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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Michiel l'agriculteur contre Goliath bio : vrai coût ou vrai menteur ?

9 Avril 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger, #Activisme, #Agriculture biologique

Michiel l'agriculteur contre Goliath bio : vrai coût ou vrai menteur ?

 

Risk-monger*

 

 

 

 

C'est l'histoire d'un agriculteur hollandais qui s'est levé contre les mensonges d'une organisation de lobbying... et qui a gagné !

 

Avez-vous déjà vécu une de ces journées ? La plupart des gens se lèvent tous les matins, vont au travail et ressentent une certaine satisfaction à propos du déroulement de la journée. Mais que se passerait-il si vous rentriez à la maison un soir et que vous lisiez un rapport sur votre profession par quelqu'un de superbement ignorant et partial, répandant la peur et les mensonges sur votre travail pour leur propre avantage. Comment réagiriez-vous ?

 

Michiel et son équipe prennent un selfie.

 

L'agriculteur hollandais, Michiel van Andel, a vécu un de ces jours. Il en a eu marre des affirmations d'une organisation de lobbying du biobusiness néerlandais, Bionext, qui était impliquée dans le mouvement « True Cost of Food » (le vrai coût de l'alimentation). Les militants prétendaient que le travail de Michiel en tant qu'agriculteur conventionnel coûtait des milliards à la société tout en menant à une détérioration irréversible de la santé et de l'environnement. Il était sûr que leurs calculs étaient faux et a écrit à Bionext, en leur présentant une série d'études montrant qu'ils avaient tort.

 

Michiel a écrit un article détaillé (en néerlandais) montrant que Bionext n'était pas seulement un menteur, mais répandait aussi la peur et la méfiance à travers la chaîne alimentaire. Il leur a demandé de corriger certaines de leurs affirmations scandaleuses, mais ils ont persisté et envoyé paître Michiel. Après réflexion, il a poursuivi Bionext devant les tribunaux (la « Commission du Code de la Publicité ») pour publicité mensongère. Voir sa lettre à la Commission (en néerlandais). Malgré les pressions des avocats de Bionext, Michiel a eu son jour au prétoire aux Pays-Bas le 8 mars.

 

Que prétendait Bionext ?

 

 

Le vrai coût de la nourriture

 

Bionext fait partie d'un lobby révisionniste financé par des entreprises pro-bio comme l'EOSTA et la Banque Triodos [ma note : la Fondation de la Banque Triodos a contribué au financement des premiers du Groupe de Travail sur les Pesticides Systémiques (TFSP)]. Ce groupe comprend également Nature and More, Soil and More, Hivos et EY – ils ont publié un rapport l'année dernière (2017), intitulé True Cost Accounting for Food, Farming and Finance (les vrais chiffres de l'alimentation, de l'agriculture et de la finance). Leur argument est assez simple : lorsque vous achetez bio, vous payez le vrai coût de la nourriture. Lorsque vous achetez des aliments conventionnels bon marché, les coûts les plus élevés sont supportés par l'ensemble de la société pour la destruction de la santé et de l'environnement, qui finira par être payée par nos enfants. Ils ont trouvé des amis compatissants dans le Programme des Nations Unies pour l'Environnement et la FAO (et même le Prince Charles) qui leur ont donné leur approbation nominale.

 

Donc, d'après ces militants du bio, combien les pratiques agricoles conventionnelles de Michiel coûtent-elles (prétendument) à la société et à la planète ? Cela semble être pas qu'un peu !

 

  • Le rapport affirme que l'impact total cumulé de l'agriculture conventionnelle est de 4.800 milliards de dollars US par an (c'est ce que nos enfants devront payer selon les lobbyistes) [ma note : cela représente grosso modo le PIB du Japon]. Les paramètres sont un peu brumeux, mais ils semblent se baser sur les coûts de santé supplémentaires, la pollution de l'eau, l'augmentation du changement climatique, la perte de biodiversité et les dommages aux sols causés par la pratique d'une agriculture non biologique. Je dois dire que ce chiffre est assez précis pour un rapport de 48 pages agrémenté d'une bonne quantité de mignonnes photos. Ils n'ont pas inclus dans leurs calculs les particularités de l'agriculture de conservation (en agriculture conventionnelle), l'utilisation de pesticides « bio » ou les variations dans les pratiques agricoles mondiales. En termes simples, ils ont été très loin de justifier ce chiffre scandaleux.

