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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Néonicotinoïdes : mise à jour d'un article « scientifique » militant... par un autre article « scientifique » militant

7 Mars 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Néonicotinoïdes, #Activisme, #Article scientifique

Néonicotinoïdes : mise à jour d'un article « scientifique » militant... par un autre article « scientifique » militant

 

 

 
« Bizarre ! Vous avez dit "bizarre ?" »

 

C'est sans doute une coïncidence – enfin un hasard dirigé selon les thèses complotistes–, mais la revue Environmental Science and Pollution Research a mis en ligne le 25 février 2018 « An update of the Worldwide Integrated Assessment (WIA) on systemic insecticides. Part 3: alternatives to systemic insecticides » (une mise à jour de l'Évaluation Mondiale Intégrée sur les insecticides systémiques. Partie 3 : alternatives aux insecticides systémiques) de Lorenzo Furlan, Alberto Pozzebon, Carlo Duso, Noa Simon-Delso, Francisco Sánchez-Bayo, Patrice A. Marchand, Filippo Codato, Maarten Bijleveld van Lexmond et Jean-Marc Bonmatin.

 

C'était quelques jours avant la mise en ligne des nouvelles évaluations de l'EFSA, dont la publication avait été annoncée pour la mi-février.

 

Pour sa publicité médiatique, l'article a donc pu bénéficier de l'appel d'air créé par les évaluations de l'EFSA... Bien vu ! M. Bonmatin apparaît ainsi dans les quatre articles du Monde que nous avons cités dans le billet susvisé.

 

 
Critiquer l'article, c'est prendre des risques

 

M. Jean-Marc Bonmatin ? Nous avons vu qu'il ne nous tient pas en haute estime – nous, Gil Rivière-Wekstein, Anton Suwalki, David Zaruk (Riskmonger), votre serviteur...

 

Nous écrirons donc que c'est un article long – nous ne risquons pas de menaces de poursuites en écrivant cela, n'est-ce pas ? L'envie de le disséquer ne nous manque pourtant pas... mais c'est si long... Et il y a tellement à dire...

 

 

 

 

Littérature militante

 

Si vous voulez un résumé, il y a le communiqué de presse sur le site de la Task Force on Systemic Pesticides (groupe de travail sur les pesticides systémiques). Le titre – « Une étude scientifique mondiale révèle qu’il existe des solutions de rechange efficaces et avantageuses aux insecticides néonicotinoïdes et fipronil » – et le chapô – « L’article constate également que ces insecticides systémiques n’ont plus l’efficacité attendue, et souligne la résistance des organismes nuisibles comme l’une des raisons supplémentaires pour mettre un terme à l’utilisation massive de ces substances toxiques pour toute la biodiversité » – suffisent pour le classement de l'article : littérature militante.

 

On peut aussi s'en tenir à la conclusion du communiqué :

 

« "Les autorités de réglementation doivent comprendre que si nous voulons mettre en place des pratiques agricoles durables, nous avons besoin d’un cadre réglementaire et de programmes plus restrictifs afin d’aider les agriculteurs à faire la transition", explique Bonmatin. "Nos constatations concernant l’existence et l’efficacité de solutions de rechange seront particulièrement utiles là où de nouvelles restrictions quant à l’utilisation des néonicotinoïdes sont envisagées.»

 

Est-ce de la science ou du lobbying ?

 

 

Est-ce de la science ?

 

Il va falloir s'y faire : un article n'est plus forcément scientifique du simple fait qu'il a été publié dans une revue scientifique.

 

Fournissons donc le résumé, très instructif (comme d'habitude, nous découpons) :

 

« Le recours excessif aux pesticides pour lutter contre les ravageurs inflige de sérieux dommages aux services environnementaux qui sous-tendent la productivité agricole.

 

L'utilisation répandue des insecticides systémiques, des néonicotinoïdes et du phénylpyrazole fipronil en particulier est évaluée ici en termes d'utilisation réelle dans la lutte antiparasitaire, d'effets sur les rendements des cultures et de développement de la résistance des ravageurs à ces composés dans de nombreuses cultures après deux décennies d'utilisation.

