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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Procédures d’évaluation des risques des pesticides dans le Monde : « L’information qui va suivre est si invraisemblable... »

13 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Abeilles, #Pesticides, #EFSA, #Union européenne

Procédures d’évaluation des risques des pesticides dans le Monde : « L’information qui va suivre est si invraisemblable... »
 

 

C'est de M. Stéphane Foucart, et c'est dans la rubrique Idées du Monde, pas Planète. Le titre ? « "Toutes les procédures d’évaluation des risques des pesticides sur les abeilles sont, au minimum, très discutables" ». Pourquoi un titre entre guillemets ? Mystère.

 

Visez bien le titre : ce sont toutes les procédures qui sont incriminées ! « Plus le mensonge est gros... » (Joseph Goebbels)...

 

L'introduction de l'œuvre vaut son pesant de cacahuètes : « L’information qui va suivre est si invraisemblable que le lecteur voudra sans doute en contrôler la véracité. »

 

Nous avons voulu !

 

 

Un infomercial pour le Pesticide Action Network et Générations Futures

 

L'information ? C'est une sorte d'infomercial pour la dernière production du Pesticide Action Network (PAN), auquel a été associé Générations Futures – mais ce sont deux enseignes d'un même consortium.

 

PAN affirme en titre : « Homologation des pesticides – L’industrie écrit ses propres règles ». On résume (enfin, PAN résume) :

 

« Les études menées par Pesticide Action Network révèlent que, pour 92% (11 sur 12) des méthodes européennes d’évaluation des risques liés aux pesticides examinées, c’était l’industrie qui concevait et/ou encourageait leur réglementation. L’industrie écrit ses propres règles. »

 

Ils sont malins... Ils choisissent 12 méthodes (devinez comment...), en prenant la précaution d'en prendre une qui serait « clean »...

 

Mais c'est qu'il y a eu un grand complot :

 

« L’industrie, menée par le groupe de pression industriel International Life Sciences Institute (ILSI), a développé au cours des quinze dernières années les méthodes lui convenant dans une série de réunions à huis clos avec les employés de l’industrie et quelques professeurs d’université qui partageaient généralement leur point de vue. Il s’agissait ensuite de faire entrer les alliés de l’industrie au sein des panels d’experts qui rédigeaient des opinions sur les méthodes, comme les panels de l’EFSA, du Programme international sur la sécurité des substances chimiques/de l’Organisation mondiale de la santé (IPCS/OMS) et de la Réunion conjointe FAO/OMS sur les résidus de pesticides (JMPS), entre autres agences. »

 

Et la solution selon PAN (version anglaise du « rapport ») et selon PAN et GF (version française) ?

 

« De l’avis de Pesticide Action Network et de Générations Futures, il est nécessaire de revoir entièrement les méthodes d’évaluation des risques de l’UE. Pour cela, il faudrait faire appel à des scientifiques complètement indépendants menant des travaux expérimentaux de manière quotidienne, afin d’utiliser les dernières connaissances scientifiques pour protéger le public. »

 

Portrait d'un "expert" -- ayant reconnu qu'il ne connaissait rien au sujet -- "indépendant"...

 

« ...complètement indépendants... » ? Vaste programme ! « Je cherche un homme » (Diogène de Sinope)...

 

Dans les recommandations finales, il y a :

 

« Toutes les méthodes d’évaluation des risques doivent être immédiatement réévaluées par un panel indépendant de chercheurs universitaires (nommés par des organismes scientifiques officiels, comme la société endocrine) ; les scientifiques doivent activement publier des résultats de leurs études expérimentales (pas des commentaires, opinions ou rapports de réunions) ».

 

Qu'il nous soit permis de nous esclaffer : la Endocrine Society a été mise à contribution par le lobby activiste dans les manœuvres pour faire échouer ce que l'on appelle couramment (à tort) la définition des perturbateurs endocriniens de la Commission (voir notamment ici et ici). Pour l'indépendance, on repassera !

 

 

Revoici un sociologue de l'INRA...

 

M. Foucart a sans doute compris que ce « rapport » de PAN Europe succombe à l'exagération et l'extravagance. C'est un classique de l'activisme : un représentant de l'industrie (ou un expert ayant pris un jour un café avec un représentant de l'industrie) a participé à une réunion... tout le processus de décision a été pollué par cette présence... Nous exagérons à peine. Il écrit donc :

 

« Il serait trompeur de laisser penser que toutes sont aussi grossièrement biaisées que celle exposée plus haut sur les abeilles. Mais toutes sont, au minimum, très discutables. [...] »

 

Le procédé est détestable. Le journaliste Stéphane Foucart succombe à ce que l'auteur Stéphane Foucart reprochait à l'industrie dans « la Fabrique du Mensonge ».