 

  • Apparemment, selon le rapport True Cost, manger des pommes cultivées de manière conventionnelle entraînera 27 jours de maladie supplémentaires par an et par hectare par rapport à une consommation bio. Ceci est supposé à partir de l'exposition aux pesticides. Mais une seule tasse de café contient plus de cancérigènes que l'ensemble des résidus de pesticides de la consommation de fruits et légumes de toute une année. Cela devient encore plus absurde si l'on considère que les producteurs de pommes biologiques peuvent utiliser l'azadirachtine, un pesticide naturel qui augmente le risque d'encéphalopathie toxique et d'anomalies chromosomiques (sans parler de sa toxicité pour les pollinisateurs). Comment EY pouvait-elle être aussi sûre de ses chiffres ? Une étude récente a montré que les pommes biologiques produites en Belgique avaient un plus grand impact sur la santé environnementale que les pommes cultivées de manière conventionnelle.

 

  • Ernst & Young vous suggère alors si vous achetez des raisins bio au lieu de « raisins chimiquement cultivés » (joli uppercut d'anxiogénèse), vous économisez 15.000 litres d'eau par 100m² par an, sans parler d'une meilleure santé et d'une diminution des changements climatiques. Trois mots : sulfate de cuivre. Les gens qui ont fait ces calculs de coûts réels n'ont manifestement jamais visité un vignoble, n'ont jamais vu les innovations que les agriculteurs conventionnels appliquent et ne comprennent pas les systèmes de gestion de l'eau.

 

  • Le rapport sur le coût réel de l'alimentation indique fréquemment que les auteurs ont manqué de données suffisantes. Rectificatif : les données disponibles n'étayaient pas ce que les activistes voulaient dire. Par exemple, sur la sécurité des travailleurs agricoles, ils déclarent : « L'exposition professionnelle aux pesticides présente un risque important pour la santé des travailleurs agricoles et il a été montrée qu'elle était responsable de blessures liées aux produits chimiques ainsi que de maladies à court et à long terme. En raison du manque de données concernant l'exposition des travailleurs aux pesticides, nous concentrons notre évaluation sur l'impact sur la sécurité des travailleurs. » Étant donné que la plus récente étude américaine sur la santé des agriculteurs a suivi 89.000 travailleurs agricoles sur 25 ans, j'ai du mal à prendre ces cueilleurs de cerises au sérieux !

 

L'analyse et la recherche que Michiel a fournies dans sa correspondance et ses articles étaient fort pertinentes. Qu'un agriculteur ait pu fournir des données plus fiables qu'Ernst & Young, la Banque Triodos et une foule d'autres organisations suggère soit que ces consultants cher payés n'étaient pas très intelligents, soit qu'ils voulaient tromper le monde (probablement les deux).

 

Ce qui est également intéressant ici, c'est que pendant que les gens de Bionext proféraient ces affirmations, ils admettaient sur un autre site (en néerlandais) qu'ils n'avaient pas encore une méthodologie claire pour leur comptabilité des prix. Traduction : ils n'ont fait que survoler la question !

 

Imaginez ce qu'un agriculteur comme Michiel a dû ressentir en voyant ces calculs et la conclusion implicite que son activité menait la société à la ruine. Il a eu raison de s'exprimer, mais Michiel dit : « J'ai des voisins et des amis qui cultivent en bio. Je les respecte mais je m'inquiète aussi de la façon dont ils pourraient réagir contre moi face à Bionext. » Dans son premier article (en néerlandais), Michiel argumente :

 

« Je n'ai aucun problème avec les agriculteurs bio. Le gros problème est avec le marketing agressif et souvent mensonger de beaucoup d'organisations de la sphère de l'agriculture biologique. Il y a de bons aspects dans l'agriculture biologique et l'agriculture dans son ensemble peut en apprendre. Mais les règles de l'agriculture biologique prises au sens strict ne sont pas le moyen de nourrir durablement le monde. »

 

Ce qui l'a stupéfié, c'est que cette campagne True Cost a été lancée il y a plusieurs années et que personne n'a jamais pris le temps de remettre en question les chiffres. Où était l'analyse critique des médias ?

