Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ces drôles d'oiseaux du CNRS, du MNHN et du Monde Planète (épisode V)

21 Avril 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Pesticides

Ces drôles d'oiseaux du CNRS, du MNHN et du Monde Planète (épisode V)

 

Le Monde pose encore des mines

 

 

 

 

 

Rude tâche que de décoder les pseudo-décodeurs du Monde M. Stéphane Foucart, rubrique Planète, et M. Gary Dagorn, rubrique les Décodeurs, et leur « Pourquoi les pesticides sont bien l’une des causes du déclin des oiseaux » publié (sur la toile) le 29 mars 2018.

 

Ils avaient entrepris de « décoder » essentiellement :

 

 

 

En réalité, il s'agissait de presser les thèses outrancières outrageusement diffusées précédemment par le Monde Planète de... M. Stéphane Foucart !

 

Nous continuons le décodage du pseudo-décodage.

 

 

 

 

Fausse citation (bis)

 

 

 

 

Toujours introduit par « ce qui a été dit », les « décodeurs » du Monde s'attaquent maintenant à :

 

« De faibles doses de pesticides ont peu d’impact et ces intrants pèsent trois à quatre fois moins dans le déclin des oiseaux que la modification de leur habitat. »

 

Le vrai texte – de Mme Woessner – est le suivant :

 

« Sait-on lesquels [facteurs] ?

 

En partie, car les chercheurs, notamment du Centre d'Écologie et de Sciences de la Conservation, les étudient depuis longtemps. Leur dernière étude a porté sur 199 champs observés dans trois régions françaises sur une longue période. Ils ont constaté que les pesticides influent de façon négative sur des espèces se nourrissant de gros insectes, celles qui nichent au sol dans les champs. Mais ils apportent des nuances importantes : d'abord, les doses utilisées de pesticides sont essentielles (il y a peu d’impact quand elles sont faibles), et surtout ces intrants pèsent trois à quatre fois moins dans le déclin des oiseaux que la modification de leur habitat : les champs qu'on a élargis, la destruction des haies, des mares, la fin des jachères imposée par la PAC. Pour eux, c'est à l’échelle de chaque ferme qu’il faudrait repenser les espaces naturels pour préserver vraiment la biodiversité, qui reste compatible avec des pratiques raisonnées d'agriculture. »

 

M. Foucart et Dagorn prétendent que c'est faux.

 

Ils écrivent :

 

« L’étude sur laquelle s’appuie cette affirmation est celle menée par des chercheurs du Centre d’écologie et de sciences de la conservation, qui a porté sur 199 champs observés dans trois régions françaises. Elle n’a pas suivi ces parcelles sur une "longue période" mais seulement entre 2009 et 2011. Un suivi temporel aussi bref ne permet pas de mesurer les effets sur la biodiversité des changements de pratiques introduits au milieu des années 1990 avec l’introduction de nouvelles générations d’insecticides systémiques. »

 

Le truc est particulièrement vicieux : en télescopant les deux premières phrases – des indépendantes – nos auteurs du Monde peuvent prétendre que Mme Woessner a proféré une ânerie (rappelons aussi qu'elle dispose de moins de trois minutes pour ses chroniques et qu'elle doit donc faire court). Ils ont argumenté sur une partie dans l'espoir d'invalider le tout auprès des lecteurs.Mais il est vrai que la référence à cette dernière étude n'a pas été des plus judicieuses.

 

Ils ont aussi pris la précaution de ne pas citer l'article en cause (celui-ci ?).

 

Quoi qu'il en soit, si des observations sur 2009-2011 ne permettent pas, effectivement, une mesure des effets sur quelque 25 ans, elles permettent par la diversité des champs étudiés de préciser l'influence des divers facteurs. Et c'est bien ça l'objet de la dispute : les causes, pas l'évolution.

 

 

Plus ce sera répété...