 

Et cela se poursuit :

 

« […] "Ce rapport met en évidence le fait que l’industrie, par l’intermédiaire de ses propres scientifiques, a investi, ou même suscité la création de forums pour discuter des méthodes d’évaluation des risques, avant que d’autres ne s’y intéressent", décrypte David Demortain, sociologue à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et spécialiste de la généalogie de ces méthodes. »

 

Tiens donc... M. David Demortain, sociologue à l'INRA, que nous avons récemment rencontré...

 

Serait-ce la nouvelle caution « scientifique » pour l'activisme du Monde Planète contre la société techno-industrielle ?

 

A-t-il vérifié l'exactitude et la crédibilité d'un « rapport » d'une entité activiste ? A-t-il conscience des conséquences du bashing de l'industrie, des agences d'évaluation et des instances et mécanismes politiques de l'Union Européenne ? D'autant qu'ajoute

 

« Sa branche européenne [de l'International Life Sciences Institute (ILSI)] a été créée en 1986, c’est-à-dire avant la création des agences d’expertise européennes, et avant que certaines affaires sanitaires ou environnementales ne commencent à motiver des associations ou d’autres chercheurs à s’intéresser à ces sujets, poursuit M. Demortain. Les industriels ont donc, en quelque sorte, créé le cadre scientifique même dans lequel on pratique l’évaluation de leurs produits. »

 

Ante hoc, propter hoc ! Vive la sociologie post-moderne ! L'EFSA a été créée en février 2002, donc 16 ans après la création d'ILSI Europe et 24 ans après ILSI Global. Quel remarquable esprit visionnaire...

 

 

 

 

L'exemple des tests en plein champ sur les abeilles

 

M. Foucart a choisi d'illustrer le propos par les conditions d'un test de toxicité sur les abeilles :

 

« Le test impose de placer une colonie devant une parcelle d’au plus 1 hectare, traitée avec l’insecticide. A grands traits, si rien de particulier n’est constaté sur la colonie, cela plaide en faveur de l’octroi d’une autorisation de mise sur le marché.

 

Mais si vous avez la plus petite once de savoir apicole, vous savez que ces hyménoptères butinent jusqu’à 5 km, voire plus, autour de leur ruche, couvrant ainsi une surface de quelque 80 km2. En plaçant la colonie devant un champ de 1 hectare, le test réglementaire n’expose donc les insectes qu’à un dix-millième environ de leur exposition potentielle en situation réelle, dans un environnement de grandes cultures. Bref, c’est un peu comme si on évaluait le risque tabagique en faisant fumer à des cobayes une cigarette par an. »

 

Et, pour preuve, il fait référence – dans le détail et avec un lien, ce n'est pas habituel – à un document de l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), « Scientific Opinion on the science behind the development of a risk assessment of Plant Protection Products on bees (Apis mellifera, Bombus spp. and solitary bees) » (opinion scientifique sur la science étayant l’élaboration d’une évaluation des risques liés à l’utilisation de produits phytopharmaceutiques pour les abeilles (Apis mellifera, Bombus spp. et abeilles solitaires) – communiqué de presse en français ici).

 

Notons incidemment qu'il n'y a pas de référence pour une autre affirmation qui nous paraît plus qu'extravagante :

 

« Et ce n’est là qu’un exemple : d’autres protocoles d’évaluation des risques pour les abeilles, aujourd’hui remis en cause, estimaient les tests de toxicité chronique non nécessaires, considéraient comme acceptable la perte de 30 % à 50 % du couvain, etc. »

 

Voici les parties pertinentes de ce texte de l'EFSA :

 

« Dans la directive 170 de l'EPPO, la surface du champ d'essai est de 2.500 m² ou 1 ha. Un champ d'un hectare représente 0,05 % de la surface de butinage moyenne des abeilles et un champ de 2.500 m² représente environ 0,01 %. Pour les abeilles butinant à 5 km, la surface de butinage sera d'environ 80 km².

 

[...]

