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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Quelques réponses au coup médiatique de Générations Futures

24 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #critique de l'information, #Pesticides, #Santé publique

Quelques réponses au coup médiatique de Générations Futures

 

 

Le mot "sciences" est de trop... le mot "avenir" peut-être aussi

 

 

Sous le titre : « Résidus de pesticides : l’opération marketing bidon annuelle de Générations Futures », Forumphyto propose une revue de presse plutôt optimiste :

 

« Le 20 février, les médias et les réseaux sociaux ont tous bruissé du rapport alarmant de Générations Futures (GF) sur les résidus de "pesticides" dans les fruits et légumes. La grande presse a, dans un premier temps, régurgité le discours de GF sans recul. Mais la filière Fruits et Légumes, la presse professionnelle et de nombreux blogueurs ont été beaucoup plus prolixes et critiques. Ce qui a sans aucun doute contribué à enrayer quelque peu la campagne de com de GF… »

 

Nous le serons un peu moins, optimiste.

 

Très équilibré ! Veillerette, Labbé... principe de précaution, effet cocktail... mais...

 

 

Après les médias, les réseaux sociaux

 

Les grands médias sont déjà passés à autre chose : en matière d'agriculture le discours du Président Emmanuel Macron devant les jeunes agriculteurs (à notre sens très décevant car déconnecté des réalités de l'agriculture et de l'agroalimentaire) ; et les annonces lénifiantes de M. Florian Guhl sur le monde merveilleux du « bio » – avec, toutefois, la publication qui nous semble inédite des cessations d'activité et des reconversions au « conventionnel » (certes sur le mode optimiste puisque le taux a baissé de 4 % à 3,2 %).

 

Mais les médias mineurs et les réseaux sociaux continuent à bruisser sur le mode des conseils en nutrition : consommez plutôt de la pimprenelle que de la salsepareille...

 

...mais il y a aussi cette séquence.

 

Thierry agriculteur d'aujourd'hui

 

Des professionnels ont répondu. Plus ou moins bien.

 

Nous avons apprécié – à un détail près – la petite séquence de Thierry agriculteur d'aujourd'hui. Il a l'avantage de pratiquer les deux modes de production et de pouvoir apporter des informations précieuses :

 

« ...avant, quand je produisais certaines productions, il me fallait 15 heures ; maintenant, par exemple pour une production d'oignons en conversion bio, j'en arrive à 300 à 600 heures de main-d'œuvre... »

 

 

 

Le détail ? Ce serait chouette s'il y avait quelques arbres dans le paysage...

 

 

La Coordination Rurale

 

Les réponses des associations professionnelles et syndicales ont-elles été à la hauteur ?

 

La Coordination Rurale a été particulièrement incisive avec « Rapport de Générations Futures : Salades & Sensation » :

 

« La Coordination Rurale n’accepte pas ces méthodes manipulatrices, mais bien courantes chez ce genre d’association, car le rapport ne découvre rien et pourtant répand des insinuations et des psychoses, chez les consommateurs, qui peuvent avoir de graves conséquences sur les agriculteurs. »

 

 

 

 

Le président de la coopérative Savéol

 

Usine Nouvelle publie une tribune de M. Pierre-Yves Jestin, président de la coopérative Savéol, leader de la production de tomates en France, « "Oui, nous sommes des maraîchers responsables !", réplique le patron de Savéol à Générations Futures » :

 

« Générations Futures fait le choix de porter un discours militant pour le tout bio, crée une suspicion systématique vis-à-vis de la production maraîchère conventionnelle, fait passer les maraîchers pour des empoisonneurs cyniques. Il est si facile de générer de la défiance à notre époque.

 

Nous, maraîchers français, agissons plus que tous dans le sens du sans traitement, du sans pesticide. Nous n’avons pas d’oeillères et nous menons de vrais efforts pour proposer des fruits et légumes sains à la consommation. [...] »

 

Il y a un appel fort :

 

« De grâce, cessons de taper systématiquement sur les producteurs français, qui respectent les hommes et l’environnement. Cessons de démolir une à une nos filières : la viande, puis le lait, puis la forêt … aujourd’hui les fruits et légumes. Cessons de détruire le moral des maraîchers français qui font leur maximum pour faire tourner leurs exploitations et maintenir les emplois de leurs salariés. Cessons de fracturer nos territoires ruraux. Que les analystes de ces associations sortent de leurs bureaux et viennent travailler à nos côtés ! »

 

Un message qu'il convient de transmettre aussi au gouvernement, particulièrement au Ministère de la Transition Écologique et Solidaire.

 

Mais il y a aussi beaucoup de publicité pour les efforts entrepris par les coopérateurs de Savéol. Toutefois, ce qu'il est possible de faire dans des serres modernes, quasiment aseptisées, ne représente pas les conditions de culture dans des installations plus anciennes ou en plein champ.

