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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Des « pastèques sans os » ?...

1 Avril 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Des « pastèques sans os » ?...

 

Ce que ce nouveau « fruit à la mode » peut nous apprendre sur l'étiquetage « sans OGM » et le marketing de la peur

 

Kevin Folta*

 

 

 

Pour comprendre cet article, il faut savoir que la chaîne de restauration rapide Chipotle surfe sur la bien-pensance, s'agissant notamment des conditions d'élevage, et les peurs alimentaires, s'agissant notamment des OGM.

 

Elle a aussi été le théâtre de nombreuses intoxications alimentaires (voir la page Wikipedia en anglais, ou encore le blog de M. Albert Amgar, qui avait suivi la saga de près).

 

 

Les étiquettes d'aujourd'hui exaltent l'absence de quelque chose qui n'a jamais été là. De tels stratégies de marketing manipulent les habitudes d'achat des consommateurs et ne sont pas vraiment honnêtes.

 

Examinons l'allégation de la pastèque sans os. Quelle mère aimante voudrait risquer la vie de son petit chérubin chéri s'étouffant avec un de ces foutus os de pastèque ? Bien sûr, nous ne les avons jamais remarqués par le passé, ces os, mais cela ne signifie pas qu'ils ne sont pas là, surtout avec toutes ces pastèques GM non étiquetées qui inondent le marché [ma note : aux États-Unis d'Amérique]. Allonger cinq dollars supplémentaires pour la variété sans os de Whole Foods tombe sous le sens à plus d'un titre, surtout si l'on considère l'horreur de la manœuvre de Heimlich pour déloger un crâne de pastèque pour désobstruer les voies aériennes de son enfant.

 

Et vous devez bien l'admettre : nous n'avons pas entendu parler d'un seul cas de quelqu'un s'étouffant avec un os de pastèque depuis que ces étiquettes ont été introduites.

 

C'est simple. Les étiquettes « sans... » cherchent à désinformer les consommateurs en suscitant la crainte d'une présence hypothétique d'une menace en fait inexistante. La stratégie consiste à suggérer qu'une tête de mort en forme de pastèque plane au-dessus de la tête de junior à chaque bouchée de cette pastèque ordinaire achetée au supermarché. Mais comme tout le monde le sait, il n'y a pas de pastèque avec même un soupçon de squelette superficiel, et il n'y en aura probablement jamais. J'ai écrit : « probablement »... car il y a Monsanto...

 

Dans cette optique, une étiquette « sans os » est-elle honnête sur une pastèque ? Certes, la pastèque n'a pas d'os, donc la déclaration est factuelle. Mais est-ce vraiment ce que les clients veulent savoir ? Ils veulent comprendre le risque de consommer le produit par rapport aux autres pastèques.

 

En réalité (là où je vis), il n'y a aucun risque d'os de pastèque. Cependant, ce fournisseur de pastèques utilise l'étiquette pour créer une dichotomie inexistante – sans os (sans danger) et potentiellement avec os (à risque). Cette stratégie fonctionne particulièrement bien parce que le consommateur aisé occulte automatiquement la raison et la science et se précipite vers la précaution. Voir Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée de Kahneman.

 

L'autocollant « sans os » traduit-il le « droit de savoir » ce qui est dans la nourriture dont on nous rebat les oreilles ? S'il n'y a jamais d'os dans les pastèques, alors pourquoi avons-nous besoin des indications d'une étiquette pour confirmer qu'ils ne sont pas là ?

 

Les étiquettes « sans... » des aliments impliquent un risque là où il n'en existe pas. Les produits contenant des ingrédients issus de plantes génétiquement modifiées (OGM) sont chimiquement indiscernables des ingrédients conventionnels ou biologiques. Deuxièmement, elles sont vraiment trompeuses quand (comme pour les os dans une pastèque) elles sont utilisés pour sanctifier la piété magique de produits qui n'ont jamais été génétiquement modifiés.