 

Mme Woessner s'était référé aux « pesticides »... M. Foucart (avec M. Dagorn) revient sur son obsession et son objectif militant, les néonicotinoïdes :

 

« Au total, il existe plusieurs centaines d’études publiées dans la littérature scientifique montrant sans ambiguïté les effets délétères des néonicotinoïdes sur des invertébrés non ciblés. Dix-huit chercheurs d’une dizaine de nationalités ont passé en revue l’ensemble de cette littérature et en ont publié, en 2015, une longue synthèse dans la revue Environnemental Science and Pollution Research. [...] »

 

Problème – connu de M. Stéphane Foucart : c'est le produit du Groupe de Travail sur les Insecticides Systémiques qui s'est constitué autour d'un objectif socio-politique précis : faire interdire les néonicotinoïdes. Un objectif parfaitement documenté. Voici les conclusions d'une petite réunion de stratégie du 14 juin 2010 :

 

« Il a été convenu que, sur la base des résultats de la réunion de Paris, les quatre études (research papers) clés seront publiées dans des revues à comité de lecture. Sur la base de ces documents, une étude sera soumise à Science (premier choix) ou Nature (deuxième choix) ; elle présentera de nouvelles analyses et conclusions dans toutes les disciplines scientifiques pour démontrer de façon aussi convaincante que possible l'impact des néonicotionoides sur les insectes, les oiseaux, les autres espèces, les fonctions des écosystèmes, et les moyens de subsistance de l'Homme. Ce papier à fort impact aura un premier auteur soigneusement choisi, un noyau d'auteurs composé de sept personnes ou moins (y compris les auteurs des quatre premiers documents), et un ensemble d'auteurs plus large pour obtenir une couverture globale et interdisciplinaire. Une quantité importante de preuves à l'appui figureront en ligne dans la partie "Supporting Online Material". Un papier parallèle, "frère" (ce serait un document plus court de forum des politiques) pourrait être soumis simultanément à Science pour attirer l'attention sur les implications politiques de l'autre papier et appeler à un moratoire sur l'utilisation et la vente de pesticides néonicotinoïdes. Nous essaieront de rassembler quelques grands noms du monde scientifique comme auteurs de ce document. Si nous réussissons à faire publier ces deux documents, il y aura un impact énorme, et une campagne menée par le WWF, etc. pourra être lancée immédiatement. Il sera beaucoup plus difficile pour les politiciens d'ignorer un document de recherche et un document de forum des politiques publiés dans Science. La chose la plus urgente est d'obtenir le changement de politique nécessaire et de faire interdire ces pesticides, pas de lancer une campagne. Une base scientifique plus solide devrait se traduire par une campagne plus courte. En tout cas, cela va prendre du temps, car l'industrie chimique va jeter des millions dans un exercice de lobbying. »

 

 
Plus c'est gros...

 

Stéphane Foucart (et Gary Dagorn) – c'est nous qui graissons :

 

« Au total, il existe plusieurs centaines d’études publiées dans la littérature scientifique montrant sans ambiguïté les effets délétères des néonicotinoïdes sur des invertébrés non ciblés. »

 

La conspiration de la science militante (citée par les auteurs du Monde) aurait conclu :

 

« Malgré d’importantes lacunes dans les connaissances et des incertitudes, il existe suffisamment de connaissances pour conclure que les niveaux actuels de pollution par les néonicotinoïdes et le fipronil, résultant des utilisations actuellement autorisées, dépassent souvent les plus faibles concentrations auxquelles des effets nocifs sont observés. Ils sont donc susceptibles d’avoir des impacts biologiques et écologiques négatifs à grande échelle et ce sur une vaste gamme d’invertébrés non ciblés, dans les habitats terrestres, aquatiques, marins et benthiques. »

 

C'est là la conclusion... de l'introduction. Qu'en est-il de la vraie conclusion ?

 

« À des niveaux de pollution réalistes sur le terrain, les néonicotinoïdes et le fipronil ont généralement des effets négatifs sur la physiologie et la survie d'un large éventail d'invertébrés non ciblés dans les habitats terrestres, aquatiques, marins et benthiques. Les effets sont le plus souvent trouvés par des tests in vitro, en utilisant un nombre limité d'espèces testées. Cela signifie essentiellement qu'il y a un déficit d'information pour la grande majorité des autres invertébrés. Les tests in vitro visant à établir des seuils de concentration environnementale sécuritaires sont entravés par le fait que la plupart des protocoles d'essai sont basés sur une méthodologie plus ancienne, validée pour des pesticides ayant des caractéristiques chimiques et toxicologiques très différentes. Des méthodologies nouvelles et améliorées sont nécessaires pour aborder spécifiquement la toxicologie unique de ces produits chimiques neurotoxiques, y compris leurs effets non létaux et leurs effets synergiques pour une variété d'organismes terrestres, aquatiques et marins.

