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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Et si les gens des champs décidaient pour les gens des villes ? » dans l'Agri

12 Avril 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

« Et si les gens des champs décidaient pour les gens des villes ? » dans l'Agri

 

Glané sur la toile 248

 

 

Voilà qui fait de vous un expert en agriculture...

 

J'ai découvert dans mes balades cybernétiques un éditorial d'une grande justesse. Difficile de résister au partage de « Et si les gens des champs décidaient pour les gens des villes ? », de M. Jean-Paul Pelras, publié dans l'Agri du 4 avril 2018. Alors, succombons au plaisir comme d'autres ont succombé au plaisir de gazouiller la photo de la version papier...

 

« Pour étayer cette question, imaginons donc un ministère de la Ville établi à Mantet ou à Montfort sur Boulzane, à Saint Arnac, à Coustouges ou à Chalabre avec des paysans, des artisans, des commerçants du cru qui seraient désignés pour définir les grandes orientations urbaines. Autrement dit régler, à 1 000 kilomètres de Lutèce, les problèmes de circulation, de pollution, d’urbanisme. Mais aussi phosphorer sur le montant des taxes locales, sur la carte scolaire de Neuilly ou d’Argenteuil, sur la construction d’une nouvelle ligne de métro, sur le temps de transport des franciliens, sur leur sécurité, sur leur activité culturelle, sur la couleur de la tour Eiffel, sur le goudronnage des Champs Élysées, sur le nombre de médecins qu’il faut accorder à tel ou tel arrondissement, sur la réintroduction du mouton à Gonesse, des montbéliardes à Orly et des céréales à Sarcelles.

 

En résumé, sur tout ce qui fait le quotidien, l’environnement, le présent et l’avenir des Parisiens. Lesquels devraient respecter l’heure de la traite pour ne pas stresser les vaches, laisser la priorité aux tracteurs, aux machines à vendanger et autres moissonneuses batteuses pendant les heures de pointe, ne plus jeter par la fenêtre de leur véhicule le moindre papier pouvant polluer jardins et vergers, ne plus s’arrêter pisser dans les champs de betteraves, ne plus faire courir son labrador dans la luzerne. Et ne plus se servir en artichauts dès la nuit tombée en lisière de cette cité où l’on ne serait, bien sûr, plus autorisé à bruler la voiture volée dans le champ du voisin.

 

N’ayant pu devenir paysans, ils passent leur temps à les emmerder

 

Évidemment, ce scenario est d’autant plus inconcevable qu’aucun paysan n’accepterait pareille responsabilité. Tout simplement car trop occupé pour envisager la moindre ingérence chez ceux qui, à contrario, ne se gênent pas pour imposer leur vision aux gens de la campagne. Chaque semaine environ, et même si les écologistes ne parviennent jamais à dépasser 2 % des suffrages lors des élections, le ministère de l’Environnement décide, ordonne, impulse ses lois, ses décrets, ses règlements qui imposent par exemple et pour ne parler que des Pyrénées, la réintroduction de l’ours ou, entre autres, via les Réserves naturelles, la protection de quelques oiseaux rares. Souvenons-nous de ce que confiaient à ce propos, en 2016, des éleveurs du haut pays au journal l’Agri : “C’est le troupeau que l’on ne peut pas conduire en estive à telle date à cause de la présence du grand tétras. C’est le refuge que l’on ne peut pas construire car l’administration revient en permanence sur le choix de l’emplacement. C’est la couleur de la comporte pour recueillir l’eau destinée aux vaches qui ne convient pas. C’est le défrichage et la coupe de bois qui nécessitent des mois de démarches administratives.” Un florilège non exhaustif de contraintes ubuesques auquel il faut rajouter l’acharnement que font peser sur les pratiques agricoles tous ces frustrés bien habillés qui, n’ayant pu devenir paysans, passent leur temps à les emmerder.

 

Et je ne résiste pas non plus à la tristesse de « pomper » sans vergogne cet autre éditorial, du 14 février 2018 :

 

 

(Source. Selon ce document, l'âge moyen des exploitants agricoles était de 49 ans pour les hommes et 53 ans pour les femmes en 2010. En 2013, l'âge moyen était de 51 ans ; 54 ans pour les femmes).