 

Nous pensons que ce discours valide implicitement les gesticulations de Générations Futures et les attaques sournoises du biobusiness contre le conventionnel. Il manque vraiment l'explication de l'utilité des pesticides et de leur intérêt pour la santé des consommateurs.

 

Mais au moins, M. Jestin met un point sur un :

 

« Le bio ne suffira pas

 

Et surtout, soyons réalistes. Chacun sait que le tout bio n’assurera par les volumes nécessaires pour nourrir près de 70 millions de Français. Nos campagnes françaises proposent des alternatives propres, sûres et saines : elles nous permettent de sortir d’un manichéisme primaire qui ne fait absolument pas avancer le débat. Laissons les maraîchers faire leur travail, et respectons les fruits de ce travail. »

 

 

Elle me paraissait plutôt raisonnable, comme élue verte...

 

 

Le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France

 

Le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France trouve que cela fait « beaucoup de bruit… pour rien de nouveau ! ». Et de conclure :

 

« Enfin, le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes s’étonne que Générations Futures occulte les analyses faites sur les fruits et légumes bio. Ces chiffres auraient révélé la présence de résidus non pas issus de « contamination extérieure » comme essaye de nous le faire croire certaines organisations mais bien de l’utilisation par les producteurs bio de pesticides dits « naturels ». Tout comme leurs homologues conventionnels, ceux-ci doivent en effet utiliser des produits phytosanitaires afin de protéger leurs cultures. Sur ce point, il serait par ailleurs souhaitable que les résidus de pesticides utilisés en bio soient analysés avec les mêmes limites de détection que celles des pesticides utilisés en système conventionnel… »

 

 

 

 

Médiafel

 

Selon le site Médiafel, le « web technique et commerce de la filière fruits et légumes », « Générations futures écharpe les fruits et légumes ». Ce n'est pas bien vigoureux :

 

« Selon le rapport, 72,6% des fruits et 41,1% des échantillons de légumes présentent des traces de résidus de pesticides. Rien de très surprenant dans ces résultats : les traces de résidus sont normales dans des fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle. Et c’est bien pour cette raison que le taux de résidus est encadré. »

 

Médiafel entonne aussi un air que l'on peut aussi trouver sur d'autres sites :

 

« Quid de la provenance ?

 

On peut déplorer que Générations futures n’ait pas poussé plus loin son analyse en indiquant la provenance des échantillons pour lesquels un dépassement de la LMR a été détecté. Certes, il indique pour chacune des variétés de fruits et légumes consommées en France, les différentes origines (« France » et « Europe » dans la majorité des cas), mais ne distingue pas les résultats en fonction des origines. Présienté de cette manière, ce rapport largement repris par les médias généralistes, jette l’opprobre sur toute la production de fruits et légumes conventionnelle. »

 

Ce n'est pas très adroit à notre sens. « On peut déplorer... », c'est déjà accepter que l'« analyse » de GF fait sens. Plus généralement, nous pensons que promouvoir l'origine France sur la base de critiques – surtout infondées – sur la qualité des produits (ici prétendument sanitaire) n'est pas une bonne stratégie.

 

 

 

 

Linéaires

 

Sur Linéaires, dans « Pesticides : le vrai fond de la polémique », le discours est beaucoup plus musclé :

 

« L’association Générations Futures a créé un incroyable sentiment de psychose autour des pesticides dans les fruits et légumes, grâce aux raccourcis opérés par les médias grand public. […] Que disent les résultats de l’étude ? D’abord, que 73% des fruits et 41% des légumes analysés contiennent des résidus de pesticides. Ce qui est… parfaitement normal.

 

On peut même être agréablement surpris de constater que 97% des asperges, 94% des choux-fleurs ou 77% des avocats, par exemple, ne présentent aucun résidu identifiable.

 

Laisser les médias s’empatouiller

 

Les pesticides sont autorisés et contrôlés, s’étonner de leur usage (et des traces qui en résultent) relèverait de la pure hypocrisie. Générations Futures ne va pas jusque là, mais laisse les médias grand public s’empatouiller dans la confusion. Ce qui sert son combat contre les produits phytosanitaires en général. »

 

 

 
Réussir Fruits et Légumes

 

Réussir Fruits et Légumes propose de larges extraits du discours – mielleux et enjôleur – de M. François Veillerette, devenu directeur et porte-parole de GF après la claque prise par les Verts aux élections régionales. C'est sous un titre neutre : « Générations Futures s’en prend encore aux fruits et légumes ». Mais le chapô est sans ambiguïté sur les objectifs de GF :

 

« Le rapport de Générations Futures sur les résidus de pesticides sur les fruits et légumes n’est au final qu’une compilation de données publiques. Mais habilement présenté pour servir la cause de l’ONG. »