 

 

Le vrai coût des produits biologiques

 

L'affirmation la plus ridicule de ces lobbyistes du bio insiste sur le fait qu'il y a 4.800 milliards de dollars de coûts cachés de l'agriculture conventionnelle par an, et qu'il n'y a pas de coûts cachés de l'alimentation biologique (Bionext dit exactement cela dans sa correspondance avec Michiel). Le Risk-Monger se démarque et a souvent montré que les pratiques de l'agriculture biologique pèsent encore plus lourdement sur la santé humaine et l'environnement. Quelques points de base (voir une analyse plus détaillée ici et ici) :

 

  • L'agriculture biologique a des rendements globaux inférieurs (selon la culture, la saison, le lieu, une moyenne de 25 % est un chiffre qui revient souvent... avant que l'on inclue dans les calculs la nécessité des jachères dans les rotations de l'agriculture biologiques). Ceci met plus de pression sur la biodiversité car davantage de prairies et de forêts devraient être transformées en terres agricoles.

 

  • Des études ont montré qu'il n'y a pas d'avantages pour la santé de la consommation de produits biologiques. Au contraire, comme Bruce Ames l'a fait valoir [ma note : voir aussi, de M. Denis Corpet, la préface de panique dans l'assiette – Ils se nourrissent de nos peurs], le meilleur moyen de prévenir le cancer consiste à consommer au moins cinq portions de fruits et légumes par jour. À mesure que la production de produits biologiques s'accroît, les fruits et légumes à prix réduit sont plus difficiles d'accès, et les pauvres de la société sont moins susceptibles d'atteindre cet objectif de prévention du cancer.

 

  • Les pesticides « bio » sont également toxiques et dans certains cas, comme pour le sulfate de cuivre, plus dangereux pour la santé humaine. L'étude de l'Université de Leuven citée ci-dessus montre que les pommes biologiques ont un impact environnemental plus important que les pommes conventionnelles, en raison de la charge en pesticides et des rendements plus faibles.

 

  • Pour produire des pesticides « bio » comme les pyréthrines, il faut détourner de grandes étendues de terres pour faire pousser des fleurs [ma note : en recourant aussi à des fongicides de synthèse!]. Des dizaines de milliers d'hectares de terres agricoles sont consacrés au Rwanda à la production de pyréthrines. Le Rwanda est un importateur net de nourriture.

 

D'une manière ou d'une autre, les gens de True Cost of Food ont estimé que ces calculs n'étaient pas nécessaires. Ils croient que les produits biologiques ont un prix approprié, mais étant donné les faits évidents qu'ils nient, je ne peux que conclure que ces manipulateurs sont de fieffés menteurs. D'une manière ou d'une autre, personne d'autre que Michiel pensait que ça valait le coup de les dénoncer.

 

 

C'est l'heure du coup de gueule du Risk-monger : Ce qui me dérange le plus dans le lobby bio (et c'est bien décrit ici dans les hypothèses de True Cost), c'est de savoir que ces zélotes cosmopolites pensent que seuls les agriculteurs biologiques se soucient de la terre, du sol, du travail et de la qualité des produits. Tous les agriculteurs se soucient des intrants qu'ils utilisent, de la qualité de leurs récoltes et de la durabilité de leurs pratiques. La seule chose que ces comptables urbains ont prouvée en publiant leur rapport minable, c'est qu'ils sont complètement ignorants de ce que les agriculteurs font réellement pendant la journée. S'il faut un agriculteur comme Michiel pour leur délivrer un message important, j'espère qu'ils l'écouteront.

 

 

Le verdict

 

Le procès du 8 mars a été une expérience étrange. L'avocat de Bionext semblait plus enclin à parler de différences systémiques entre l'agriculture biologique et l'agriculture conventionnelle que de défendre leurs calculs. Lorsqu'on lui a demandé s'il y avait des coûts cachés de l'agriculture biologique, l'avocat de Bionext a refusé de répondre. En revanche, il a raconté une histoire sur les dangers des pesticides... tournant autour du pot à chaque fois que le président de la commission posait la même question sur les coûts cachés des produits biologiques.

 

Cette semaine, Michiel a obtenu le verdict du tribunal néerlandais. Il a gagné ! Bionext est en effet coupable de publicité mensongère et on lui a intimé de cesser la campagne True Cost. Voir la réaction de Michiel (en néerlandais).

 

 

Bionext répond à la décision de la Commission de la publicité. Traduction résumée : « Les règles éthiques ne s'appliquent pas à nous ! » En déployé :

« Une sortie de virage dans le décor ? Je ne le pensais pas ! La Commission du Code de la Publicité a jugé que cette vidéo les coûts cachés de la production alimentaire va trop loin. Nous ne le croyons pas et expliquons cela à...