 

La résistance ne peut être surmontée à long terme qu'en mettant en œuvre des méthodes qui ne sont pas exclusivement basées sur des pesticides de synthèse. Une gamme variée de tactiques de lutte antiparasitaire est déjà disponible, toutes pouvant permettre de lutter efficacement contre les ravageurs en dessous du niveau de dommages économiques tout en maintenant la productivité des cultures.

 

Une nouvelle méthode d'assurance contre les mauvaises récoltes est présentée ici comme un exemple de méthodes alternatives qui peuvent protéger les cultures des agriculteurs et leurs moyens de subsistance sans avoir à utiliser d'insecticides.

 

Enfin, quelques remarques finales sur la nécessité d'un nouveau cadre pour une agriculture véritablement durable qui repose principalement sur les services écosystémiques naturels au lieu de produits chimiques sont incluses ; ce qui renforce les conclusions précédentes de l'EMI (van der Sluijs et al., Environ Sci Pollut Res 22: 148-154, 2015).

 

 

Un groupe soudé par le militantisme

 

Ce n'est pas surprenant : nous vous avons relaté en détail la genèse et les ambitions du groupe de travail sur les pesticides systémiques dans « "La condamnation d'abord ! La motivation ensuite !"... Malice au Pays des Abeilles, par Wackes Seppi » sur le site Imposteurs de notre ami Anton Suwalki.

 

Rappelons que l'intention de produire des articles « scientifiques » dans le but exprès de sous-tendre des campagnes activistes en vue de l'interdiction des pesticides en cause a été consignée dans un compte rendu de réunion :

 

« Nous essaieront de rassembler quelques grands noms du monde scientifique comme auteurs de ce document. Si nous réussissons à faire publier ces deux documents, il y aura un impact énorme, et une campagne menée par le WWF, etc. pourra être lancée immédiatement. Il sera beaucoup plus difficile pour les politiciens d'ignorer un document de recherche et un document de forum des politiques publiés dans Science. La chose la plus urgente est d'obtenir le changement de politique nécessaire et de faire interdire ces pesticides, pas de lancer une campagne. Une base scientifique plus solide devrait se traduire par une campagne plus courte. »

 

 

Une étonnante interview

 

Le communiqué de presse sue le militantisme ; le résumé de l'article « scientifique » transpire le militantisme... On peut aussi se référer à une longue interview que M. Bonmatin a donnée à Mme Coralie Schaub, de Libération, « Pesticides "tueurs d'abeilles" : "Ils n'augmentent pas les rendements agricoles et ont des effets catastrophiques" ». C'est [censuré].

 

Allons, disons que c'est étonnant.

 

Osons quand même cette remarque ; les « pesticides tueurs d'abeilles », c'est prétendument la peste et le choléra dans les sphères militantes et, à leur suite, médiatiques (et aussi politiciennes). Pourtant, les États (hors Union Européenne] continuent à les autoriser, et les agriculteurs continuent à les utiliser... Seraient-ils tous irresponsables ?

 

Soyons même téméraires... Il s'agit de propos tenus par un des orateurs de la conférence « "Sciences et Médias" : Comment lutter contre la désinformation scientifique ? » :

 

Dans Libération :

 

« Et quid des impacts des «néonics» sur la santé humaine?

 

Alors là, on est mal partis... On se rend compte de plus en plus qu’il y a des effets sur la santé humaine. Plusieurs études ont été publiées sur le sujet. Ces pesticides ont un lien avec les maladies du spectre autistique, les malformations cardiaques, le neurodéveloppement du cerveau. Ils sont aussi perturbateurs endocriniens, cancérigènes, et ont des effets sur la thyroïde, le foie et les testicules. »

 

Dans l'article « scientifique » :

 

« ...Plus récemment, les néonicotinoïdes ont été proposés comme une catégorie d'insecticides caractérisés par des risques réduits pour la santé humaine. »

 

Et :

 

« La dépendance excessive à l'égard du contrôle chimique est associée à la contamination des écosystèmes (Bonmatin et al., 2015 ; Pisa et al., 2015 ; Mineau et Whiteside, 2013 ; Beketov et al., 2013 ; Giorio et al., 2017) et des effets indésirables sur la santé (Scott et al. 2014 ; Cimino et al., 2017 ; Wang et al., 2018), bien que dans le cas des néonicotinoïdes et du fipronil, la rareté des études sur la santé humaine à ce jour nous empêche de faire une évaluation claire. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour étudier les effets induits par ces agonistes du système neuronal après une exposition humaine chronique (par exemple, agriculteurs et travailleurs, exposition par des boissons, aliments, animaux domestiques et de rente traités, structures en bois traité, pollution de l'air, etc. la somme de toutes ces expositions) (Salis et al., 2017). »

 

 

Pas de conflits ni de liens d'intérêts ?

