Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Slate, les fruits et légumes, les pesticides... et la connerie

19 Avril 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Pesticides, #Alimentation

Slate, les fruits et légumes, les pesticides... et la connerie

 

 

 

 

« Voici les fruits et légumes qui contiennent le plus de pesticides » est le titre d'un petit article de Slate que l'on peut qualifier de ridicule et minable sans tomber dans le ridicule.

 

Déjà en sous-titre : « Dites adieu aux fraises (ou à votre santé) »... C'est bien connu : les fraises sont maintenant vendues avec un avertissement : « Manger des fraises nuit à votre santé » ou : « Manger des fraises tue » !

 

L'auteure a repéré la gesticulation annuelle de l'entité états-unienne Environmental Working Group (EWG) – avec sa liste des 12 salopards et des 15 propres (Dirty Dozen et Clean Fifteen) – et vient polluer la médiasphère française avec ces insanités en produisant un copier-coller résumé.

 

Nous avions évoqué la pollution de la blogosphère dans un article précédent, en introduction à un article de M. Steve Savage dont la lecture se recommande, « L'Environmental Working Group ne sert pas les consommateurs avec son marketing "sale", ses "généreux donateurs" du bio ». Nous passons au cran supérieur.

 

Donc,

 

« Dans son guide de l'acheteur sur les pesticides dans les fruits et légumes fraîchement publié, l'Environmental Working Group (EWG) annonce que près de 70% des produits cultivés de manière conventionnelle sont affectés par des résidus de pesticides. »

 

Euh ! C'est aux États-Unis... En Europe, sur la base des données reçues des États membres, l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) nous apprend que :

 

« plus de 97% des échantillons d'aliments collectés dans l'UE en 2015 se situent dans les limites autorisées, avec un peu plus de 53% d'échantillons exempts de résidus quantifiables. »

 

Tremblez, braves gens ! Selon Slate :

 

« Des tests, réalisés par le Département de l'Agriculture des États-Unis sur des milliers de fruits et légumes, ont révélé la présence de deux-cent-trente pesticides et produits de pesticides en dégradation. »

 

Mais rassurez-vous, ces 230 pesticides ne se trouvent pas dans chaque fruit ou chaque légume. Si x molécules sont autorisées et utilisées sur les fruits et légumes, l'analyse de milliers d'échantillons se traduira quasi immanquablement par la détection de résidus de... x molécules (plus les non autorisées...). D'autant plus qu'avec les méthodes actuelles d'analyse on trouve de tout dans tout (sauf, évidemment, dans les produits « bio », mais là, c'est plutôt parce qu'on n'y cherche rien – n'est-ce pas Générations Futures ?).

 

L'auteure – toujours recopiant – nous fait ensuite peur avec une étude publiée par JAMA Internal Medicine ayant trouvé une corrélation avec des problèmes relatifs à la fertilité. Une étude sur 325 femmes ayant suivi un traitement contre l'infertilité et dont l'absorption de résidus de pesticides était évaluée – au doigt mouillé – en fonction de la nature et de la quantité de fruits et légumes consommés ! Mais laissons la parole à M. Philip Landrigan, un chercheur qui n'est pas connu pour être un grand ami de l'agrochimie (c'est un euphémisme !), commentant l'étude en question dans la même revue :

 

« Pour sûr, cette étude ne prétend pas que les pesticides sont la cause effective d'un taux accru de perte reproductive chez les femmes. Elle n'identifie pas non plus un pesticide ou une classe de pesticides spécifique responsable de la diminution de la fertilité féminine. »

 

Nous avons ensuite droit au palmarès – états-unien rappelons-le – établi selon les règles en usage dans les milieux activistes (n'est-ce pas Générations Futures ?), soit l'évocation du pire cas :

 

« Les fraises sont les tristes vainqueures de ce classement des pires produits: jusqu'à vingt-deux résidus de pesticides différents ont été trouvés dans échantillon (sic), quand un tiers de ces derniers en contient dix ou plus. »

 

Il faut lire : « ...ont été trouvés dans un échantillon... » Et dans le texte d'origine, c'est 20, pas 22...

 

Voyons le second de la liste :

 

« Elles sont talonnées par les épinards, dont 97% contiennent des résidus de pesticide, avec d'assez fortes concentrations de perméthrine, un insecticide neurotoxique. »

 

La perméthrine n'est pas autorisée en Europe pour l'agriculture. En revanche, elle est largement utilisée comme biocide dans l'environnement domestique, par exemple en imprégnation anti-moustiques de vêtements. Elle fait même partie de la liste des médicaments essentiels de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

 

Mais foi de EWG et de Slate, c'est un « insecticide neurotoxique »... Tremblez, consommateurs...

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article