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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ces drôles d'oiseaux du CNRS, du MNHN et du Monde Planète (épisode I)

16 Avril 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme

Ces drôles d'oiseaux du CNRS, du MNHN et du Monde Planète (épisode I)

 

L'alterscience attaque et les médias clonent

 

 

 

20 mars 2018 : ouverture de la Semaine sans Pesticides, la gesticulation annuelle pilotée par Générations Futures pour le plus grand profit du biobusiness.

 

Le Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN) et le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) – se prévalant de deux études – publient sur leurs sites respectifs des annonces apocalyptiques sur la disparition des oiseaux des espaces agricoles. Les pesticides sont mis en cause de manière appuyée.

 

La presse – le Monde Planète étant comme d'hab' au premier rang – répercute sans recul ni critique.

 

Le Ministre Hulot fait un show pathétique à l'Assemblée Nationale...

 

Tout compte fait... il n'y a pas d'études (publiées) !

 

 

Ce n'est pas un complot, mais cela en a tout l'air. En fait, il y a dans notre société une mouvance anti-progrès – et donc anti-science (même dans de prestigieuses entités scientifiques) et anti-technologie – qui se met en branle dès que l'occasion se présente grâce à des automatismes pavloviens et quelques échanges de courriels.

 

 

20 mars 2018... Semaine sans Pesticides

 

Or donc, pilotée par la petite entreprise Générations Futures incorporée sous forme d'association loi 1901, la Semaine sans Pesticides s'est ouverte le 20 mars 2018. Le thème ? L'alimentation. Bio évidemment... il faut bien renvoyer l'ascenseur aux généreux donateurs qui financent, et GF, et la Semaine... les Biocoop, Botanic, Bjorg Bonneterre et Compagnie, etc.

 

Une mouvance se met en branle ? GF a aussi eu le bonheur de recevoir une subvention du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire (dans cet ordre...) d'un montant de 25.000 euros dans le cadre des « Action 17 – Accompagner les évolutions prévues par la loi "Labbé" » et « Action 18 – Engager les acteurs des JEVI dans la réduction de l’usage des produits phytopharmaceutiques et la diffusion des solutions alternatives (communication, plates-formes Internet…) ». On aimerait savoir comment les fonds issus de nos impôts ont été dépensés et quel a été le retour d'informations.

 

 

Le hasard fortuitement organisé au MNHN ?

 

Par le plus grand des hasards, le Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN) publie le 20 mars 2018 « Le printemps 2018 s'annonce silencieux dans les campagnes françaises », avec en sous-titre : « Deux nouvelles études démontrent que les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse ».

 

Le clin d'œil à Rachel Carson et son « Printemps silencieux » est explicite :

 

« Ces deux études, menées toutes deux sur une vingtaine d'années et à des échelles spatiales différentes, révèlent l’ampleur du phénomène : le déclin des oiseaux en milieu agricole s’accélère et atteint un niveau proche de la catastrophe écologique. En 2018, de nombreuses régions de plaines céréalières pourraient connaître un printemps silencieux (« Silent spring ») annoncé par l’écologue américaine Rachel Carson il y a 55 ans à propos du tristement célèbre DDT interdit en France depuis plus de 45 ans. [...] »

 

Voulez-vous vous en convaincre ? Voici un graphique – pas très lisible... merci le MNHN...

 

 

 

 

L'auteur du communiqué s'avance aussi :

 

« Cette disparition massive observée à différentes échelles est concomitante à l'intensification des pratiques agricoles ces 25 dernières années, plus particulièrement depuis 2008-2009. Une période qui correspond entre autres à la fin des jachères imposées par la politique agricole commune, à la flambée des cours du blé, à la reprise du sur-amendement au nitrate permettant d'avoir du blé sur-protéiné et à la généralisation des néonicotinoïdes, insecticides neurotoxiques très persistants. »

 

Voilà qui mériterait une analyse détaillée que nous ne ferons qu'effleurer : cum hoc, propter hoc ! On pourrait tout aussi bien dire que la « disparition massive » est concomitante au développement de l'agriculture biologique...

 

 

(Source) Notez bien la rupture de pente de 2008-2009... et celle de 2014... ça colle pour le cum hoc, propter hoc...

 

 

Ou avec l'augmentation de l'utilisation des pyréthrinoïdes (peut-être couplée à la diminution des traitements de semences des espèces mellifères aux néonicotinoïdes).

 

 

 

 

En tout cas, la « généralisation des néonicotinoïdes » est massive pour 2013-2015 (ironie) :

 

 

(Source)

 

 

Et que vient faire la fertilisation azotée ici ?

 

 

Le hasard fortuitement organisé (bis) au CNRS ?

 

Par le plus grand des hasards, le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) publie dans son journal, également le 20 mars 2018, « Où sont passés les oiseaux des champs? ».