 

Nous ajouterons même avec un brin de hardiesse que parmi les auteurs de l'article « scientifique » figure un agent de l'Institut Technique de l’Agriculture Biologique (ITAB). Nous ne mettrons pas en cause son éthique et son objectivité, mais n'y a-t-il pas là une affiliation susceptible de poser des questions ?

 

Les auteurs remercient les entités suivantes pour leur « aide dans la diffusion des résultats mis à jour de l'EMI » (évaluation mondiale intégrée) – lire : le paiement des frais de publication en « pay to play » : la Fondation Lune de Miel, la Fondation David Suzuki, la « communauté » SumofUs, la Fondation Rovaltain, la Fondation Aurelia, et l'UICN.

 

La Fondation Lune de Miel – de l'entreprise Famille Michaud Apiculteurs dit « militer contre les néonicotinoïdes pour protéger les abeilles ».

 

David Suzuki est un militant « écologiste » canadien bien connu.

 

La Fondation Rovaltain sous-titre son site : « Pour un monde sans pollution ».

 

L'Aurelia Stiftung sous-titre son site : « es lebe die Biene » (vive l'abeille). Elle dirige la Bündnis Bienenschutz, une alliance de 15 organisations de l'apiculture, de l'environnement et de l'industrie alimentaire, laquelle finance les frais de procédure encourus par des parties intervenantes dans la procédure qui oppose Bayer et Syngenta à la Commission Européenne devant la Cour de Justice de l'Union Européenne. Cette situation n'a-t-elle pas quelque ressemblance avec une autre, impliquant le glyphosate ?

 

SumOfUs, c'est l'industrie de la pétition et de la protestation... pour laquelle l'activisme anti-agrochimie est un formidable fond de commerce. Nous avons vu dans un billet précédent avec quels arguments ils ont fait appel aux dons...

 

 

Imaginez...

 

Imaginez une situation à fronts renversés : un consortium de chercheurs financés par les milieux favorables à l'utilisation des néonicotinoïdes et affirmant – comme le font notamment les fabricants – que les néonicotinoïdes incriminés sont d'un usage suffisamment sûr lorsque cet usage est conforme aux préconisations... Que n'écriraient pas les journalistes militants chasseurs de conflits d'intérêts...

 

 

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A
Disposez vous d'une adresse email?
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A
Bonjour,

Les néonics sont aussi en mauvaise posture au Québec. Ils seront prochainement réglementés et soumis à ordonnance. Ce qui est, en filigrane, une peine de mort pour ces molécules efficaces et bon marché. Au final ce sera encore l'agriculteur qui va payer la facture. Les alternatives au néonics ne sont pas données et pas vraiment plus efficaces...

Je vous laisse lire les articles de presse ci dessous pour saisir l'ampleur de la paranoïa anti-néonic ambiante dans la belle province:

http://www.ledevoir.com/societe/environnement/521843/agriculture-crise-dans-un-centre-de-recherche-finance-par-quebec

http://www.ledevoir.com/societe/520673/pesticides-les-producteurs-de-grains-sont-mecontents

http://www.ledevoir.com/societe/environnement/521374/l-abandon-des-neonicotinoides-ne-reduit-pas-les-rendements-agricoles-dit-un-groupe-de-scientifiques

http://www.ledevoir.com/societe/environnement/521362/pesticides-tueurs-d-abeille

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1087515/etude-recherche-quebecoise-inrs-effet-femmes-sante-pesticides-tueurs-abeilles-neonicotinoides

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1086727/cerom-mapaq-agriculture-ministere-pesticides-grains-overbeek-recherche-prive-public
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire et les liens.

C'est hélas un effet de la francophonie...