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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« "Sciences et Médias" : Comment lutter contre la désinformation scientifique ? » Par la désinformation !

15 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme

« "Sciences et Médias" : Comment lutter contre la désinformation scientifique ? » Par la désinformation !

 

Une conférence de haut niveau instrumentalisée pour [censuré] des auteurs et blogueurs « mal-pensants »

 

 

 

 

Un ami m'a mis sur la piste d'une vidéo présentant le topo d'un intervenant de la conférence « "Sciences et Médias" : Comment lutter contre la désinformation scientifique ? ». En sous-titre : « Quels moyens pour limiter la diffusion des "fausses vérités" ou corriger une mauvaise information ? »

 

 

Une conférence d'envergure

 

Cette conférence a eu lieu à Paris, à la Bibliothèque Nationale de France, le 11 janvier 2018. Elle était organisée par l'Association des Journalistes Scientifiques de la Presse d'Information (AJSPI), la Bibliothèque Nationale de France (BnF), la Société Chimique de France (SCF), la Société Française de Physique (SFP), la Société Française de Statistique (SFdS), la Société Informatique de France (SIF), la Société de Mathématiques Appliquées et Industrielles (SMAI) et la Société Mathématique de France (SMF).

 

 

Fallait-il se fonder sur des sujets polémiques ?

 

Dans le programme (avec liens vers les vidéos), une « Conférence introductive par Valérie Masson-Delmotte, climatologue, co-présidente du groupe I du GIEC » et une séquence « Quelle attitude face à une information erronée ? » avec comme intervenants « Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS » et « Gary Dagorn, journaliste aux Décodeurs du Monde ».

 

Curieux choix... La climatologie – ou plutôt le réchauffement climatique anthropique – et les pesticides (notamment les néonicotinoïdes) et les abeilles sont des sujets hautement politisés pour lesquels ceux qui tiennent le mégaphone sont prompts à traiter toute opinion dissidente de « fausse vérité » ou de « faits alternatifs ».

 

Nous avons été gâtés ! Même à titre personnel !

 

 

 

« Science » c. industrie

 

L'image d'introduction donne le ton : « Un chercheur face aux intérêts économiques »... ce n'était pas vraiment le thème de la conférence. Mais l'auteur s'y raccroche en prétendant montrer un exemple de motivation économique de la diffusion de « fausses vérités ».

 

 

 

 

Comment se présente la situation ? Peut-être comme indiqué dans cette capture d'écran : l'opposition manichéenne entre les intérêts liés à l'apiculture et la pollinisation, d'une part, et les intérêts économiques de multinationales de l'agrochimie, d'autre part.

 

Figure dans le panneau du deuxième quartier Monsanto qui, à notre connaissance, n'a pas de « neurotoxiques » dans sa gamme, pas de produits invariablement qualifiés d'« insecticides tueurs d'abeilles » dans les médias militants ou moutonniers...

 

 

 

 

Quand un discours n'est pas conforme au dogme...

 

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

 

« L’utilisation des néonicotinoïdes ne tue pas les abeilles », du journal canadien le Devoir, est présenté comme exemple de « faits alternatifs » ou « contre-faits ». L'article est court et factuel ; nous avons grandissime peine à y trouver des éléments qui seraient contestables pour un esprit rationnel et relèveraient de la désinformation.

 

Mais l'orateur s'arrête au titre, certes osé, et déploie le sophisme qui consiste à prendre la partie pour le tout.

 

Ce procédé, au final, ne construit-il pas un « fait alternatif » ?

 

 

 

 

L'orateur montre ensuite sa réponse. Elle est complète sur la capture d'écran ci-dessous.

 

Pourquoi ne pas avoir surligné l'incroyable sophisme de l'appel à l'autorité (personnelle) et l'insulte faite à M. Christian Overbeek, ainsi que l'insinuation du début du dernier paragraphe ? Président des Producteurs de Grains du Québec, M. Overbeek est aussi sur son terrain !

 

Quant à la première partie surlignée, que représente-t-elle ? Un sophisme du déshonneur par association...

 

 

 

 

L'exposé illustre ainsi la problématique de la désinformation et des réponses aux « fausses nouvelles » et « faits alternatifs », mais à fronts renversés !

 

 

Il nous a fait l'« honneur » de parler de nous...

 

L'orateur montre ensuite un exemple « plus général ».

 

 

 

 

Notez que la « blogosphère » est alimentée par un « fait alternatif »... Et que les dénommés Anton Suwalki, Karg Se et Wackes Seppi sont alimentés par le dénommé David Zaruk (comme s'ils n'étaient pas capables de productions propres – en fait dûment sourcées). Correction : le dénommé Karg Se n'est pas, à notre connaissance, blogueur ; en revanche, il a beaucoup contribué, sous ce nom, à Wikipedia et à quelques mémorables controverses.

 

Que répondre sur le fond ?

 


 

 

 

Voilà donc une conférence qui a été mise à profit pour stigmatiser des personnages qui ont tous, à un moment ou un autre, écrit sur les activités – pour utiliser un terme échappant en principe aux procédures bâillons – de l'orateur et des groupes dont il fait partie ou dont il est proche.

