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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pourquoi il faut sauver la sécurité des aliments en France

24 Mars 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Albert Amgar, #Santé publique

Pourquoi il faut sauver la sécurité des aliments en France

 

Albert Amgar*

 

 

Quand quelqu’un est en train de se noyer, on essaie maladroitement ou non de le sauver, et ce que je souhaite est précisément cela : tenter de sauver la sécurité des aliments en France qui semble mal en point depuis quelques années faute de crédits suffisants… il faut que cela se sache ! On apprend ainsi par un communiqué du 20 mars 2018 du ministère de l’agriculture, à propos de la publication du rapport 2017 de la DGAL,

 

« La Direction générale de l’alimentation (DGAL) veille à la sécurité et à la qualité des aliments à tous les niveaux de la chaîne alimentaire, ainsi qu’à la santé et à la protection des animaux et des végétaux, en coordination avec les services de l’État en régions et départements et avec les différents acteurs concernés: professionnels du monde agricole, associations, consommateurs… »

 

Il y a presque un an, j’avais écrit un article intitulé « Doit-on ou faut-il sauver le soldat DGAL ? » à propos des Orientations stratégiques et priorités 2018 pour l'organisme DGAL.

 

Oui, il faut à la réflexion sauver le soldat DGAL, malgré lui, à moins qu’il ne soit trop tard, parce que la coupe semble désormais pleine et l’aide (morale) ne peut venir que de l’extérieur… par exemple de Santé Publique France (ex InVS en partie) et de l’Anses… pour ne citer que les deux agences sanitaires les plus importantes…

 

L’InVS estimait dans un récent article, Estimation de la morbidité et de la mortalité liées aux infections d’origine alimentaire en France métropolitaine, 2008-2013 :

 

« La connaissance du poids absolu et du poids relatif des infections d’origine alimentaire est utile pour l’ensemble des acteurs (pouvoirs publics et opérateurs) intervenant dans le domaine de la sécurité sanitaire des aliments. »

 

Raison de plus pour ne pas baisser la garde en termes de contrôles ou d’inspections en matière de sécurité des aliments… malheureusement, c’est tout le contraire auquel on assiste actuellement ; peut-être qu’une réaction salutaire via l’Anses, sous forme d’auto-saisine, fera-t-elle faire évoluer les choses. Rien n’est moins sûr et c’est donc avec beaucoup de tristesse que les chiffres des différents rapports de la DGAL de 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017, vont ci-après être synthétisés sous forme de tableaux ; ils illustrent pourquoi la sécurité des aliments en France est en train de devenir un chef d’œuvre en péril… hélas…

 

La situation est assez cocasse car depuis 2013, la DGAL indique dans ses différents rapports une donnée constante, « La DGAL, ce sont 4 800 équivalents temps plein (ETP) », comme un leitmotiv ; cela ne tient pas compte, hélas, de la baisse des effectifs des personnels chargés des inspections et par voie de conséquence du nombre d’inspections en sécurité des aliments à la baisse, plusieurs fois mis en avant sur ce blog, mais non diffusés sur les  sites grand publics.

 

Pour mémoire, voici le nombre total d’inspections en sécurité des aliments en France depuis 2012, date charnière de la baisse inexorable de ces contrôles :

  • 2012 : 86 239

  • 2013 : 82 729

  • 2014 : 78 000

  • 2015 : 76 000

  • 2016 : 55 000

  • 2017 : 54 000

 

Concernant les fermetures partielles ou totales d’établissements, on dispose des chiffres suivants :

 

Les données de l’année 2012 montre un total de fermetures totales ou partielles de 0,1 % pour les entreprises alimentaires, de 1,57 % pour l’ensemble des établissements de restauration commerciale et collective (le détail n’est pas précisé) et 1,50 % pour les commerces.

 

Pour les années suivantes, les fermetures partielles ou totales ne sont proposées qu’en regard du nombre total d’inspections :

  • 2013 : 607 (0,7%)

  • 2014 : 1 100 (0,7%)

  • 2015 : 950 (1,25%)

  • 2016 : 750 (1,36%)

  • 2017 : 670 (1,24%)

 

Difficile dans ces conditions de déduire des éléments probants des fermetures partielles ou totales pour l’ensemble des entreprises inspectées : entreprises alimentaires, restauration commerciale, restauration collective et commerces.