 

La conclusion est aussi très réussie :

 

« Brune Poirson, secrétaire d’Etat à la Transition écologique, a tweeté : "Le rapport rendu par Générations Futures sur les pesticides met bien en évidence l’urgence de la sortie d’un usage non maîtrisé des produits phytos", (en oubliant que ces données sont celles d’un service public et disponible depuis longtemps). Lorsque la veille, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, reconnaissait que "les lobbies sont partout, oui, ils sont partout", elle ne croyait pas si bien dire. On ne sait pas pour les cigarettes ou le pétrole, mais le lobby ONG-environnementaliste, lui, a clairement investi les couloirs du gouvernement. »

 

Ce n'est pas une nouveauté. Fin juin 2017, Alerte-Environnement écrivait déjà : « Au secours ! les lobbys ont investi le bureau d’Hulot ! » Mais il est bon de le rappeler.

 

 

Errare humanum est, perseverare poirsonicum

 

Biocoop

 

« ... servir la cause de l’ONG » ? Le réseau Biocoop a relayé l'« information » avec une retenue qui serait remarquable si on oubliait qu'il s'adresse à des clients déjà convaincus. Il y a cependant un complément qui mérite qu'on s'y arrête, même si ce n'est pas un scoop :

 

« En soutien à cette association, Biocoop participe chaque année à la Semaine Pour les Alternatives aux Pesticides (voir ci-dessous) et a conçu et distribué dès 2015 le produit partage "Jus de Pomme militant" commercialisé dans les magasins du réseau. 11 348,55 € ont été collectés depuis pour soutenir l’action de l’association Générations futures pour dénoncer et combattre l’usage des pesticides en France. »

 

« ... dénoncer et combattre l’usage des pesticides en France » ? Et augmenter le chiffre d'affaires du biobusiness...

 

 

 

L'ANSES

 

C'est miraculeux ! L'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (ANSES) vient de produire un « Présence de traces de contaminants chimiques dans les aliments : trois questions à Roger Gene».

 

« Ne nous fâchons avec personne » semble être la politique de l'institution...

 

« Grâce aux études que nous conduisons de façon régulière, nous disposons de données très précises. L’Anses mène en effet des études de l’alimentation totale (EAT) qui permettent de surveiller l'exposition des consommateurs aux substances chimiques présentes dans les aliments tels qu’ils sont consommés (épluchés et préparés). Ainsi, les dernières études publiées en 2011 et 2016 concernant respectivement l’alimentation des adultes et des enfants de moins de 3 ans (EAT 2 et EAT infantile) montrent un bon niveau de maîtrise des risques sanitaires liés à l’alimentation. Sur 452 et 670 contaminants chimiques recherchés et analysés dans le cadre de ces études, moins d’une dizaine de substances telles que le plomb, le cadmium, l'arsenic inorganique, les PCB ou encore l'acrylamide, ont été mesurées au-delà des valeurs de référence, nécessitant des efforts de réduction des expositions pour certains groupes de population à risque. L’Anses prévoit d’ailleurs de réactualiser ces données en 2019. »

 

Il faut faire un petit effort de réflexion pour saisir qu'il n'y a pas de pesticides dans sa liste...

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Albert Amgar 01/03/2018 02:56

L'« interview » proposée le 23 février 2018 du directeur général de l'Anses ainsi intitulée, « Présence de traces de contaminants chimiques dans les aliments : trois questions à Roger Genet » est tout simplement hallucinante et un exemple de bien-pensante et de politiquement correct.
Il répond à tout sauf aux questions qu'on lui pose ...
On savait en interne que ce directeur général n'était pas très futé, on le sait désormais en externe ...

Seppi 29/03/2018 13:25

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Mais les réponses auraient pu être encore plus claires...

Seppi 29/03/2018 12:17

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

On pourrait l'envoyer en stage chez le Professor Dr. Dr. Andreas Hensel...

Bruno 02/03/2018 17:08

Les réponses de Roger Genet au quotidien Sud-Ouest de mardi 27 février, pages 2 et 3 sont claires et fondées. D'ailleurs le titre est parlant "Présence de résidus ne signifie pas risque".

Cela étant, avec un recul de nombreuses décennies sur l'augmentation de la sensibilité des techniques d'investigation et d'analyse, il est certain que plus on avancera vers des microdoses de traitements, voire la cessation totale d'iceux... plus on détectera de substances par la finesse de détection, soit sur productions traitées, soit du fait de la mémoire résiduelle, de la persistance de substances dans notre environnement. Au même titre que tout ce qu'engendrent les détergents, les solvants, les vernis, les peintures, les désodorisants, les cosmétiques, les médicaments, etc, etc.