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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ces drôles d'oiseaux du CNRS, du MNHN et du Monde Planète (épisode III)

18 Avril 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides

Ces drôles d'oiseaux du CNRS, du MNHN et du Monde Planète (épisode III)

 

Le Monde pose ses mines

 

 

 

 

En des temps maintenant lointains à l'aune médiatique, le 20mars 2018, un certain monde militant de l'Hexagone entrait en guéguerre, comme chaque printemps, contre les produits phytopharmaceutiques (de synthèse).

 

Le thème devait être l'alimentation (bio évidemment), un retour d'ascenseur vers le biobusiness, généreux financeur de la Semaine sans Pesticides. Mais ce n'était pas très vendeur.

 

Il fallait sonner le tocsin. Quoi de mieux que des annonces apocalyptiques sur la disparition des oiseaux... des seuls champs, pas des villes ? Le Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN) et le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) ont allumé la mèche médiatique avec chacun une page sur son site Internet se prévalant d'études (au sens de « publications scientifiques »)... inexistantes.

 

Le Monde prend le relais.

 

 

Nous sommes le 20 mars 2018, jour de l'ouverture de la Semaine sans Pesticides. Par le plus grand des hasards, le Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN) publie « Le printemps 2018 s'annonce silencieux dans les campagnes françaises », et le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), « Où sont passés les oiseaux des champs? ».

 

Le Monde fait fort, très fort. Quatre articles le même jour :

 

 

 

 

Nous nous intéresserons aux deux derniers.

 

 

Sus aux néonics

 

Le fil militant est simple. En chapô :

 

« Des cas d’empoisonnement à l’imidaclopride, le néonicotinoïde le plus courant, sont régulièrement constatés. »

 

En introduction :

 

« En détruisant les populations d’insectes, les insecticides néonicotinoïdes ont un impact sur les ressources alimentaires de nombreuses espèces d’oiseaux. Mais ils ont également un impact direct sur les oiseaux des champs, qui peuvent s’empoisonner en consommant des semences traitées aux « néonics » – c’est-à-dire enrobées de la substance toxique avant d’être semées. »

 

S'agissant des insectes, le premier problème est que les néonicotinoïdes utilisés en traitement aérien ne sont pas fondamentalement différents des autres insecticides. En traitement des semences, ils touchent essentiellement les insectes piqueurs et suceurs cibles et, dans une mesure qui fait débat, les butineurs : ils sont plutôt meilleurs pour l'entomofaune que les insecticides qui « flinguent » tout, parmi lesquels on trouve des substances utilisées en agriculture... biologique (ah, les pyréthrines « naturelles », du reste produites à grand renfort de fongicides de synthèse...).

 

Au total, c'est un bien mauvais procès. Mais ne sommes nous pas au tribunal de l'opinion médiatique ?

 

Quant aux oiseaux empoisonnés, l'auteur de cette « information » excipe d'un programme de phyto-pharmacovigilance piloté par l’ANSES qui a « passé en revue 101 foyers de mortalité d’oiseaux sauvages, totalisant plus de 730 animaux morts » :

 

« Dans ces incidents rapportés entre 1995 et 2014 par le réseau de surveillance des mortalités de la faune, les analyses ont révélé l’implication de l’imidaclopride – le néonicotinoïde le plus courant. Dans 70 % des cas, les auteurs jugent probable le lien de causalité avec la mort des animaux. »

 

Voilà une preuve irréfutable du hooliganisme de l'imidaclopride et de ses comparses néonics qui ne peut que ravir les Vychinski de l'écologisme agri-basheur...

 

« Au total, onze espèces d’oiseaux sont concernées, les principales étant la perdrix grise, le pigeon biset et le pigeon ramier. »

 

Il se trouve que le pigeon ramier peut être classé comme nuisible par les préfets :

 

« En apparence inoffensif, le pigeon ramier ou palombe peut être considéré comme nuisible, c'est-à-dire susceptible d'occasionner des dégâts. Ce classement est décidé par le préfet dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques de son département, pour assurer la protection de la flore et de la faune, ou pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles. »

 

Quant à la perdrix grise, un gazouilleur a été prompt à agiter un intéressant document, « Bilan de l’étude PeGASE sur la perdrix grise » de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCF).

 

Deux diagrammes expliquent bien une situation déjà connue des épisodes antérieurs : la cause principale de la mortalité – pour une espèce qui a les champs pour habitat et niche au sol – est la prédation.