 

La quantité de tests in vivo sur le terrain publiés est faible et les dispositifs expérimentaux souffrent souvent de l'incapacité de contrôler la variation dans des circonstances (semi-)naturelles ou ont une puissance statistique insuffisante en raison des coûts financiers élevés des expériences de terrain robustes. Compte tenu du corpus de preuves claires présenté dans cet article, montrant que les niveaux de pollution existants avec les néonicotinoïdes et le fipronil résultant des utilisations actuellement autorisées dépassent souvent les plus faibles concentrations entraînant des effets nocifs observés et qu'ils sont donc susceptibles d'avoir des impacts biologiques et écologiques négatifs à grande échelle, les auteurs suggèrent fortement que les organismes de réglementation appliquent davantage le principes de précaution et renforcent la réglementation sur les néonicotinoïdes et le fipronil.

 

La conclusion de l'introduction est-elle conforme à la conclusion générale de l'article ? Nous en doutons, pour le moins.

 

En tout cas, pour les « plusieurs centaines d’études publiées dans la littérature scientifique », nous avons une certitude grâce à ce groupe de travail...

 

 

Mais quid des vertébrés... et des oiseaux ?

 

Cela ne vous aura sans doute pas échappé : nous avons glosé sur « Effects of neonicotinoids and fipronil on non-target invertebrates » (effets des néonicotinoïdes et du fipronil sur les invertébrés non-cibles). Il y a certes un lien avec les oiseaux, mais encore ?

 

MM. Foucart et Dagorn sortent donc une autre étude du groupe de scientifiques complotistes, « A review of the direct and indirect effects of neonicotinoids and fipronil on vertebrate wildlife » (une revue des effets directs et indirects des néonicotinoïdes et du fipronil sur la faune sauvage vertébrée) de David Gibbons, Christy Morrissey et Pierre Mineau. Ils écrivent :

 

« Dans la même revue, trois autres chercheurs ont publié, la même année, une synthèse de près de cent cinquante études montrant la toxicité directe de ces substances pour les mammifères, les oiseaux, etc. »

 

Vraiment ? Leur résumé n'est pas très martial... sauf pour l'activisme politique :

 

« Les preuves présentées ici suggèrent que les insecticides systémiques, néonicotinoïdes et fipronil, sont capables de provoquer des effets directs et indirects sur la faune vertébrée terrestre et aquatique, ce qui justifie une examen supplémentaire de leur sécurité environnementale. »

 

Cela ne contredit pas l'affirmation du Monde sur la « la toxicité directe de ces substances » : tout est une question de dose. Mais l'ont-ils vraiment montrée/démontrée ?

 

Il y a eu 152 études analysées, dont 146 de toxicité directe. Mais 139 l'ont été en laboratoire... Et les auteurs admettent que le manque d'études au champ « limite notre capacité à interpréter les résultats en conditions de terrain réalistes ».

 

Mais... « Les essais de terrain ont produits quelques-unes des preuves les plus convaincantes ». On s'attend donc à une liste de références... il n'y a qu'un... exemple (Whitehorn, 2012, avec comme co-auteur, entre autres, l'activiste Dave Goulson, contributeur notamment de Greenpeace – et c'est à propos du bourdon, qui est, comme chacun sait, un oiseau (ironie)).

 

Voici encore leurs conclusions (c'est nous qui graissons) :

 

« Les insecticides néonicotinoïdes et fipronil peuvent exercer leur action sur les vertébrés soit directement, par leur toxicité manifeste, soit indirectement, par exemple, en réduisant leur apport alimentaire. Des variations marquées existent entre les taxons et les différents insecticides systémiques en termes de toxicité aiguë (mesurée par la DL50 et la CL50), tandis qu'une gamme d'effets sublétaux peut se produire à des concentrations de plusieurs ordres de grandeur inférieurs à celles causant la létalité. D'une manière générale, à des concentrations pertinentes pour les scénarios d'exposition sur le terrain, issues du traitement des semences, l'imidaclopride et la clothianidine peuvent être considérés comme un risque pour les espèces d'oiseaux granivores, tandis que le fipronil peut présenter un risque similaire pour les espèces de poissons sensibles. Sauf dans les cas les plus extrêmes, cependant, les concentrations d'imidaclopride et de clothianidine auxquelles les poissons et les amphibiens sont exposés semblent être nettement inférieures aux seuils de mortalité, bien que les effets sublétaux n'aient pas été largement étudiés.