 

 

Pour le moment, les pages de Bionext semblent toujours promouvoir leurs fictions, et d'autres groupes en dehors des Pays-Bas sont libres de promouvoir cet agenda activiste. Bionext a annoncé après la décision que la Commission du Code de la Publicité n'avait aucune idée de la véritable comptabilité des coûts. Drapés dans la véritable arrogance du lobbying du bio, ils ignorent la décision de la Commission et continuent de mener leur campagne de mensonges.

 

Et la campagne a été financée grâce à des fonds de l'Union Européenne !

 

 

Quand est-ce que les gens vont se rendre compte des déficiences morales de ces organisations ?

 

Aujourd'hui, alors que de plus en plus de lobbyistes du biobusiness ont les coudées franches dans leurs campagnes de peur et de fiction, il revient aux agriculteurs de prendre position pour tenir les opportunistes en échec et reprendre la narration sur la sécurité et la qualité de l'agriculture conventionnelle. Je félicite Michiel pour sa persévérance à défendre ce qui est juste. Si plus d'agriculteurs faisaient de même, des groupes comme Bionext seraient obligés de dire la vérité... et la société bénéficierait alors d'une vraie compréhension de la problématique de l'alimentation.

 

Dans un article suite à son audition, Michiel, a partagé cette observation (qui mérite d'être le dernier mot) :

 

« Tout le concept de la tarification réelle et de la véritable comptabilité analytique n'en est qu'à ses balbutiements et, dans ce cas, a été détourné à des fins de marketing. Je suis tout à fait pour la vraie tarification et la transparence des coûts dans la chaîne alimentaire. Mais cela devrait être destiné à établir un vrai prix fiable. Ce que Bionext a fait est une farce. La façon dont Bionext utilise cet outil devrait plutôt s'appeler "fausse comptabilité des coûts" ».

 

Faites confiance à Michiel pour le dire sans ambages ! Merci de vous être levé pour la vérité !

 

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur Twitter et sa page Facebook.

 

Source : https://risk-monger.com/2018/04/06/michiel-versus-goliath-true-cost-or-truly-lying/

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Potel 10/04/2018 08:47

Il est gentil notre ami neerlandais mais aujourd'hui en France c'est 850000 nouveaux cas de cancer par an augmentation du nombre de maladie de parkinson ces 10 dernieres annees sans compter les problemes d'infertilite!alors je pense qu'il a interet a lacher le pulverisateur si il veut voir grandir ses enfants!

Seppi 10/04/2018 09:50

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Vous récitez le bréviaire des activistes. En plus sans discernement. Ainsi, l'Institut National du Cancer estime à 400.000 (et non 850.000) l'incidence annuelle du cancer -- en baisse chez les hommes et avec une progression ralentie chez les femmes.

Michiel van Andel 09/04/2018 17:25

Merci pour traduire ce blog !

Cordialement Michiel van Andel

Seppi 09/04/2018 18:12

Bonjour,

Merci pour vos commentaires.

Cela a été un plaisir de traduire.

Et surtout un grand bravo pour votre démarche.

douar 09/04/2018 14:45

Bravo à cet agriculteur.
Je vois mal les syndicats français faire de même, ne serait ce tout simplement parce ce qu'ils sont désormais très impliqués dans le bio (cf le vice Président de la FNSEA) et je les vois mal attaquer le fondement de leur business. Seuls des groupes "indépendnats" peuvent le faire.

Seppi 09/04/2018 18:06

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je suis d'accord sur le premier point, s'agissant de la FNSEA et de sa stratégie de ne pas heurter l'opinion dite publique et même de faire des concessions (réelles ou feintes -- voir le dossier glyphosate). Mais la CR...

Toutefois, la FNSEA pourrait faire bien mieux avec M.Gangneron, un homme d'un grand bon sens qui me semble parfaitement capable de dénoncer les billevesées. Il y a un 28 minutes mémorable, malheureusement plus disponible, où il a calmement étrillé Isabelle Saporta :

http://seppi.over-blog.com/2016/03/la-revolte-des-croquants-on-peut-regarder-sur-arte-malgre-l-insupportable-saporta-ou-peut-etre-pour-le-plaisir-de-voir-l-insignifia

Michiel van Andel 09/04/2018 17:24

c'était exactement ce que je pensais ... Et si tout le monde pense pareillement , rien ne se passe. C'est très simple. Si qq utilise des mensonges (dans ce cas: il n'y a pas de coûts cachés dans la production biologique) pour vendre un produit, vous devez en dire quelque chose. Je n'ai pas de problèmes avec le marketing, mais il faut rester factuel.