 

« Dans 15 ans, les agriculteurs français auront disparu…

 

Bien sûr, tous ceux qui ont tendance à minimiser le problème passeront ici leur chemin. Tout simplement car ils ne voudront pas reconnaître leur part de responsabilité dans ce qui est en train de devenir, comme l’expliquait récemment Jean Philippe Rives dans un communiqué relayé par la Coordination Rurale (notre édition du 25/01/2018), le plus grand plan social de l’histoire de France. Seulement voilà, les faits et les chiffres sont là. Il ne reste plus que 400 000 agriculteurs en France. 250 fois moins qu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale où, pour s’avitailler convenablement, il valait mieux connaître quelques cousins éloignés et autres apparentés domiciliés à la campagne. Mépriser le paysan aujourd’hui revient à oublier un peu trop vite ce qu’il représente pour nos sociétés. Plus de paysans, plus de nourriture ! Si l’équation peut paraître évidente, elle semble pourtant échapper totalement à ceux qui font de l’agriculteur leur cible idéale dès qu’il faut trouver un coupable aux pollutions, aux inondations, aux scandales alimentaires et aux déséquilibres environnementaux. Mais attention, car, à ce jeu-là, ceux qui portent l’attaque finiront aussi par emporter la mise. Tout simplement car le monde agricole est fatigué. Usé par trop de contraintes, par trop de mesures coercitives, par trop de normes inadaptées, par trop de difficultés financières, par trop de stigmatisations injustifiées, il finira par envoyer valser le métier par-dessus les moulins en incitant ses propres enfants à choisir un autre destin.

 

Il faut quand même être un peu con pour ne pas comprendre ça !

 

Et pourtant, n’oublions surtout pas qu’à l’horizon 2050 la planète totalisera 9 milliards de résidents. Notre pays, selon les démographes, comptera alors 74 millions d’habitants. Pouvons-nous envisager un approvisionnement de ces populations en dilettante, sans pouvoir garantir en amont un potentiel de production digne de ce nom ? En d’autres termes, faut-il encourager le bricolage ou l’ambition ? 74 millions d’habitants à nourrir chaque jour, y compris au cœur de ces métropoles où, bien évidemment, la notion de circuit court ne pourra jamais compenser la logistique mise en place pour acheminer les denrées en temps et en heure. Le moindre manque lié aux conditions climatiques, aux conflits sociaux, aux épidémies, aux problèmes de transports ou à une pénurie alimentaire susciterait, intramuros et en moins de 48 heures, une panique historique.

 

Excusez l’expression, mais il faut quand même être un peu con pour ne pas comprendre ça. Et de surcroît complètement irresponsable. La tendance actuelle qui consiste à vouloir maîtriser les pratiques agricoles depuis Paris, Bruxelles ou même Toulouse, en orientant les aides (voir article page 8) et en sanctionnant le paysan pour obéir à certaines idéologies politiquement correctes risque d’impacter à très court terme l’équilibre alimentaire de notre pays.

 

Parce que le jour où nous ne produirons plus suffisamment, le jour où nous dépendrons, pour nous nourrir, de marchandises importées de Chine ou des États Unis, ce jour-là ceux qui critiquent nos paysans seront bien contents de trouver sur leur chemin celui qui n’aura pas encore déserté son champ.

 

Tristesse parce que c'est une analyse fort juste (qui est aussi un des éléments de mon zèle de blogueur – voir : « Osons l'avenir »).

 

L'Agri, c'est le journal d'informations agricoles et rurales des Pyrénées-Orientales et de l'Aude. Peut-être se trouvera-t-il un lecteur à Paris, Bruxelles ou même Toulouse ayant un accès à des personnalités dotée d'un pouvoir de décision assez courageux pour leur dire, après lecture, qu'il est temps d'arrêter – excusez l'expression – de déconner.

 

Pour en savoir un peu plus sur M. Jean-Paul Pelras, c'est ici.

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