 

Malgré l'absence de recherche et la difficulté d'établir la causalité, les effets indirects peuvent être aussi – voire plus – importants que les effets toxiques directs sur les vertébrés, car les insecticides systémiques modernes tuent plus efficacement les proies invertébrées des vertébrés que les invertébrés eux-mêmes. Étant donné les données présentées ici, les procédures actuelles d'évaluation des risques pour les néonicotinoïdes et autres pesticides systémiques doivent tenir compte des risques associés aux effets directs et indirects sur la faune vertébrée.

 

En résumé, l'acte d'accusation des néonicotinoïdes est bien mince, contrairement aux affirmations péremptoires des auteurs du Monde.

 

 

Vite, une diversion...

 

Pour faire illusion, nos compères reviennent vite aux insectes... et à ces chères abeilles. L'appel à l'émotion :

 

« Or certains d’entre eux [des néonicotinoïdes], en particulier l’imidaclopride, sont très persistants et s’accumulent d’année en année dans l’environnement. Au point que dans des régions agricoles du Royaume-Uni, les fleurs sauvages sont également contaminées et forment une source d’exposition importante pour les abeilles domestiques, ainsi que l’ont montré des chercheurs britanniques. »

 

C'est une allusion, non sourcée, à « Neonicotinoid Residues in Wildflowers, a Potential Route of Chronic Exposure for Bees » (résidus de néonicotinoïdes dans les fleurs sauvages, une route potentielle d'exposition pour les abeilles) de Cristina Botías et al. L'auteur principal : M. Dave Goulson, une des références du monde militant... régulièrement sollicité par M. Stéphane Foucart pour distiller la « bonne parole ».

 

 

 

 

Si vous pensez que les fleurs des bords des champs peuvent présenter des niveaux de résidus comparables, voire supérieurs à ceux du colza issu de semences traitées avec un néonicotinoïde...

 

Cet article a fait l'objet d'un commentaire de la part de Helen Mary Thompson et Peter Campbell (non accessible sur la toile), et les gens de l'Université du Sussex ont répondu. Voici le début :

 

« Il faut d'abord noter que Thompson et Campbell sont des employés de Syngenta, un important fabricant de néonicotinoïdes, et qu'ils ont donc clairement une raison de contester que les néonicotinoïdes contaminent les sols et les fleurs sauvages. »

 

C'est l'hôpital qui se moque de la charité : M. Dave Goulson a travaillé pour Greenpeace et 38 Degrees...

 

Si vous comprenez l'anglais, vous pouvez aussi visionner ceci, à partir de la minute 31... L'histoire de la paille et de la poutre...

 

 

Oups ! Vite, une deuxième diversion !

 

À ce stade, il est bon de rappeler que les « décodeurs » du Monde se sont inscrit en faux à propos de :

 

« De faibles doses de pesticides ont peu d’impact et ces intrants pèsent trois à quatre fois moins dans le déclin des oiseaux que la modification de leur habitat. »

 

Mais, dans leur mille-feuilles argumentatif, on en reste aux abeilles et aux néonicotinoïdes, pour le coup de massue final, avec la « puissance »  :

 

« En outre, ces pesticides sont les plus puissants jamais synthétisés et agissent à très faibles doses : un gramme d’imidaclopride peut tuer autant d’abeilles que 7,3 kilogrammes du célèbre DDT. Un gramme de thiaméthoxame équivaut à 5,4 kg de DDT et un gramme de clothianidine compte autant que 10,8 kg de DDT. »

 

C'est là une martingale des khmers verts. Qui se gardent bien de préciser que les néonicotinoïdes s'emploient à des doses de quelque dizaines de grammes par hectare (en traitements aériens ou de semences) alors que le DDT s'épandaient par kilos à l'hectare (et souvent plusieurs fois dans la saison).

 

 

À chaque jour suffit sa peine...

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article