 

Nous n'analyserons pas la suite de cette partie de l'exposé en détail : c'est la régurgitation – avec bien des « faits alternatifs » – des accusations et insinuations de l'article fondateur par lequel il a été intimé aux observateurs critiques des sciences alternatives de mettre une sourdine, faute de quoi ils se retrouveront au prétoire. Vous le trouverez par exemple, l'article, sur le site du CRIIGEN... qui, comme le dit son intitulé, produit de la « recherche [et de l']information indépendantes ». Pour l'« information » dont il s'agit ici, le site Agriculture et Environnement a produit un beau décryptage.

 

 

Quand la recherche déplait...

 

L'orateur présente ensuite un article scientifique, « Clearance of ingested neonicotinoid pesticide (imidacloprid) in honey bees (Apis mellifera) and bumblebees (Bombus terrestris) » (élimination d'un pesticide néonicotinoïde ingéré (imidaclopride) chez l'abeille (Apis mellifera) et le bourdon (Bombus terrestris)) de J.E. Cresswell, F.X. Robert, H. Florance et N. Smirnoff.

 

 

 

 

Il s'agit pour lui de montrer que « dans la recherche elle-même […], il peut y avoir des faits et des contre-faits ». Mais sa description orale de l'article – à partir de 14:00 (« ...tout va bien, circulez... ») correspond-elle bien à la teneur de l'article. On peut en douter...

 

Il lance aussi incidemment qu'il n'y a pas de déclaration d'intérêts... manière subtile de jeter le doute et la suspicion... Les auteurs sont de Biosciences, College of Life and Environmental Sciences, de l'Université britannique d'Exeter et du Centre for Pollination Studies, de l'Université indienne de Calcutta.

 

Et donc, l'orateur affirme qu'avec « Lethal and sublethal effects, and incomplete clearance of ingested imidacloprid in honey bees (Apis mellifera) » (effets létaux et sublétaux, et élimination incomplète de l'imidaclopride ingéré chez les abeilles (Apis melliféra)), dont il a été un des co-auteurs, « on a fait la même chose... c'est horrible à dire, mais on a été obligé de recommencer exactement la même chose... ».

 

 

 

 

« ...obligé... » ? Vraiment ? Ne serait-ce pas là l'indice d'une intolérance et d'un parti pris, face à une étude qui ne s'accorde pas avec des opinions bien arrêtées ? Est-ce là la description, certes a posteriori, d'une démarche scientifique ? Il est certes rationnel, et nécessaire, de reproduire une expérience pour en valider ou invalider les résultats ; mais les propos tenus (ainsi que, du reste, l'article lui-même) indiquent qu'on s'est attaché, par objectif, à réfuter les résultats. Du coup, quelle est la crédibilité de l'étude de Sánchez-Bayo et al. ?

 

« ...exactement... » ?

 

 

 

 

Leur résumé montre deux différences : Cresswell et al. ont utilisé des ouvrières nouvellement écloses ; Sánchez-Bayo et al., des abeilles d'hiver. Les premiers ont mené leur test d'alimentation pendant 8 jours, les seconds, 10. Conclusion : ce n'est pas « ...exactement... », sans qu'il soit nécessaire d'explorer plus avant les textes.

 

Les premiers écrivent dans leur résumé : « Sur le sirop dosé, les abeilles domestiques ont maintenu des niveaux corporels d'imidaclopride bien inférieurs à ceux des bourdons (<0,2 ng contre 2,4 ng d'imidaclopride par abeille [ou bourdon]). » Les seconds interprètent : « Les auteurs de cette étude [Cresswell et al.] ont fondé leur affirmation sur l'absence de résidus dans le corps et d'effets toxiques sur les abeilles. »

 

L'orateur ajoute que lui et ses collègues ont trouvé jusqu'à 80 % de mortalité... leur résumé dit : « 45 % »...

 

Bienvenue dans le monde merveilleux de l'information et de la désinformation scientifiques...

 

 

 

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Y
Les imposteurs de la science ont parfois tendance à avoir trop de certitudes : http://wiki.reopen911.info/index.php/Cause_de_l%27effondrement_de_la_3ème_tour_du_WTC
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Voilà un avis qui pourrait occuper longtemps des philosophes ou des sociologues...
D
Je pense qu'on peut remercier cette conférence de parler des empêcheurs de tourner en rond. Finalement, ça va peut être inciter certains participants à jetter un oeil sur ces sites.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je peux écrire sans immodestie : en effet... Voir une sorte de confrérie des adeptes de procédures-bâillons... Voir le CRIIGEN faire appel à la charité publique pour financer des procès en diffamation... Voir MMR élucubrer sur un espion de Monsanto...

Mais cela ne les empêche pas de poursuivre... hélas...
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il n'y qu'une chose à dire : espérons...
F
Oui. Il semble bien que David Zaruck, Anton Suwalcki et Wackes Seppi sont des aiguillons douloureux pour certains...