 

Le marketing du « sans... » basé sur la peur n'est pas scientifique, et quand une entreprise montre qu'elle est prête à rejeter l'orientation scientifique, il est bon de prendre des notes. Beaucoup d'entre elles sont ainsi prêtes. Et faites le plein de médicaments contre les maux d'estomac.

 

Tel est le triste tableau de Chipotle, et de sa tortilla de riz et de haricots à huit dollars, qui proclame fièrement qu'il n'utilise aucun ingrédient provenant d'organismes génétiquement modifiés dans ses produits. Sauf pour le sirop de maïs riche en fructose dans les sodas et d'autres produits à forte marge. Et le fromage. Car presque tous les fromages sont produits avec des enzymes de caillage à base de microbes GM, qui ne sont plus purifiées à partir des estomacs de veau. Ces sodas et ces fromages sont acceptables parce qu'ils arrondissent le dernier chiffre du bilan de l'entreprise, et la carbonatation détoxifie probablement la merde risquée.

 

L'essentiel est que lorsque vous tirez un trait sur la science et la raison, il ne faut pas être surpris quand votre burrito vous donne la courante. Comme le dit le Dr Alison Van Eenennaam, « il y a des risques qui font peur aux gens et des risques qui tuent les gens ». Et il y a des risques alimentaires très réels qui transforment votre intestin en une bougie romaine.

 

L'allégation « sans OGM » gonfle également le résultat net de l'entreprise en insinuant que les croustilles de maïs et l'huile de soja de la concurrence (qui peuvent provenir de plantes génétiquement modifiées) sont en quelque sorte de qualité inférieure et dangereuses.

 

 

Ces allégations vont à l'encontre de la science ; elles signalent que Chipotle est disposé à sacrifier la réalité scientifique aux ventes de burritos. Lorsqu'une entreprise vous dit qu'elle rejette la science en échange de profits, ce n'est pas une mauvaise idée d'examiner le cas avec une attention particulière.

 

C'est comme aller dîner chez quelqu'un qui s'exclame fièrement : « Nous rejetons le savon parce que nous pensons que c'est une mauvaise manifestation des tentacules capitalistes de Procter & Gamble. »

 

Alors nous prenons des risques, et les proctologues en voient les conséquences. La sécurité alimentaire est une discipline profondément scientifique, et quand une entreprise de services alimentaires rejette la science, il n'est pas surprenant que les gros colons des consommateurs expulsent ce qui leur fait violence. Un restaurant qui revendique son rejet de la science n'est pas un endroit où je veux manger. Ce scénario s'est déroulé avec brio avec une vague de détresses abdominales à la clé : en bien des endroits, des douzaines de clients se sont pliés en deux au-dessus de la cuvette dans laquelle on avait jeté la raison, expulsant violemment les vertus des ingrédients non GM.

 

Ça devait être le soda... Ou peut-être une pastèque osseuse...

 

________________

 

* Kevin M. Folta est professeur et président du Département des Sciences Horticoles de l'Université de Floride. Il enseigne dans des ateliers de communication scientifique pour les scientifiques et les professionnels de l'agriculture, et diffuse un podcast hebdomadaire, Talking Biotech. Vous pouvez le suivre sur Twitter @kevinfolta. Le financement de ses recherches et ses défraiements peuvent être consultés à l'adresse www.kevinfolta.com/transparency.

 

Il se présente aussi comme un scientifique d'une université créée par donation foncière (land-grant university) qui explore les moyens de produire une meilleure nourriture avec moins d'intrants, et comment faire de la communication scientifique.

 

Sources : https://geneticliteracyproject.org/2018/03/27/boneless-watermelons-what-this-new-hot-fruit-can-teach-us-about-non-gmo-labels-and-fear-based-marketing/

 

https://medium.com/@kevinfolta/exclusion-labels-science-denial-boneless-watermelons-and-8-burritos-8ddffb8a4c10

 

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F
Après une petite recherche Internet, il semblerait que les melons « boneless » (sans os) soit en fait des melons « seedless » (sans graines). Mais la façon dont on est passé de l'un à l'autre m'échappe.
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Oui, il s'agit bien de "seedless". Comment on est passé de l'un à l'autre? Bêtise !