 

Quel lyrisme en chapô :

 

« L’alouette des champs ou la linotte mélodieuse font traditionnellement résonner leur chant dans les campagnes françaises. Mais pour combien de temps encore ? Deux études récentes dressent un constat alarmant : les populations d’oiseaux vivant en milieu agricole ont perdu un tiers de leurs effectifs en 17 ans. »

 

On voit d'emblée que c'est une communication de nature scientifique...

 

Et honni soit qui y voit une démarche militante. Sainte Rachel et son « Printemps silencieux » est pourtant invoquée dès le premier paragraphe ; mais non... les communicants du MNHN et du CNRS ne se sont pas concertés... Le DDT y est qualifié de « puissant insecticide, [qui] décimait les populations d’oiseaux aux États-Unis » ; mais non, l'auteur n'a pas fait ses classes au Monde Planète...

 

Un gourou à qui on peut prédire un bel avenir dans le contexte actuel du déclinisme et des lamentations pseudo-écologiques/istes est aussi mis à contribution :

 

« "Nos campagnes sont en train de devenir de véritables déserts." "Les populations d’oiseaux s’effondrent littéralement dans les plaines céréalières, et cela concerne toutes les espèces, renchérit Vincent Bretagnolle, écologue au Centre d’études biologiques de Chizé et directeur de la zone atelier "Plaine et val de Sèvre". Les perdrix se sont presque éteintes de notre zone d’étude… »

 

Vincent Bretagnolle ? Lire « Inutile, le désherbage ?? Quand l’agroécologie nie l’agronomie… et l’écologie » sur Forumphyto. Et aussi de notre plume « Assemblée Nationale, le Monde, "Du courage !" de Mme Isabelle Saporta : la post-vérité sur un article scientifique sur les abeilles et les néonicotinoïdes ». Cela peut sembler de l'ad hominem. Ce n'est pas le cas : ce sont des références à des problèmes systémiques d'approche de la science.

 

Comme le MNHN, le CNRS – enfin son communicant – met en cause les pesticides avec un intertitre explicite : « Les pesticides pointés du doigt ». Pourtant...

 

« Les raisons de ce déclin sont en effet à chercher du côté de l’intensification de l’agriculture, les paysages devenant toujours plus homogènes – des champs de maïs et de blé à perte de vue – et toujours aussi massivement arrosés de pesticides, malgré le plan Écophyto qui vise à réduire de moitié leur utilisation en France d’ici à 2020. "Les surfaces dédiées à la monoculture n’ont cessé d’augmenter en France, conduisant à la destruction des milieux favorables aux oiseaux et aux insectes. Et en 2009, la Politique agricole commune a donné un coup d’arrêt aux jachères, ce qui est également néfaste pour la biodiversité, décrypte Benoît Fontaine. Dernier facteur nuisible : les pesticides."

 

Les champs sont « à perte de vue » et « arrosés de pesticides »... Nous utiliserions « massivement » des pesticides. Pourtant...

 

 

(Source) L'utilisation des produits phytosanitaires est un peu remontée ces dernières années. Ce sont la météo et la pression des ennemis des cultures qui commandent...

 

 

Utilisation de pesticides en kg/hectare (Source). Si on suit le raisonnement de l'alterscience, les campagnes néerlandaises et belges devraient être des déserts...

 

 

...ou peut-être les campagnes espagnoles et italiennes ? Ventes d'insecticides en milliers de tonnes (source)

 

 

La rhétorique militante est donc au rendez-vous. Mais curieusement, les pesticides « pointés du doigt » selon l'intertitre ne sont que le « [d]ernier facteur nuisible » selon le texte...

 

Mais c'était peut-être pour mieux sauter... haro sur les suspects coupables habituels :

 

« Si, dans les années 1960, c’est le DDT qui fait parler de lui, ce sont aujourd’hui les néonicotinoïdes, des insecticides qui contaminent l’ensemble de l’écosystème, mais aussi le glyphosate (Roundup), l’herbicide le plus utilisé au monde, qui inquiètent. Tous les deux concourent à la disparition des plantes et des insectes et donc aux ressources alimentaires des oiseaux, surtout au printemps. "Il n’y a quasiment plus d’insectes, c’est ça le problème numéro un", martèle Vincent Bretagnolle. Et le constat est le même partout. Deux études récentes ont révélé que l’Allemagne et l’Europe auraient perdu 80 % d’insectes volants et 421 millions d’oiseaux en 30 ans. »

 

Voilà des affirmations intéressantes. Les néonics «  contaminent l’ensemble de l’écosystème » ? Ah bon... Le glyphosate concourt à la disparition des insectes, et les néonics, des plantes ? Ah bon...

