la formulation qui est d'une importance particulière pour la santé reproductive [...] Cela pourrait indiquer une perturbation du niveau normal des hormones sexuelles. »

 

Non seulement il ne parle pas des résultats provisoirement publiés, mais en plus, il se lance dans une conjecture... qu'il aurait été facile de vérifier.

 

Notons aussi que, s'il dit vrai, il incrimine un produit formulé, et non le glyphosate.

 

Pour faire bonne mesure, le Guardian invoque aussi M. Philip Landrigan, un autre membre de l'équipe de recherche :

 

« "Ces avertissements précoces doivent faire l'objet d'une étude approfondie à long terme." Il a ajouté que des effets graves de la substance sur la santé pourraient se manifester [might manifest] sous la forme d'un risque de cancer à long terme : "Cela pourrait affecter un très grand nombre de personnes, compte tenu de l'utilisation à l'échelle planétaire des herbicides à base de glyphosate.»

 

Objectif exclusif : faire peur, sans rien apporter de concret sur les études en cause. Pathétique !

 

 

Le Monde Planète... non...

 

Non, il n'a pas succombé à cette désinformation. Il y a encore de l'espoir...

 

 

Une conférence de presse à Bruxelles...

 

À Bruxelles ? Évidemment au Parlement Européen. Évidemment organisée par la fraction des Verts/Alliance Libre Européenne.

 

On peut la voir ici (avec le plug-in) ou ici en plusieurs langues. M. Daniele Mandrioli présente les résultats, en anglais, à partir de 11:30. L'orateur signale que la concentration en glyphosate des urines augmente avec le temps, ce qui suggère « un éventuel mécanisme de bioaccumulation ».

 

 

 

 

 

Vraiment ? Plus d'urine en volume avec la croissance des animaux, plus concentrée... et bioaccumulation ? Pour une substance dont le consensus scientifique dit qu'elle ne s'accumule pas dans les organismes animaux ?

 

Plusieurs journaux axés sur l'Union Européenne, comme Euractiv, ont produit des articles sur le sujet. La conférence de presse a fait son effet.

 

 
Gesticulation de Mme Michèle Rivasi...

 

Le groupe des Verts a aussi produit un communiqué de presse. Il est remarquable : aucune information sur le fond !

 

On en dégustera les mouvements du menton populistes, démagogiques et anti-système de l'inénarrable Michèle Rivasi :

 

« Nous avons atteint les limites d’un système qui ne permet plus de protéger efficacement les citoyens des risques liés à la commercialisation de substances chimiques nocives. Notre groupe a demandé une enquête parlementaire sur le processus d’autorisation des pesticides au sein de l’UE pour analyser et corriger les dysfonctionnements actuels. Nous savons que ceux-ci sont en partie liés à des conflits d’intérêts en raison du rôle prédominant de l’industrie dans le processus d’évaluation. Il est urgent de rétablir un équilibre permettant de renouer avec la confiance des citoyens et de s'orienter en fonction de l'intérêt général. »

 

 
...et l'adéontologie de M. Éric Andrieu

 

Non, ce n'est pas une coquille mais un néologisme.

 

M. Andrieu est le président de la commission PEST mise en place par le Parlement Européen, en principe pour examiner le fonctionnement du système européen des autorisations. Il se doit, à notre sens, de maintenir neutralité et impartialité et de respecter un certain décorum. Ce sont manifestement des notions qui lui échappent...

 

M. Andrieu s'affiche donc sans vergogne avec l'activisme anti-glyphosate comme le montre ce gazouillis.

 

 

 

https://twitter.com/EricAndrieuEU/status/996718917740584960

 

 

Mais il est vrai qu'il y a des hystéries qui sont sans limite... M. Andrieu se fait même le relais, direct et indirect, de l'Institut Ramazzini...

 

 

 

 

 

Sans avoir pris connaissance du contenu des études, et encore moins pris un avis éclairé et autorisé, M. Andrieu conclut... Il est vrai que cela le conforte dans son parti pris. Mais cela devrait nous interroger en tant que citoyens : la démocratie – et nos intérêts bien compris – est-elle vraiment bien servie ?