 

Il est essentiel de garantir que d'autres sources importantes de nourriture, par ex. d'autres cultures en fleurs, ne soient pas facilement accessibles aux colonies d'essai, par ex. en évaluant le niveau de résidus retournant à la ruche et en confirmant les sources de pollen par palynologie. »

 

Notons incidemment que ce texte remonte au printemps 2012. Ce n'est pas un produit de la dernière pluie. Et, pendant tout ce temps, l'EFSA a été (modérément) encensée quand elle produisait des avis plaisant à l'activisme chimiophobe et (vertement) vilipendée dans le cas contraire.

 

Mais il faut toujours remonter à la source ! Voici ce que dit la directive 170 (quatrième révision) de l'Organisation Européenne et Méditerranéenne pour la Protection des Plantes :

 

« Taille de la parcelle: la superficie de chaque parcelle requise dépendra d'un certain nombre de facteurs, par ex. le nombre et la taille des colonies, le type de culture et la saison, mais devraient être suffisamment grande pour fournir suffisamment de nourriture pour assurer une exposition appropriée des abeilles d'essai. Dans le cas des cultures attractives standard, au moins 2500 m2 pour Phacelia et environ 1 ha pour le colza et la moutarde sont appropriés. [...] Les parcelles devraient être bien séparées pour éviter que les abeilles butinent sur la mauvaise parcelle (2-3 km, selon les conditions locales), mais devraient être aussi homogènes (par exemple, microclimat, exposition et paysage environnant) que raisonnablement possible. [...] Les parcelles ne doivent pas être proches d'autres cultures en fleurs ou de zones non cultivées qui sont significativement attractives pour les abeilles. [...] Les mauvaises herbes attirant les abeilles dans le voisinage des parcelles expérimentales ne peuvent être évitées, mais il peut être utile de les noter pendant la phase d'exposition lorsqu'elles sont considérées comme significativement abondantes. »

 

Phacélie: les abeilles adorent...

 

En d'autres termes, et pour commencer par le plus simple, ce n'est pas « une parcelle d’au plus 1 hectare » comme l'écrit M. Foucart.

 

« À grands traits », pour reprendre l'expression de M. Foucart, ce texte de l'EPPO décrit un protocole d'essai réaliste, compte tenu des contraintes, permettant d'obtenir des résultats ayant un sens. Le dispositif est conçu pour forcer les butineuses à visiter préférentiellement, si possible exclusivement, la parcelle d'essai. Non, ce n'est pas – comme cela est sous-entendu – mettre une ruche devant un champ d'un hectare et constater qu'il ne s'est rien passé parce que les abeilles sont allé butiner ailleurs.

 

Arrêtons-nous un devant cette insinuation : les apiculteurs – et notamment ceux qui sont vent debout contre les pesticides agricoles (et qui utilisent des pesticides apicoles...) – auraient été suffisamment couillons pour ne pas détecter une supercherie ?

 

Pour bien appuyer son propos, l'auteur écrit :

 

« Un enfant de cours élémentaire peut comprendre la supercherie en quelques minutes. Mais il aura fallu attendre près de quinze ans de déclin de l’apiculture, les premiers indices d’un effondrement massif de l’ensemble de l’entomofaune et les protestations de la société civile et de parlementaires, pour que l’exécutif européen s’interroge sur l’intégrité des procédures d’évaluation du risque, et demande à l’EFSA d’y regarder de plus près… »

 

Nous n'entrerons pas dans l'alignement de lieux communs qui décrivent un monde parallèle, fantasmé – malheureusement avec un impact certain sur l'opinion dite « publique » et les postures politiques.

 

Mais, à la lecture du présent billet, « [u]n enfant de cours élémentaire peut comprendre la supercherie en quelques minutes ».

 

 

Et en guise de conclusion...

 

La déprime guette, à moins que ce ne soit un discours activiste assumé :

 

« C’est un monde magique où les insecticides tuent sélectivement les insectes, où l’effet cocktail des substances dangereuses n’existe pas, où les moteurs diesel crachent un air plus propre que celui qu’ils ont avalé et où les opioïdes cessent d’être addictifs lorsqu’ils sont développés par des laboratoires pharmaceutiques et prescrits au long cours par des médecins... Et dans ce monde merveilleux, 75 % à 80 % des insectes volants n’ont pas disparu d’Europe en moins de trois décennies – comme le suggère, pour le monde réel, une étude publiée en octobre dernier. »

 

 

 

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