 

En revanche, on constate par secteur, année après année, une augmentation significative du total des suites…

 

Certes l’effort a été mis sur les inspections dans la restauration commerciale, mais c’est encore nettement insuffisant, et malheureusement on connaît les conséquences en termes sanitaires des baisses des années précédentes.

 

C’est ainsi que dans un précédent article, au cours de l’opération dite « Fêtes de fin d‘année » (OFFA) 2017-2018, la restauration commerciale s’est particulièrement distinguée... selon la note de service du ministère de l’agriculture du 8 mars 2018.

 

« Le secteur de la restauration commerciale est particulièrement concerné par cette perte de maîtrise des risques, liée à de mauvaises pratiques d'hygiène (locaux, personnel, manipulation / process de fabrication de denrées) et au non-respect des dates limites de consommation ou des températures de conservation des denrées. »

 

2017 a donc été au global une très mauvaise année pour l’hygiène et la sécurité des aliments en France.

 

Faut-il espérer du mieux pour demain ?

 

Sans aucun doute, mais sans moyens plus conséquents et sans une politique de sanctions plus adaptées, il n’y aura pas de résultats…

 

Il faut donc, sans plus tarder, réorienter la démarche qui a failli à ce jour et éviter à tout prix que la sécurité des aliments en France ne devienne un chef d’œuvre en péril…

 

Pourquoi pas des états généraux de la sécurité des aliments ?

 

 

NB : Anecdote à propos de la sécurité des aliments survenue lors de l’écriture de cet article. La DGCCRF a communiqué le 22 mars 2018 sur un « Avis de rappel de tartine croustillante de seigle complet de marque Carrefour ». Le souci est que ce rappel a été annoncé par le site Oulah! le 5 mars 2018… soit 17 jours auparavant…

 

 

Ma note : Que Choisir consacre trois pages à cette question dans son numéro d'avril 2018.

 

______________

* Albert Amgar a été pendant 21 ans le dirigeant d'une entreprise de services aux entreprises alimentaires ; il n'exerce plus aujourd'hui, car retraité, mais vous livre des informations dans le domaine de l’hygiène et de la sécurité des aliments.


 

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A
UFC Que Choisir dans son numéro 568 d'avril 2018 rapporte dans une enquête, "Une administration affaiblie".

Le long délai écoulé avant le retrait des lots de lait contaminé Lactalis pose question… « Que Choisir » a enquêté et la nouvelle organisation de la Répression des fraudes serait un des éléments de réponse. Depuis la réforme générale des politiques publiques (RGPP) de 2008, les agents de la répression des fraudes ont été réduits et répartis : 25 % sont allés dans les directions régionales (les Dirrecte) chapeautées par les préfets et ne s’occupent que des dossiers de la concurrence, une quarantaine est restée sous les ordres de la direction centrale de Paris et forme le service national d’enquête (SNE) pour des investigations plus conséquentes. La majorité des enquêteurs a surtout été répartie dans les nouvelles directions départementales de protection de la population (DDPP), sous les ordres des préfets de département. Non seulement leurs tâches sont très étendues – de la protection économique à la sécurité du consommateur en tout domaine – mais leur nombre n’est pas suffisant (4 agents sur le terrain par département !). Bien plus, les résultats de leurs travaux se dégradent, comme l’indique un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF). Ils sont soumis à des rendements préjudiciables pour des enquêtes de fond, et quand ces dernières ont lieu, le préfet pourrait parfois opter pour la préservation de l’emploi d’une entreprise suspectée plutôt que pour la poursuite des investigations et sanctions éventuelles… Un focus est dédié aux autocontrôles obligatoires pour les industriels qui se substituent à ceux de l’État.

C'est à lire ...
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S
Bonjour,

Merci pour ce complément.

C'est en effet un excellent article.