 

 

 

 

 

Mais nous aimons bien les « informations » distillées par le Monde Planète de M. Stéphane Foucart. « Des cas d’empoisonnement [...] sont régulièrement constatés » (cinq par an en moyenne impliquant sept à huit volatiles... la belle affaire), mais :

 

« ...le réseau de surveillance utilisé par les chercheurs étant "opportuniste" (aucune recherche active et systématique n’est opérée), l’ampleur de ces empoisonnements demeure une question ouverte. »

 

Le truc favori des marchands de peur et des fabricants de doutes (voire de mensonges) : Ya quec'chose, mais on n'en sait guère plus... mais ça nous suffit pour sonner le tocsin.

 

Mais ya encore aut'chose : de quelle étude s'agit-il ? L'article du Monde Planète ne le dit pas... et pour cause : c'est « Field evidence of bird poisonings by imidacloprid-treated seeds: a review of incidents reported by the French SAGIR network from 1995 to 2014 » (ici avec un résumé en français)... publié fin décembre 2016.

 

Alors, pourquoi avoir ressorti une étude déjà un peu ancienne ? Le 20 mars 2018 ? Sans nul doute pour contribuer à la gesticulation de la Semaine sans Pesticides !

 

 

« À une "vitesse vertigineuse" »

 

Le deuxième article du jour dit de M. Foucart est essentiellement un développement de la dépêche de l'AFP (voir par exemple ici). Les trucs anxiogènes y sont bien alignés. Ainsi, « Les oiseaux disparaissent des campagnes françaises à une "vitesse vertigineuse" » selon le titre et le déclin est « catastrophique ».

 

« [Voir ci-dessous, citation A] le déclin observé est plus particulièrement marqué depuis 2008-2009 », écrit l'auteur. Un peu plus loin c'est : « Plus inquiétant, les chercheurs observent que le rythme de disparition des oiseaux s’est encore intensifié ces deux dernières années. » Et plus loin encore, il fait donner du Vincent Bretagnolle : « Pour le chercheur français, "on constate une accélération du déclin à la fin des années 2000 [voir ci-dessous, citation B]". »

 

Enfin, résumons : ça décline tout le temps... Mais il y a mieux. Pour ménager le suspense, nous avons gardé en réserve deux morceaux :

 

Citation A [de M. Foucart] : « Attribué par les chercheurs à l’intensification des pratiques agricoles de ces vingt-cinq dernières années, [le déclin observé est plus particulièrement marqué depuis 2008-2009, "une période qui correspond, entre autres, [...] et à la généralisation des néonicotinoïdes."] »

 

Citation B [de M. Bretagnolle] : « [déclin] que l’on peut associer, mais seulement de manière corrélative et empirique, à l’augmentation du recours à certains néonicotinoïdes, en particulier sur le blé, qui correspond à un effondrement accru de populations d’insectes déjà déclinantes. »

 

On peut certes ergoter sur les nuances et les convergences – le déclin est-il « attribué » ou seulement susceptible de pouvoir être « associ[é], mais seulement de manière corrélative et empirique » ? Cela fait tout de même un peu capharnaüm.

 

Les néonicotinoïdes, du reste, sont copieusement étrillés, comme il se doit dans le Monde Planète :

 

« ...ces fameux insecticides neurotoxiques, très persistants, notamment impliqués dans le déclin des abeilles, et la raréfaction des insectes en général. »

 

 

A suivre...

 

Dans le prochain épisode, nous verrons que les gens du Monde ont voulu nous démontrer que « ...les pesticides sont bien l’une des causes du déclin des oiseaux » et qu'il y a des gens qui « ont d’ailleurs peu de doutes sur l’implication des néonicotinoïdes dans le déclin de la biodiversité en général ».

 

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A
Les DNA donnent la parole à deux "Ornithologues et naturalistes du Centre-Alsace*" qui ont trouvé une nouvelle tare au glyphosate : il, je cite : "détruit la nourriture des oiseaux" !
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S
Guata Tag,<br /> <br /> Merci pour cette information.<br /> <br /> Oui, c'est un reproche qu'on fait souvent au glyphosate... en oubliant que la binette présente exactement la même tare (quand elle est utilisée, cela va de soi).
J
Une journaliste du Monde est allé rendre visite chez Monsanto: Les gens de Monsanto, la multinationale de l’agrochimie.
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour l'information. Vous aurez vu que je me suis régalé à la lecture de cette prose...
F
Les figures présentent les chiffres pour les perdrix. Il me semble difficile d'extrapoler ces chiffres à des oiseaux plus difficile à attraper comme les passereaux, mais je peux me tromper, je ne suis pas ornithologue.
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour le commentaire.<br /> <br /> Je serais incapable de dire comment ont été fait les comptages.