 

 

 

 

En fait, M. Andrieu s'est même fait le crieur public pour le compte de l'Institut Ramazzini

 

 

 

 

Nous insisterons sur notre responsabilité de citoyens : ce qui est en cause, ce n'est pas seulement le comportement et les agissements de tel ou tel, mais aussi le fait que le Parlement Européen ait pu confier la présidence d'une commission à un de ses membres aux partis pris ouvertement affichés.

 

 
Générations Futures décroche le pompon

 

Que dire de l'hystérie de Générations Futures ? Réelle ou feinte – avec le plus grand cynisme, la fin justifiant tous les moyens ?

 

Le jour même de la conférence de presse de l'Institut Ramazzini, la petite entreprise incorporée sous forme d'association loi 1901 titre : « Glyphosate: de nouvelles études confirment la dangerosité du glyphosate ».

 

L'objectif politique ne tarde pas :

 

« 3 nouvelles études indépendantes soulignent la dangerosité du glyphosate à des doses pourtant considérées comme sûres par des Agences. Il y a donc urgence à inscrire l’interdiction de cet herbicide dans la loi Alimentation ! »

 

« ...indépendantes »... forcément ! Mais les a-t-il lues, les « études indépendantes », M. François Veillerette ? Lui aurait-t-il échappé qu'il s'agit d'une étude unique sur un même lot de rats, saucissonnée pour le moment en deux articles, le troisième étant un commentaire ? D'une étude qui n'étaye pas son propos alarmiste ?

 

Mettons en relation – pour le fun mais aussi pour l'édification des lecteurs sur les procédés peu honnêtes de l'activisme – le billet de GF et la déclaration de Mme Fiorella Belpoggi retenue dans le communiqué de presse des Verts européens (c'est nous qui graissons) :

 

GF : « Les résultats révèlent que les herbicides à base de glyphosate ont modifiés de nombreux paramètres biologiques importants chez les rats exposés, la plupart étant liés au développement sexuel, à la génotoxicité et à l’altération du microbiome intestinal ! »

 

Mme Belpoggi : « Même à des seuils considérés comme sûrs, le glyphosate et les formules d’herbicides en comportant modifient certains paramètres biologiques significatifs y compris sur des périodes relativement courtes. A la lumière des résultats obtenus, il est nécessaire d'approfondir la recherche sur la reproduction et le développement mais aussi d'acquérir des données indépendantes sur la cancérogenèse. [...] »

 

Il faut approfondir les études selon Mme Belpoggi – après tout, elle a fait un appel du pied insistant pour obtenir des fonds ; il faut légiférer et interdire selon M. Veillerette... Mais laissons-lui encore la parole :

 

« Ces résultats confirment la dangerosité du glyphosate mise en évidence par la monographie du CIRC de 2015 ! [...] Il est donc plus urgent que jamais d’inscrire l’interdiction de cet herbicide dans la loi sur l’alimentation actuellement débattue au Parlement. Ce serait une concrétisation indispensable de la promesse faite par le Président Macron qui a été soutenue par le Ministre de l’Ecologie Nicolas Hulot ce matin ! »

 

On attendra donc que M. Veillerette fasse campagne contre tous ces autres « agents » (c'est la terminologie du CIRC) dont « la dangerosité [a été] mise en évidence par [une] monographie du CIRC »... l'eau chaude – oups ! Les boissons chaudes – et le métier de coiffeur, par exemple.

 

Quant à M. Hulot soutenant la promesse du Président Macron... le monde à l'envers... Mais n'est-ce pas une caractéristique que l'on trouve fréquemment dans le monde de l'activisme débridé ?

 

 

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Commenter cet article

Gary 29/05/2018 11:54

Bonjour, le service de santé belge vient de mettre en ligne un résumé des articles très rassurant, ça change ! "De nouvelles études sur le glyphosate ne révèlent pas d’informations troublantes"
https://www.health.belgium.be/fr/news/de-nouvelles-etudes-sur-le-glyphosate-ne-revelent-pas-dinformations-troublantes

Seppi 05/06/2018 19:32

Bonjour,

Merci pour votre commentaire et l'information.

On aurait aimé que des institutions françaises eussent fait de même.