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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le vilain petit canard est dans le collimateur des pouvoirs publics !

1 Avril 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Albert Amgar, #Santé publique

Le vilain petit canard est dans le collimateur des pouvoirs publics !

 

Au nom du principe de précaution, les autorités sanitaires recommandent la prudence dans l’utilisation de jouets de bain

 

Albert Amgar*

 

 

Il ne s’agit pas ici de parler des canards vivants, qui auraient échappé au virus de l’influenza aviaire, ni des canards vibrants, encore que, mais de canards ou autres animaux en plastique utilisés pour le bain de nos enfants !

 

En effet, nos autorités n’ont pas tardé à réagir, si l’on en croit ce communiqué conjoint du ministère de la santé et de la DGCCRF du 30 mars mettant en garde les parents contre une utilisation de ces animaux de compagnie dans le bain de nos enfants :

 

« Les autorités de santé publique de France attirent l’attention des parents vis-à-vis d’une utilisation prolongée dans l’eau du bain d’animaux en plastique, dont des canards, crocodiles, etc. »

 

On lira donc ce communiqué, mais il est indiqué que la liste des animaux n’est pas limitative…

 

C’est dans le cadre d’une auto-saisine de l’Anses réalisée en urgence le 21 mars 2018, Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à la « présence de dangers sanitaires d’intérêt présents ou susceptibles d’être introduits par des animaux en plastique dans l’eau du bain d’enfants », que les gestionnaires du risque précités ont décidé cette mise en garde de bon sens… semble-t-il…

 

En application du principe de précaution, le comité d’experts spécialisés BIORISK de l’Anses rapporte qu’une publication d’une équipe de l’Eawag (Suisse), récemment parue dans la célèbre revue Nature, Ugly ducklings – the dark side of plastic materials in contact with potable water (les vilains petits canards, le côté obscur des matériaux en plastique en contact avec de l’eau potable), a mis en évidence que « ces jouets si mignons peuvent cacher un cœur menaçant. En plus du plastique qui est en soi sujet à caution, les canards de bain offrent en leur sein un milieu favorable à la croissance de nombreuses bactéries. »

 

Cet avis a été initié sous l’impulsion de la nouvelle « direction de l’évaluation des risques liés à la santé et au bien-être des animaux afin de protéger tant les consommateurs que la population générale. » Un grand bravo à cette nouvelle direction qui va, enfin, dans le bons sens…

 

Ne pouvant reproduire les essais réalisés par l’Eawag, et ne proposant aucune méthode efficace de désinfection, le CES BIORISK de l’Anses recommande la plus grande prudence vis-à-vis de ces « vilains petits canards de bain ».

 

Selon le communiqué de l’Eawag du 27 mars 2018,

 

Les scientifiques ont collecté des jouets de bain ayant déjà servi et caractérisé les biofilms bactériens et fongiques formés sur leur surface intérieure. En parallèle, ils ont réalisé des essais avec des canards de bain neufs : ils les ont placés pendant onze semaines dans des conditions typiques d'une salle de bain normale - pour servir de témoins, un groupe a été placé dans de l'eau potable propre et un autre dans de l'eau de bain usagée contenant donc des restes de savon, de la saleté et de la sueur mais aussi des bactéries accompagnatrices du corps humain. Les canards ont ensuite été découpés puis étudiés au laboratoire. Les résultats sont peu ragoûtants : entre 5 et 75 millions de cellules avaient trouvé place sur chaque centimètre carré de surface. De grandes différences de composition ont été observées entre les canards utilisés en conditions réelles mais aussi entre ceux exposés en laboratoire. Divers champignons ont été détectés sur 60% des canards réellement utilisés et sur la totalité de ceux exposés à de l'eau de bain salie. Les chercheuses et chercheurs ont observé des germes potentiellement pathogènes chez 80% des canards étudiés, notamment des légionnelles et des bactéries très résistantes de l'espèce Pseudomonas aeruginosa, connues pour causer de nombreuses maladies nosocomiales.

 

Les scientifiques ont alors recherché la cause du bon développement des biofilms. Ils ont tout d'abord étudié l'eau du robinet. Celle-ci est en général si pauvre en nutriments qu'elle ne permet pas de développement bactérien notable. Il se trouve cependant que les canards de bain servent eux-mêmes de source de nourriture. En effet, le caoutchouc qui les constitue - souvent composé de polymères de qualité inférieure - libère de grandes quantités de carbone organique. Lors de la séance de bain, de nombreux nutriments - de l'azote et du phosphore notamment - et des bactéries sont libérées dans la baignoire en provenance du corps et de la saleté des baigneurs et des produits de soin utilisés (shampooings, crèmes, etc.).

 

Une courte vidéo montre les vilains petits canards disséqués, âmes sensibles s’abstenir… ; par ailleurs, l’association L214 a protesté contre la dissection sans anesthésie des animaux en plastique par le laboratoire suisse…

 

En attendant, « Faut-il donc renoncer aux canards de bain ? Ou les nettoyer en profondeur après chaque utilisation ? Ou encore, comme certains le recommandent sur Internet, empêcher les giclées en bouchant le trou avant même la première utilisation ? »

 

Frederik Hammes de l’Eawag, qui a encadré les travaux de Lisa Neu, doctorante, à l’origine de l’étude microbiologique, « voit encore une autre solution : durcir la réglementation sur les polymères utilisés dans la fabrication des canards. Cette approche a en effet fonctionné pour les substances chimiques problématiques ; pour le chercheur, il suffirait donc d'ajouter l'émission de carbone organique dans les critères d'évaluation comme on le fait déjà dans les tests sur les conduites d'eau potable en plastique. »

 

Voilà, c’était la « nouvelle » histoire du vilain petit canard revisitée par la science…

 

 

Légende. Image en microscopie électronique à balayage révélant la structure complexe et la composition des biofilms de ces jouets de bain. Des couleurs ont été ajoutées artificiellement pour attirer l'attention sur des structures variées (barre de l'échelle : 2 μm).

 

NB : La photo en haut à droite est issue de Gallimard jeunesse, Le vilain petit canard de Hans Christian Andersen. Illustré par Henri Galeron.

 

______________

 

* Albert Amgar a été pendant 21 ans le dirigeant d'une entreprise de services aux entreprises alimentaires ; il n'exerce plus aujourd'hui, car retraité, mais vous livre des informations dans le domaine de l’hygiène et de la sécurité des aliments.

 

 

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O
Dommage que nous ne puissions rire qu'un jour par an de ce genre de communication. Pour les 364 restant la place est libre pour générations futures et consorts. Merci à vous et votre hôte pour le travail de pédagogie.
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire... et vos remerciements.<br /> <br /> Il faut que les rationalistes se remuent !<br /> <br />