 

Le glyphosate, ennemi public numéro un par la grâce des activistes, de nombreux médias et de bon nombre de politicards, n'a pas plus d'effet sur les plantes qu'un autre herbicide total ou une combinaison d'herbicides éliminant l'ensemble des adventices présentes. Et il ne peut pas être utilisé en cours de culture, contrairement aux herbicides sélectifs (appropriés). Manifestement, le procès est mauvais. Mais n'est-ce pas la signature du militantisme ?

 

 

Le Monde Planète embraye...

 

...le 20 mars 2018...

 

Il y eut, avec AFP, « Ces oiseaux des campagnes françaises menacés d’extinction ».

 

Mme Audrey Garric signa une interview de M. Romain Julliard, professeur au MNHN, « "On assiste à un effondrement de la biodiversité sauvage" ». C'est plutôt de la belle ouvrage.

 

Et M. Stéphane Foucart, pour sa part, partit en pétard... « Les oiseaux, victimes directes des insecticides néonicotinoïdes » et « Les oiseaux disparaissent des campagnes françaises à une "vitesse vertigineuse" ».

 

Il y eut, peu de temps après, d'autres articles à la Philippulus occasionnés par la sortie des rapports de la Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services – IPBES). Surnommé GIEC de la biodiversité – comme si c'était un compliment – cet organisme est chargé d'établir et d'imposer une pensée dominante dans son domaine d'attribution... Tout fout le camp...

 

Et il y a même un « Autoportrait de l’hirondelle rustique avant sa disparition » qui vient de sortir alors que nous écrivons. Toujours la même rengaine : c'est la faute à l'« agriculture intensive [qui] empoisonne les insectes ».

 

Bien d'autres médias ont, comme d'hab', suivi. Pour le texte de l'AFP, voir par exemple « Les oiseaux des campagnes en déclin "vertigineux", Muséum et CNRS sonnent l'alarme » dans Sciences et Avenir. Un morceau de choix :

 

« Cette disparition massive est concomitante à l'intensification des pratiques agricoles ces 25 dernières années, plus particulièrement depuis 2008-2009, période qui correspond à la fin des jachères imposées par la Politique agricole commune, à la flambée des cours du blé, à un nouveau recours au nitrate et à la généralisation des insecticides néonicotinoïdes, énumèrent le CNRS et le Muséum. »

 

 

Nicolas Hulot, le pathétique...

 

Le 21 mars 2018, M. Nicolas Hulot, Ministre de la Transition Écologique et Solidaire s'exprimait devant l'Assemblée Nationale. Il s'est plutôt donné en spectacle. Pathétique.

 

Surfant sur la disparition des oiseaux et des insectes, ainsi que de celle du dernier grand mâle rhinocéros blanc du nord de l’Afrique, il a regretté que « tout le monde s’en fiche, à part quelques-uns » et dit vouloir « simplement avoir un sursaut d’indignation et de réaction. »

 

Mais le plus pathétique aura encore été les applaudissements plutôt nourris pour cette manifestation d'autoflagellation et de défaitisme.

 

 

...et notre ambassadrice auprès des pingouins

 

Son Excellence Madame l'Ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles Arctique et Antarctique et Envoyée spéciale pour la mise en œuvre de l'Alliance Solaire Internationale – et aussi Présidente de la COP21 (la COP est finie depuis un bon bout de temps, mais ça figure toujours sur son compte twitter) – n'a toujours pas compris les règles de la diplomatie. Ou plutôt elle s'en moque.

 

 

 

 

Ah, le besoin compulsif d'exister et de paraître ! Ou est-ce l'expression de la politique gouvernementale ? Qu'en pense Jupiter ?

 

 

Mais y a-t-il eu des études ?

 

L'agitation et les gesticulations ont donc été aussi grandioses qu'insignifiantes. Mais sur quelle base ? Le MNHN fanfaronne sur Twitter :

 

 

(Source)

 

 

Un twittos interroge, et la réponse tombe :

 

 

 

 

Il n'y a pas eu de nouvelle étude (publiée) ! Et pour se donner bonne contenance dans cette adversité relative (puisque les médias se sont désintéressés de ce scandale), le MNHN annonce le lendemain avoir mis à jour sa page, pour en fait lui donner un semblant de vernis scientifique.

 

 
La morale de l'histoire...

 

Deux institutions scientifiques se sont livrées à une manipulation politique et médiatique. La société a été escroquée. Et c'est aussi la science qui a été bafouée.

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J
Bonjour, <br /> Quelle est votre interprétation du diagramme montrant la chute de population d'oiseaux en milieux agricoles ? http://vigienature.mnhn.fr/page/produire-des-indicateurs-partir-des-indices-des-especes-habitat
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre question.<br /> <br /> Il y a une analyse percutante ici :<br /> <br /> https://www.agriculture-environnement.fr/2018/06/20/la-biodiversite-de-nos-campagnes-en-question<br />